‹ Un martyr du désert, Jacques Roger, restaurateur du Protestantisme dans le dauphiné au dixChapitre 23 sur 27 · UN MABTYR DU DÉSERT · texte numérisé non relu

UN MABTYR DU DÉSERT

de leurs coreligionnaires seront ou envoyés aux galères , ou condamnés au bannissement , ou fouettés de la main du bourreau , ou chargés de lourdes amendes; ipiais ces derniers efforts d'une rage impuissante ne pourront compromettre le réveil des Eglises. Leur nombre et celui de leurs conducteurs ne fera que grandir chaque jour.

Dans le synode national de 1756, cinq noms sont inscrits au rôle des pasteurs ou proposants des EgUses du Dauphiné. Au synode de 1763, leur nombre s'est augmenté de deux proposants ; de plus , la province entretient deux étudiants au séminaire de Lausanne. Le corps pastoral avait dix membres en 1774. Trois ans plus tard, les actes d'un synode tenu au Désert du 9 au 11 septembre 1777, nous montrent douze pasteurs, desservant à cette époque un nombre égal de quartiers qui comprenaient chacun plusieurs EgUses. Enfin, en 1783, c'est-à-dire quatre ans seulement avant l'édit de tolérance octroyé par Louis XVI , leur nombre s'élève à seize (1). C'est ainsi que l'œuvre si bien com-

(1) Actes du synode provincial tenu dans le Daxiphiné du 30 septembre au {*' octobre 1783. Il s'élevait à dix-neuf à la Révolution.

mencée par Jacques Roger prenait chaque jour de l'extension. L'Eglise sous la croix se tenait prête à saluer ces temps nouveaux , après lesquels elle avait longtemps soupiré, et qu'inaugura enfin la Révolution française, en inscrivant, sur la première page de sa constitution, les droits de l'homme et la liberté de conscience.

Et maintenant est-il nécessaire de faire ressortir longuement, avant de finir, les enseignements que la vie si bien remplie qui vient de nous occuper porte avec elle ?

Elle nous donne, tout d'abord, une leçon de fidélité chrétienne. De nos jours , où l'on se plaint à bon droit de l'affaiblissement des caractères, il est bon d'apprendre, à l'école de ces chrétiens austères , qui sacrifiaient tout à leurs convictions , l'esprit de renoncement et de sacrifice. En face de la persécution et de la mort même , leur foi les préservait des défaillances. Gomme eux aussi, s'il est vrai que le double courant de la superstition et de l'incrédulité menace de nous envahir, nous ne trouverons d'appui solide que sur le Rocher des siècles.

Soyons aussi reconnaissants. Nos pères du Désert, qui s'écriaient, dans les prières du culte domestique : « Nous sommes sans temples, mais

remplis toi-même ce lieu de ta présence ; noua sommes sans pasteurs, mais sois toi-même notre pasteur, » avec quels sentiments de pieuse gratitude ne fouleraient-ils pas nos lieux de culte, où du moins nous pouvons adorer Dieu en liberté ! Bénissons-le pour avoir ménagé à nos Eglises ces temps de repos après l'orage, et gardons un souvenir reconnaissant à nos pères du Désert qui nous les ont préparés par leurs souffrances.

Et puis, quelles que soient les difficultés de l'heure présente et le appréhensions de l'avenir, ayons bon courage. Un des emblèmes de l'Eglise sous la croix représentait les disciples sur une nacelle battue des flots, avec cette exergue : « Seigneur, sauve-nous, nous périssons ! » Plus tard quand, grâce à l'initiative des Court et des Roger, les Eglises se relevèrent de leurs ruines, et que le culte public fut assuré , nos pères remplacèrent leur première devise par cette autre : « Sous la croix le triomphe! > Nous aussi , malgré les difficultés et les périls qui nous environnent, ne craignons rien. Bien d'autres orages ont fondu sur l'Eglise, mais ce noble vaisseau cingle toujours vers le port, car Jésus est au gouvernail. Répétons donc, avec une calme assurance, cette invocation qui sou-

;. JACQUES ROttBR. 247

i'tint nos pères pendant les trois siècles de leur t- martyre, et qui renferme encore pour nous, ^ chrétiens du dix-neuvième siècle , le secret de i- la victoire :

Ton courroux veut-il nous éteindre ,

Nous nous retirons dans ton sein.

De nous exterminer formes-tu le dessein ,

Nous formons celui de te craindre.

Malgré nos maux , malgré la mort , Nous bénirons les traits que ta main nous apprête ;

Ce sont les coups de la tempête ,

Mais ils nous ramènent au port.

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