‹ Un martyr du désert, Jacques Roger, restaurateur du Protestantisme dans le dauphiné au dixChapitre 14 sur 27 · UN MARTYA DU DÉSERT · texte numérisé non relu

UN MARTYA DU DÉSERT

me charge, vous rendrez à l'accusateur et à l'accusé la justice qui leur est due (1). »

En même temps que Roger faisait parvenir cette lettre à d'Argenson , les protestants du Dauphiné envoyaient un placet à Desmarcieux , gouverneur de la province , pour disculper leur pasteur. « Plût à Dieu , » lui disaient-ils , a que Sa Majesté voulût nous accorder tant de grâces; mais qui serait si hardi que de le supposer faussement? » Et ils protestaient à leur tour de la fidéUté du ministre et des troupeaux à leur souverain.

Ni la lettre si ferme et si mesurée de Roger , ni le placet que ses coreligionnaires avaient écrit en sa faveur ne pouvaient convaincre des esprits prévenus. Les poursuites dirigées contre Roger n'en furent pas moins actives. Les protestants du Dauphiné furent, durant toute celte année, dans de perpétuelles inquiétudes , et leur condition s'aggrava de jour en jour. Un grand nombre d'entre eux durent comparaître devant

(1) Ant. Court, Mémoire historique, faisant suite au Patriote français et impartial, p. 20 et suiv. Cet ouvrage contient plusieurs de ces pièces apocryphes , entre autres un Cantique nouveau qu'on accusait les protestants de chanter dans leurs assemblés particulières pour demander à Dieu l'heureux succès des armes britanniques.

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le parlement. Les questions que leur adressait M. de Tréviol, l'un des conseillers, sont significatives. L'imagination du juge s'y donne libre carrière, et ses craintes absurdes sont le premier de ses châtiments. « Vos ministres, » leur demandait-il , « ne vous ont-ils pas fait lecture d'un prétendu édit qui leur permet de prêcher publiquement? Ne vous sollicitent-ils pas à user de violence , à enlever les enfants des couvents , à égorger les religieuses ? Ne vous ordonnentils pas de prier pour la reine de Hongrie et pour la prospérité des armes du roi d'Angleterre?

Tel notaire n'exige-t-il pas le contrôle des mariages que vous faites bénir au Désert ? Ne continuez-vous pas , dans vos assemblées , de baptiser et de marier ? «

On comprend quelles réponses provoquaient de pareilles questions. Elles ne pouvaient qu'étonner des hommes qui , bien loin de se laisser conseiller par les mauvais sentiments qu'on leur prêtait si gratuitement , n'obéissaient qu'à leur conscience. Aussi leur silence était-il interprété défavorablement. < On permit toutefois à chacun de se retirer , » raconte Armand de la Chapelle , « moyennant une requête présentée au procureur du roi et que l'on payait bien cher , sans compter les étrennes qu'il fal-

lait donner au secrétaire de M. de Tréviol , outre les frais de voyage. La liberté ne fut déniée qu'à Antoine Julien, du lieu de Trescléoux, diocèse de Gap, et à Jacques Gontard , du même lieu ; et Fon croit que cette diflFérence vint de ce qu'étant menuisiers de leur profession ,. il3 avaient fait une espèce de plancher dans une vieille masure où les protestants allaient faire la prière en temps de pluie (1). »

Toutes ces ' tracasseries n'empêchaient point | les fidèles de se grouper autour de leurs conducteurs. La persécution ranimait le zèle. Le ministère des pasteurs était réclamé de toute part, et ils devaient se multiplier pour répondre à tous les besoins. « Je vous donne avis , » écrivait Roger à Paul Rabaut, le 24 septembre, « que Ton continue d'appeler des personnes à Grenoble , et que même l'on en a retenu quatre ou cinq. On en a enfermé une à Die, et les mesures se renouvellent. Mais, nonobstant tout cela , presque tous font bénir leurs mariages et baptiser leurs enfants par les ministres , et les assemblées sont aussi fréquentes que nombreuses , ce qui cause tant de fatigue à nos mes-

(l) La Nécessité du culte public parmi les chrétiens, t. II, p. 249 et suiv,

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sieurs, que la moitié en a la santé altérée, sans pouvoir prendre du repos (1). »

(1) Ch. Coquerel, ouvrage cité, t. I, p. 345.

Quatrième synode national du Désert. — Roger et Louis Ranc y représentent le Dauphiné. — AflFaire Boyer. — Intervention d'Antoine Court. — Roger fait partie de la commission chargée de statuer sur Taffaire Boyer. — Jugement arbitral. — Roger consacre , près de Beaufort , Louis Ranc , Rozan et Roland.

Malgré les nombreux obstacles qu'elle ren- «contrait , Foeuvre de restauration avançait lentement mais sûrement. Le mouvement de réveil et de réforme gagnait les provinces les plus reculées. Dans le Rouergue , le Béarn , le Poitou , la Normandie , partout se levaient des prédicateurs pleins de zèle , qui , après un séjour de quelques années au séminaire de Lausanne, venaient grouper autour d'eux leurs coreligionnaires dispersés. Désireux d'unir leurs efforts ,

ils résolurent la tenue d'un nouveau synode national.

Il se réunit, le 18 août, près de Lédignan, dans le bas Languedoc. Treize provinces y furent représentées par dix pasteurs et vingt et un anciens. Celle du Dauphiné y députa Jacques Roger et un jeune proposant nommé Louis Ranc.

Jamais assemblée délibérante aussi considérable n'avait été convoquée au Désert. On nomma pour modérateur Michel Viala, du Pont-de- Montvert, homme de tète et de cœur, qui exerçait un ministère béni dans le haut Languedoc. Paul Rabaut lui fut adjoint pour la présidence. Il n'avait alors que vingt-six ans , et n'exerçait que depuis un an les fonctions pastorales ; mais les dons remarquables qu'il avait reçus faisaient déjà concevoir de lui les plus belles espérances. Il sut les réaliser et rendre pendant près d'un demi-siècle les plus grands services ^ aux Eglises sous la croix. Pierre Peyrôt, du Vivarais , fut élu secrétaire , et Jacques Roger , secrétaire-adjoint.

On était alors au plus fort de la guerre pour la succession d'Autriche. La France combattait à la fois contre l'Angleterre , la Hollande et le Piémont, et rien n'était plus incertain que l'issue de la lutte. Aussi le premier acte du synode

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