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Un méchant homme: roman de mœurs

M. Joseph Diiranor était le chef d'une des maisons de commerce les plus riches et les mieux famées de Nantes.

C'était un homme de distinction , parfaitt-

ment instruit et d'un jugement remarquablement sain. Son front chauve qu'ombrageaient à peine quelques mèches de cheveux blonds encore, son visage paie et osseux portaient des traces de souffrances qu'avaient dû combattre un courage et une force morale rares.

A travers la douceur et le calme de sa physionomie perçait une singulière énergie, on reconnaissait facilement en lui l'homme qui sait souffrir longtemps et beaucoup sans ployer sous la douleur , mais que la douleur peut briser tout d'un coup — Quelque chose de semblable au chêne de la fable. Il était grand , mince , un peu voûté , vêtu toujours d'un habit marron, et ne faisait pas deux pas sans être r^scorté d'une canne de jonc qîi'il portait sous ie brâs ^ ... ^Uit tout

ce qui restait d'un frère que la fièvre jaune avait dévoré aux Antilles, il la conservait

religieuseiiKiiU. (juicoiiqiie a passti à Xantes en 182i, duil avoir rencontré dans les rues M. Joseph Diiraner, salué par îout le monde; le préfet comme le chel mililaire , aussi bien que les pauvres se découvraient devant lui.

Plus d'un petit commerçant llorissait grâce à ses façons libérales d'agir.

Ses senti mens honnêtes, généreux, élevés, lui avaient acquis une grande influence dans la ville sans qu'il ail jamais pour cela été maire, pas même adjoint. Sa délicatesse en alTaires lui avait assuré la sympathie de ses confrères qui lui en donnèrent les preuves les plus marquées, chose miraculeuse! dans des circonstances graves et difllciles quj avaient entravé la marche de ses opérations commerciales. J'ai dit que c'était chose miraculeuse, parce que nulle part je n'ai vu ces deux hideuses plait^s du C(L»ur humain . r«»nvjt'

et l'égoïsme plus profondes et plus infectes que dans cette classe d'hommes qu'on appelle gens d'argent. Un confrère ruiné , d'habitude est pour eux une proie à dévorer , des dépouilles à se partager.

Pardieu ! la commission du voisin est à envier quand ellerapporîe dix pour cent.

Il fallait vraiment pour que M. Diiraner rencontrât un tel appui, que les vertus de l'homme fussent cotées à un bien plus haut chiffre encore que les spéculations et les commissions du négociant.

Étrangers et parens, tous ceux qui avaient eu besoin de l'honnête Diiraner , l'avaient ren^ contré prêt toujours à s'imposer des sacrifîcesp our accourir à leur secours.

S'il n'était pas devenu banal de parler de l'ingratitude des hommes, je dirais qu'il

n'apprit guère d'eux ce que c'était que la re^ connaisance,

Sur ma foi la qualité d'homme de bien est un cruel supplice.

Ne criez pas au paradoxe, car je vous affirme qu'il ne doit pas y avoir au monde torture plus horrible que l'ingratitude dont ils e voit payer à chaque heure.

M. Dùraner avait recueilli dans sa maison un pauvre enfant qu'il ramassa dans les rues, en guenilles et mendiant son pain. Le bel air du petit Anatole, l'intelligence qui perçait dans ses yeux , les pleurs que ce mal-

heureux versait abondamment lorsqu'il le rencontra , par une soirée d'hiver, appuyé contre une borne ; les souffrances dont il portait encore les traces sur tout le corps , touchèrent le bon négociant. Au lieu de faire un valet de cet enfant , il le mit en pension et plus tard le plaça devant un pupitre dans ses magasins. Anatole devint un des commis les plus intelligens et les plus studieux de M. Dûraner.

Cela allait à merveille, sans que le bienfaiteur s'aperçut que les beaux dehors de ce jeune homme , ses manières affectueuses et presque séduisantes cachaient l'àme la plus corrompue et la plus noire qu'il se puisse trouver. A vrai dire , il ne cessait de parler de sa reconnaissance et de son dévoùment; son respect pour madame Diiraner n'avait pas de bornes; nous verrons plus

lard ce (iiie nous devrons en croire.

