UN MARTYR OU DÉSERT
autres qui devaient le précéder ou le smvW|ré dans le martyre. Il leur donnait des cons6iii|b toujours suivis et toujours sûrs. Après les avok initiés aux devoirs et aux périls du ministèw évangélique, il leur en ouvrait l'entrée par rimposition des mains ; et lorsque , surpris par lei ennemis de leur foi , ils souffraient dans les prisons en attendant le martyre , le vieil apôtre du Désert se trouvait encore là pour leur faire goûter, dans des lettres toutes brûlantes de foi et de charité, les avant-goûts du ciel.
Or, pour accomplir, au milieu de tant d'obstacles , son ministère béni , Roger n'avait à son service aucune des connaissances théologiques, scientifiques et littéraires qui nous paraissent indispensables de nos jours. Il n'avait trouvé ni le temps ni l'occasion de les acquérir sur le banc des écoles. Les académies protestantes, qui avaient brillé d'un si vif éclat pendant le dix-septième siècle, étaient fermées depuis longtemps. Tout au plus avait-il suivi quelques leçons de théologie à Genève, sous la direction de Bénédict Pictet, et à Berne, pendant le séjour qu'il y fit en 1713 , et encore le manque d'études préparatoires dut les rendre peu fructueuses. Les rares débris de sa correspondance qui sont parvenus jusqu'à nous sont loin de nous
"^révéler un écrivain. Pfeu sensible aux beautés de *■ la forme, Roger n'a pas, comme il arrive parfois à Antoine Court, des prétentions de puriste et de bel-esprit. « Je voudrais, > lui écrivait ce dernier, « que vous vous écartassiez , le moins ^u'il vous serait possible, de cette manière de parler et d'écrire, qui fait le bel agrément des belles-lettres et de la conversation. On n'a pas le plaisir de parler ou d'écrire à un homme qui tantôt vous traite de pédant, qui tantôt, sans propos, vous accuse avec un air rébarbatif et sombre, de la dernière impudence. » Mais, aussitôt, Roger de répondre : « Je viens de recevoir la vôtre avec autant de plaisir que vous puissiez avoir des miennes ; mais je suis surpris que vous me fassiez des questions sur des mots. La suite d'un raisonnement indique assez ce qu'on pense. Je n'ai pas étudié l'étymologie, ni les autres sciences aussi sèches. Mon terme de combinaison, placé dans son endroit, marquait assez ce que je voulais dire. » Roger ne connaît pas mieux la rhétorique que l'étymologie. Sa phrase, un peu lourde et traînante, est surchargée d'épithètes et d'incidentes. Il s'insurge à chaque pas contre la syntaxe et l'orthographe ; mais son écriture nette et serrée révèle un caractère fortement trempé et un homme
de résolution. Ses parole% sont toujours imtquées au coin d'une austère piété. C'est la gloiïe de Dieu qu'il a toujours en vue dans ses lettres comme dans ses discours et dans ses courses incessantes , et l'on n'en doit que mieux admirer l'œuvre si belle qu'il a conduite à bonne fin , lorsqu'on songe aux moyens si faibles en apparence dont il disposait.
Cette œuvre de restauration ne fut pas compromise par sa mort ni par la recrudescence de persécution dont elle fut le signal. Il laissait après lui soixante Eglises (1) , qu'il avait pu , durant un ministère de trente-six ans, relever de leurs ruines, avec le concours de zélés collaborateurs^ Ils étaient, au moment de sa mort, au nombre de cinq : Alexandre Ranc, le frère du martyr, Vouland , Rozan , Roland et Paul Faure. Ils se tinrent quelque temps en repos , pour laisser passer l'orage. Quelques-uns d'entre eux se rendirent même en Stoisse, et leur nom figure sur la listé des étudiants de Lausanne ; mais ils revinrent bientôt à leur poste, c Mes associés, > écrivait Daniel Vouland à Court , le 17 octobre 1746, « persévèrent dans l'idée où ils étaient au sujet des fabriques. Ils croient que dans les cir-
'1) On en trouvera la liste k \*Àppmdtcfi.
constances, celles du*Dauphîné doivent être mipartie , et y en avoir de grandes et de petites ; que les petites doivent être établies où le bien ' du conamerce ne peut pas permettre d'en avoir de grandes, et qu'on en doit, néanmoins , avoir de grandes, où l'avantage du commerce peut Pexiger; que c'est aux fabricants qui sont sur les lieux à se déterminer pour les unes ou pour les autres, suivant qu'ils jugent qu'il en résultera plus ou moins davantage pour l'étendue etrafifermissement du commerce. » On surprend ici ce style figuré qu'employaient parfois les pasteurs du Désert pour dérouter les recherches. Le bien du commerce, c'est l'intérêt de la religion; les associés de Vouland ne sont autres que ses collègues ; les grandes et les petites fabriques représentent les assemblées des protestants , et les fabricants désignent encore les pasteurs.
A la mort de Roger, la restauration de l'Eglise était donc un fait accompli. Sans doute, la persécution n'a pas dit son dernier mot. Le 2 avril de l'année suivante, les sept pasteurs ou proposants de la province : Vouland , Roland , Descours, Rozan, Dubuisson, A. Ranc et Faure, se verront condamner à mort par contumace par le parlement de Grenoble; et beaucoup