‹ Un martyr du désert, Jacques Roger, restaurateur du Protestantisme dans le dauphiné au dixChapitre 16 sur 27 · UK MARTYR DU DÉSERT · texte numérisé non relu

UK MARTYR DU DÉSERT

et ses collègues tendait à se généraliser; le assemblées devenaient plus fréquentes , et ceux' qui les convoquaient redoutaient moins la pu-'i blicité.

Au reste, toutes ces délibérations respirent, avec la plus entière soumission au roi, — le souverain empire de Dieu, comme disaient nos pères du seizième siècle, demeurant toujours en son entier, — une ferme conflance dans l'avenir. Soumission qui sera mise plus d'une fois encore à une rude épreuve I Confiance que les événements qui se préparent vont cruellement démentir I Mais quel plus beau spectacle que celui que nous offre à cette heure cette assemblée qui délibère au Désert I Ils sont là ces pasteurs proscrits, entourés de l'élite de leurs paroissiens voués comme eux au martyre. Ils semblent oublier les périls qu'hier encore ils ont affrontés pour se réunir de tous les points du royaume. En vain leur tête est mise à prix; en vain, d'un moment à l'autre, la maréchaussée peut les surprendre, leurs délibérations ne portent aucune trace d'acrimonie ou de passion. Sans peur comme sans reproche , ils ne savent ni se révolter ni fléchir. Ils prennent le ciel à témoin de la droiture de leurs intentions ; et bien décidés à servir Dieu selon les mouve-

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ts de leur conscience , tout en rendant à ^flÉésar ce qui appartient à César , ils appellent ^: ^e leurs vœux l'aurore de jours meilleurs qui ne se lèveront que sur leurs tombes.

Antoine Court vint assister aux travaux du jp synode. Dans une assemblée du Désert qu'il ' présida , un auditoire de dix mille personnes se groupa autour des neuf pasteurs qui y prirent part* Ce fut avec une émotion profonde que ces protestants venus de plusieurs lieues à la ronde entendirent ce nouveau Néhémie qui , encore adolescent , avait dit à ses frères : < Venez et rebâtissons les murs de Jérusalem, afin que nousf ne soyons plus en opprobre. » Il exhorta ses anciens paroissiens à persévérer dans leur fidélité à l'Evangile, reprocha à quelques-uns d'entre eux leur timidité, et les engagea à se rassembler au grand jour et dans les villes. Il pensait que la cour, dans l'impuissance de les réduire , cesserait bientôt de sévir contre eux. Illusion généreuse inspirée par cette charité qui croit tout , et partagée d'ailleurs par un grand nombre de ses coreligionnaires...

Après avoir réglé les affaires de l'Eglise , les membres du synode se livrèrent aux douces effusions de l'amitié. Que de nouvelles n'avaientils pas à se communiquer ! Court se réjouit des

progrès accomplis depuis trente ans , et il inl ressa vivement ses amis en leur parlant de travaux, de ses démarches auprès des puissani étrangères , de ses espérances. L'avenir paraiJilP*^ sait moins sombre. Peut-être que leur fidéKli|^^ finirait par lasser les persécuteurs ! Ce fut cœur plein d'espérance qu'ils se séparèrent, ei|ï^^ bénissant Dieu de Tentrevue qu'il leur avail ménagée. Court reprit le chemin de Lausaune^ et les pasteurs du Désert , plus confiants , pou^ suivirent avec une ardeur nouvelle leurs travaux d'évangélisation.

De retour dans le Dauphiné , Roger consacra au saint ministère trois proposants dont les Eglises avaient appris à connaître la piété : Rozan, surnommé Dunoyer, Roland et Louis Ranc. Cotte cérémonie eut lieu dans un bois, près de Beaufort, le 18 octobre, et attira de tous les environs une foule avide des émotions rehgieuses que lui promettait cette fête. Assisté de ses deux .collègues Daniel Vouland et Paul Faure , Roger fit subir aux candidats un examen sur les matières de théologie; puis, s'inspirant de sa vieille expérience, il les entretint de la grandeur et des périls de leur vocation, et les exhorta à combattre jusqu'à la fin le bon combat de la foi. Qui pouvait penser, dans l'auditoire,

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e Tannée suivante ce vieillard vénérable scelait de son sang ces vérités qu'il exposait avec it de force? mais Louis Ranc, l'un de ces mes candidats qu'il introduisait dans la cartre, devait le précéder de deux mois dans la )ire. Racontons avec quelques détails la fin ématurée de ce confesseur de vingt-six ans.