Aux yeux de cet homme excellent , Anatole avait le cœur doté des qualités les plus brillantes.

Jamais masque d'hypocrisie n'avait mieux représenté la vertu. Jusque là M. Diiraner ressemblait on ne peut plus, au pauvre Orgon, et le moderne Tartufes lui avait travaillé l'esprit non moins bien que son modèle dont il s'efforçait, on eût dit, à perfectionner les vices. Il connaissait aussi admirablement le terrain sur lequel il allait bâtir son échafaudage d infamies.

Anatole avait rtîtrouvé en sortant de pension un camarade nommé Gustave Valant , que la d<'bauch(î avait noyé dans son gouffr(\ un (W ces honimt s doni l(^ soîilUe corrompt.

Gustave avait facilement entraîné et bientôt enrôlé son jeune ami dans une bande de méchans drôles dont il était comme le chef. Les mauvais penchans d'Anatole se développèrent d'une manière effrayante sous cette atmosphère infecîe qui souillerait à la longue les plus belles âmes : horrible puissance du mal! si jamais le moindre symptôme de vertu avait trouvé place dans ce cœur, je dirais que la dernière trace en était disparue et que le vice y trônait hideusement.

Anatole, au moment où nous commençons cette histoire , était devenu un homme capable de tout; c'était un scélérat qui se dressait pour le bagne ou pour l'échafaud.

M. Diiraner n'habilait pas la ville, il possédait, à une lieue de Nantes, une délicieuse maison de campa^o. Consacrant toute la journée h ses affaires, il ne retournait à Treillis que 1(^ soir, quand la bourse était fermée.

Quoique bon et sensible, il revenait rarement avec cette liberté d'esprit qui lui permettait d'offrir à sa femme un amour affectueux et ces tendresses dont un cœur de vingt ans a besoin autant que les fleurs de la rosée. Ses affaires le préoccupaient jusqu'au fond de sa retraite et l'absorbaient encore. Les spéculations du lendemain ne lui laissaient pas le temps de songer à cette solitude à laquelle il abandonnait Amélie sa femme.

Si je voulais décrire les sites , les vallées , les beaux points de vue qui entouraient cette charmante habitation, onme dirait sans doute , que cela ressemble à toutes les descriptions faites ou à faire sur les maisons de campagne de tous les pays; aussi je m'en dispense. Toutefois je ne passerai pas sous silence une ravissante vallée qui s'étendait à droite de la maison, non pas par amour de ladescrip-

tion, mais parce que cette valltM; joue une sorte de nMe dans mon histoin*. Elle se prolongeait au moins d'une lieue, et se terminait par une colline aux pieds de hujueîlle coulait un bras de la Loire. A celte dislance, cette eau blanche dont l'cBil ne devinait pas le cours ressemblait aux rayons argentés de la lune qui viennent se poser sur la terre et apportent avec eux la mélancolie et les douces rêveries du soir. Cette vallée était semée par intervalle de groupes d'arbres d'une vigoureuse nature, telle qu'elle m'a frappé dans ce magnifique pays de Bretagne , et dont l'ombre étendue sur la plaine et se mêlant par portion , de distance en distance ,y jetait une sorte de mélancolique tristesse. Vous voyez d'après ce croquis imparfait , qu'il pourrait y avoir quelques pages à écrire là-dt»ssus ; mais si je me laissais aller , je ferais faute à mes résolutions; — et puis, je vous avoue,

je ne me sens pas la force même de compléter le tableau, aussi bien je me désespérerais de vouloir rendre avec la plume un de ces poétiques et vaporeux paysages de Bonnington , dont cette vallée avait toutes les teintes brunes et mélancoliques.