Louis Ranc. —- Ses travaux dans le Dauphiné. — Son arrestation à Livron. — Il comparait à Valence devant le subdélégué de l'intendant. — Le premier président de Grenoble réclame sa condamnation à mort. — Sérénité du prévenu. — Son martyre à Die. — Noble conduite d'une dame catholique. — La tête de Ranc est exposée à Livron. — Fin tragique de ses persécuteurs. — Impression que cette mort produit dans les Eglises.

A deux lieues environ de Privas , dans les montagnes du Vivarais, se dresse, sur une hauteur, le village d'Ajoux. C'est là qu'était né Louis Ranc, dans le courant de l'année 1719.

D'une famille aisée, il pouvait, selon les lois du temps, prétendre, en sa qualité de fils aîné, à tout l'héritage paternel; il était, déplus, assuré de la succession d'un oncle fort riche et sans

enfants. L'avenir s'offrait donc à lui sous les plus riantes couleurs ; mais les impressions sérieuses gu'il avait reçues au sein d'une famille pieuse se développèrent avec l'âge. A mesure qu'il apprit à connaître les souffrances des Eglises du Désert , sa piété s'affermit et il conçut, de bonne heure, le dessein de se consacrer à leur service.

C'est à dix-sept ans qu'il commença à se préparer au ministère sous la croix. Il fallait certes à un jeune homme de cet âge du courage pour prendre cette résolution. La persécution sévissait alors dans toute sa rigueur. Le célèbre édit de 1724 n'était pas une lettre morte; le supplice de Pierre Durand l'avait bien montré.

Mais le caractère de Ranc était d'vme trempe peu commune. Les difficultés , bien loin de l'arrêter, ne faisaient qu'exciter son ardeur, et il traversa le Rhône pour suivre Jacques Roger comme écolier ambulant.

Le restaurateur du protestantisme dans le Dauphiné eut bientôt remarqué la vive intelligence et la profonde piété du jeune vivaraisien. Il le prit en affection , et les Eglises ne tardèrent pas à apprécier les qualités et le zèle de ce nouveau proposant. Elles lui donnèrent une marque de leur confiance en le députant, en même

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temps que Roger, au synode national de 174ij Notre jeune délégué y apporta, avec une peûsée mûrie avant le temps, une entente profonde des] affaires; aussi fut-il vivement sollicité par les Eglises du Midi , de se mettre à leur service; mais c'est en vain qu'on lui offrit des avaota- . ges considérables. « Je dois , » dit-il, « rester J où la Providence m'a placé ; » et il ajoutait qu'il n'était pas convenable de chercher à lui faire abandonner des Eglises dont il était venu dé- ]l fendre les intérêts.

Après sa consécration à Beaufort, le nouveau '* pasteur reçut pour champ de travail le quartier 5 de la plaine , c'est-à-dire les Eglises dissémi- r nées sur les rives de la Drôme, depuis Aouste i jusqu'à Loriol. Il se rendait souvent dans les en- \ virons de Ghabeuil. Il trouvait, dans les collines boisées de la Raye , des endroits propices pour la tenue des assemblées. Un jour il y cou- |j rut un grand danger. Déjà les fidèles étaient i groupés autour de leur pasteur qui se disposait ! à leur annoncer l'Evangile , lorsque , par cette j espèce de seconde vue dont les annales du Dé- ' sert offrent plus d'un exemple, il conseille à ses auditeurs de se cacher. Il était temps. Bientôt les hommes de la maréchaussée arrivent à l'endroit même ou devait se tenir l'assemblée, mais,

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toompés'par le silence qui y règne, ils Be reti- VGsA et les protestants reprennent ileur culte interrompu.

La dernière réunion que iprésidâ Loviis iRaiic se tint dans le vallon des Combes , 4 quelqoa^ minutes de Livron. C'était tout pnès du cbâtew de la Rolière, où Henri III fixa, dit-CHi, son qaardâer général lorsqu'il assiégea Livron en ii574 et quil s'attka cette fière réponse des huguenots rangés sur la muraille : « Ak\ massacreurs, vous ne nous poignarderez pas en nos liAs, comme vous avez fait TAdmiral et les autres (1) 1 » Sans doute, les oQombreux fidèles qui se rendirent à l'assemblée du Désert n'évoquèrent pas ces souvenirs. Leur position , toutefois, différait-elle beaucoup de celle de leurs pères et ne seraient-ils pas allés ramer sur les galères de Louis XV s'ils avaient été surpris ?

Louis Ranc fut arrêté quelques jours apcàs. Il se rendait , dans la matinée du dimanche , 14 février, dans un endroit solitaire, situé entre Loriol et Cliousclat, où son frère Alexandre avait convoqué une assemblée, lorsqu'uflae crue subite de la Drôme , qu'il fallait traverser , lui fit rebrousser chemin. Il revint au logis de la

(1) Fran$e pratesumte , art. Roësse,

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