Madame Dtiraner s'était longtemps consolée de cet isolement où l'avait réduite la vie activement commerciale de son mari, en £C nourrissant lame des poétiques et douces rêveries qu'éveillait en elle le voisinage de la vallée. Mais bientôt les tièdes émanations qui s'en exhalaient , le parfum qui s'échappait brûlant des fleurs et embaumait tous ses sens, cet accouplement de toutes les choses qu'elle avait sans cesse sous les yeux , cette volupté complète de la nature, qui se trahissait dans le calme des objets et lu: paraissait d'autant plus pro-

Ibiide, qu'ils embrassaient rimmensitf'', em-' plirent son cœur de sentimens nouveaux , et sa solitude comm(Mira de lui penser.

Anatole vivait chez M. Diiraner comme son enfant; la maison de son bienfaiteur était la sienne. Une fois de retour à Treillis, où il revenait également chaque soir mais libre, lui, de ces calculs d'affaires dont M. Diiraner ne se débarrassait jamais, il avait été plus à même de s'apercevoir de la tristesse et des langueurs d'Amélie. 11 l'avait surprise souvent les larmes aux yeux dans une sorte de recueillement , devant la vallée. Il devina facilement la cause de ces larmes et de cette tristesse , et la pensée lui vint de combler le vide qui s'était creusé dans ce jeune cœur.

C'était moins à 1 amour qu'h un désir mau-

To.Mi: 1 'i

vais qu'il obéissait. Il suffisait qu'il y eût un crime à accomplir, pour qu'il se laissât irrésistiblement emportera entraîner cette jeune femme dans un adultère qu'il n'était pas susceptible même de couvrir du voile spécieux dont on l'habille d'habitude. C'était de sa nature de méchant homme.

Mais il ne comprit pas que chez cette femme l'amour avait dû s'infiltrer à l'aide de longues méditations , que cet isolement dans lequel elle vivait, que ces continuelles rêveries auxquelles elle était en proie, avaient dû exalter le sentiment de poésie qui avait enveloppé son âme, que cet amour était empreint d'un caractère particulier, à franchement parler , que c'était un amour romanesque , un besoin exagéré de Tâme et non point un désir des sens.

Les aveux d'Anatole avaient été accueilHs

avec dédain, et ses instances taxées d'impertinence. Amélie avait bien des motifs pour agir de cette façon , jt' ne sais quel instinct ai avait révélé la petitesse de cœur d'Anaoie, et ses devoirs d'épouse, un moment avaient parlé assez haut chez elle pour étouffer tous les autres sentimens qui y murmuraient déjà. Mais un abîme s'ouvrait sous ses pas chaque jour plus profond ; elle devait y tomber poussée par une main qu'elle ne voyait pas , toujours derrière elle cachée dans l'ombre.

Anatole se regarda comme humilié de n'avoir point été agréé par Madame Diiraner ; il s'aigrit des paroles sévères qu'il avait rencontrées dans ses discours; la rage lui dévorait le cœur en s'imaginantque cette jeune femme avait voulu le rabaisser en lui reprochant son origine, en lui parlant snns ctsse

des bienfaits de son mari , de la reconnaissance qu'il oubliait d'en consener, et en lui rappelant ses devoirs. Il releva un matin ce front qu'il traînait dans la poussière aux pieds d'Amélie; la foudroya d'un regard menaçant , et des cris de vengeance débordèrent de sa bouche! C'était à la suite d'un dernier effort qu'il venait de tenter ! C'en était fait d'elle; blessé dans son amourpropre, trompé dans ses espérances , il avait résolu de la perdre.

Anatole était un de ces hommes qui avaient la conscience de leur méchanceté , comme d'autres de leurs vertus. — Il savait qu'il avait une destinée de malheur à accomphr, qu'il était une de ces embûches cachées et auxquelles vienneut se heurter les bons infailliblement. Le mal ne l'étonnait pas; il l'avait accepté comme une des conditions de

son existencii; et sur l'iionrieiir je n'exagère pas en disant (lu'il s'étudiait à y arriver. L'enfer seul, prétendait-il, pouvait l'avoir vomi sur la terre, pour lutter contre les créatures que le ciel y avait jetées de son coté ; — il n'était pas de même source que celles-là ; c'étaient autant d'ennemis à combattre! L'occasion s'offrait belle; car il se doutait qu'un rival avait été plus heureux que lui auprès d'Amélie. 11 flt serment ce jour-là de les surprendre. — Après cela, la réputation de cett femme était entre ses mains ; il savait bien comment en user.

11 ne se trompait pas.

Il sortit précipitamment de la maison, se plaça en enbuscade derrière un mur, et attendit.

Dans une des chambres de la maison, précisément dans celle dont les croisées avaient vue sur la vallée, une jeune et belle femme, pâle, avec de grands yeux noirs, était nonchalamment accoudée sur un sopha.

Sur son front blanc et poli comme l'ivoire brillait une étoile de bonheur, et de ses lèvres entr'ouvertes s'échappait un souffle tiède, empreint de toute l'ivresse dont brûlait son cœur.

Cette femme était madame Amélie Diiraner

Plus d'une fois elle s'était levée pour parcourir des yeux un chemin qui faisait coude sur un des côtés delà vallée, et en revenant s'asseoir, elle avait regardé avec impatience la pendule. Elle attendait quelqu'un.

Elle attendait le comte Alfred de Montarlier, ce rival heureux qu'Anatole épiait, et qui pour la seconde fois seulement allait franchir le seuil de cette maison comme amant.

Amélie avait lutté l()iigtem;>s contre ces assauts de l'amour (lui ébranlaient son coeur; mais c'est là un combat amiuel, homme ou femme, nous succombons souvent quand nous entrons en lice avec un si rude adversaire.

Si madame Diiraner avait rejeté avec autant d'indignation les prétentions d'Anatole, c'est (ju'à côté de ses devoirs d'épouse qu'elle fit hautement valoir un moment avec sincérité, je veux bien le croire, il y avait une passion qui germait dans l'ombre ; c'est que si l'amour d'Anatole lui avait répugné d'abord, elle avait senti tout à coup son cœur s'épanouir aux premières paroles pleines de tendresse et de respect qui étaient tombées de la bouche d'Alfred. Klle s'était prise à aimer en secret , dans les solitudes de son Ame . l'image^ de ce jenne hommi^ nn'ell»^

caressait comme une chimère. Imprudente, qnî ne savait pas que ce miel de l'amour si doux qu'il soit, lorsqu'il a effleuré le bout des lèvres, empoisonne

Madame Diiraner possédait la conscience de ses devoirs , il faut l'avouer; elle frémissait de la pensée de commettre une action honteuse, elle avait repoussé Anatole parce qu'elle ne l'aimait point, elle résistait à Alfred parcequ'elle sentait là sa faiblesse, mais elle luttait de tout son courage et de tout ce qui lui restait de force.

Pourtant elle l'aimait.

Cette passsion brisa tout à coup la faible enveloppe qui la recouvrait et s'épancha d'elle-même au dehors comme un fruit trop mûr qui se détache de l'arbre et tombe par son propre poids .

Tr jour que le cœur d'Amélie débordait . qu'elle était enivrée par une sorte de délire, elle oublia devant Alfred que jamais un mol un geste , un regard n'avaient trahi son secret, et quand le jeune comte lui parla d'amour elle répondit sans cette timidité qui gène et charme pourtant sans un premier aveu, des paroles pleines de feu, comme si depuis longtemps elle était habituée à un pareil langage, puis tout à coup \a raison lui revint; elle se leva rouge de honte, se dégagea des bras du jeune homme qui l'avaient enlacée avec force , et se sauva en poussant un grand cri.

Quelques instans après elle revint et trouva M. de Montarlier à genoux le visage appuyé sur le chaise qu'elle avait occupée.

Quelle scène se passa entr'eux ? vous la

devinez , une scène à laquelle je ne veux rien retirer de ce qu'elle avait pourtant de sérieux en vous la racontant dans toute sa

vérité. — la voici:

Amélie en rentrant fit un geste plein de terreur et se recula comme pour sortir ,

quoiqu'elle n'en eût pas la moindre envie.

Alfred toujours à genoux devant la chaise tourna vers elle des yeux rayonnants d'amour et l'implorait les deux mains jointes.

Ils se regardèrent longtemps ainsi , Amélie s'approcha lentement — Alfred lui épargna la moitié du chemin en se traînant sur ses genoux jusqu'à ce qu'il fût devant elle.

Amélie éclata en sanglots — Alfred saisit pour les embrasser ses deux mains qu'elle retira une première fois , mais qu'elle lui

abandonna lacilement à la récidive.

— Vous êtes encore ici» monsieur , s'écria Amélie feignant l'élonnement ; mais elle savait fort bien qu'il n'était point parti , car si elle l'avait entendu sortir, elle serait accourue à temps pour l'en empêcher.

— Oui, AMÉLIE! s'écria M. de Montarlier; je ne puis quitter cette chambre , mon cœur a besoin de respirer cetle atmosphère d'amour.

Amélie baissa les yeux en rougissant, — Alfred la dévora du regard.

Elle parla de remords, lui d'extase. Ellede folie, lui d'ivresse.

— Vous partirez n'est-ce pas, ^monsieur ! vous ne reviendrez i)lns jamais ? vous ou-

blierez quelques paroles irréffechies qui sont sortiesje ne sais comment de ma bouche mais que désavoue mon cœur.

— Je TE jure, mon ange , que je n'oublierai jamais cette heure de ravissement où tu m'as dit que tu m'aimais.

— Monsieur je vous l'ordonne.

— Pourrai-je obéir?

Ce fut un singulier dialogue un échange de gestes et de regards qui ne se termina que quand ils se trouvèrent dans les bras l'un de l'autre, dénoûmeni infaillible que tous deux attendaient avec une impatience égale.

Leurs lèvres n'eurent pas le temps de pro-

noncerlemot de bonheur qui se trouva étouffésousune iiilinilé de baisers.

Puis,il} eut un serment solennelIenKîiit prononcé à la suite d'un traité par le(|uel M. le comte Alired di^ Moutardier s'engaj^eait à respecter l'honneur de IMadanie Amélie Diiraner, — Mais, vous le pensez bien, rendez-vous lut donné pour le lendemain.

Cette scène se passait la veille du jour où Anatole avait résolu la perte des deux amans.

Et nous savons qu'Amélie attendait Alfred.

Lorsque le jeune homme entra , Madame Diiraner était accoudée sur le sopha où nous l'avonsvue au commencement de ce chapitre.

lis se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, et en poussant uiir exclamation de joie ;

une exciamation échappée à deux cœurs qui se rencontraient , séparés qu'ils étaient depuis longtemps.

— Oh! viens ici, sécria la jeune femme en entraînant son amant vers la fenêtre; viens montrer à cette belle nature qui se raillait de moi , comme je suis heureuse dans tes bras , à ce magnifique soleil que j'ai maintenant dans le cœur des rayons aussi brûlans que les siens, à ces fleurs, que mon àme épanouie peut exhaler autant de parfums qu'elles en ont dans leurs calices; à ces oiseaux qui passent dans l'air accouplés deux à deux que je ne suis plus seule maintenant; viens oh! viens te dis-je; cette brise embaumée m'apportait comme une insulte , le bruit de leurs roucoulemens d'amour quelle leur apporte en retour . l'écho de nosbaisers; — ah! je suis fiére devant cette vailée !

devant celle vallée* qui m'arrachail tant de pleurs! je ne suis plus seule maintenant! je presse sur mon cœur, un cœur plein d'amour; — donne-moi, donne-moi des milliers de baisers î je veux que tes lèvres répandent sur mon Iront en un jour , Ions ceux dont je suis sevrée depuis si loiii; temps!

Il y avaitune sorte de délire dans ses paroles,que je ne puis atteindre : étrelirnant Alfred dans ses bras avec transport, elle promena sur toute la vallée des regards triomphans qui voulaient dire à chaque chose : voyez, je suis aimée, je suis heureuse!...

Elle appuya sa charmante tète sur l'rpaule du jeune homme , et tous deux demeurèrent quelques instans ainsi, dans un véritable recueillement.

Je ne sais (juelle auréole de bonhi^ur

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