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LES LIVRES

Cabanès a lui-même classé ses livres en trois catégories : ceux de Médecine historique, de beaucoup les plus nombreux, et les plus importants ; ceux d'Histoire médicale ; les monographies diverses.

[. Livres de Médecine historique.

Cest en 1891 que parut le premier volume de Cabanès : « Marat inconnu. » L'originalité de ce livre valut au jeune auteur — il avait 29 ans — un très vif succès. La première édition assurée grâce aux souscriptions de ses amis et admirateurs fut rapidement épuisée.

Dans cet ouvrage, Cabanès ne s’est pas proposé pour tâche de réhabiliter Marat, mais, s'appuyant sur les tares physiques et mentales dont il établit le diagnostic rétrospectif, d'expliquer le psychisme de son triste personnage et, chemin faisant, de lui trouver quelques circonstances atténuantes.

Disciple de Taine, avant d'aborder l’évolution psycho-pathologique de Marat, Cabanès le situe au triple point de vue race, milieu et moment. Il nous renseigne donc sur sa famille d’origine genevoise, sa condition sociale.

Dès son jeune âge, un trait fondamental marque son caractère : l'ambition. Plus tard, Marat dira : « La seule passion qui dévorait mon âme était l’amour de la Gloire. » Poursuivant son analyse. Cabanès met en évidence deux autres traits également fonciers, mais un peu moins accusés : une susceptibilité qui s’avérera maladive et une curiosité servie par une puissance de travail surprenante. A ces dominantes psychologiques se surajoutent d'autres caractères secondaires : la jalousie, la rancœur, la haine, la cruauté, qui tour à tour ou simultanément vont trou-

J. Govaerts-Regis 3

ÉDETES

ver dans les événements l’occasion de se manifester.

Marat fut réellement un savant. Ses travaux furent très appréciés à l’étranger et particulièrement en Angleterre, Après plusieurs années consacrées à voyager, il rentra en France, pensant que ses œuvres seraient bien accueillies. Or, non seulement elles rencontrèrent peu d’approbation, mais certaines furent même interdites.

Ce premier échec lui fut d'autant plus sensible qu'il l’estima injuste, immérité. Si dès ce moment son caractère s'aigrit, rien encore ne fait présager le sinistre révolutionnaire. Il a d’ailleurs une clientèle élégante et jouit d’une certaine notoriété dans la haute société, grâce à quoi il est nommé Médecin des Gardes du comte d’Artois. l’Académie couronne son Mémoire sur l’Electricité médicale. Son mérite est reconnu : c’est la période heureuse de sa vie.

Dans l’euphorie, il poursuit ses recherches scientifiques qui doivent, espère-t-il, lui assurer la célébrité.

Si sa théorie sur la lumière lui vaut quelques éloges, la plupart des savants ne la prennent pas en considération. Profondément froissé dans son amour-propre, blessé dans son orgueil, ses rancœurs s’accumulent. Ruminant les petites mesquineries auxquelles peu de savants échappent, et dont il est l’objet de la part de ses collègues, il entre bientôt en lutte avec le clan académique. Il se croit persécuté, puis, par le processus habituel, devient persécuteur. Il appartient désor-

mais à la catégorie des persécutés persécuteurs dont

limpressionnante cohorte encombre chaque jour tribunaux et asiles. Malheureusement pour ses contemporains, Marat ne borna pas ses réclamations aux salles d'audience. Donnant libre cours à ses instincts cruels, il allait exercer une redoutable persécution. Puisque ses travaux scientifiques ne peuvent satisfaire son « amour de la Gloire », il demandera à la politique ce que la science lui refuse. Dans une formule heureuse, Cabanès peut dire : « Ses échecs scientifiques furent comme le prélude de ses violences politiques. »

Cet Ami du peuple dressera quotidiennement la liste. de ses victimes destinées à l’échafaud. Les listes seront d'autant plus longues que les douleurs physiques subies par le tribun seront plus agaçantes, plus irritantes, plus exaspérantes.

Quel est donc le mal qui les provoque ?

Par l’analyse des symptômes retrouvés dans une documentation abondante, souvent inédite, Cabanès affirme qu’il s’agit d’une maladie de .peau prurigineuse. Ce diagnostic assez vague ne satisfait pas son esprit précis. Il discute les diverses hypothèses émises sans arriver à une certitude. Il pense qu’il s’agit d'eczéma chronique douloureux et généralisé. Cette maladie, souvent rebelle, même à notre thérapeutique moderne, influe désastreusement sur le psychisme des sujets atteints, les conduisant parfois jusqu’au

suicide.

= Les souffrances de Marat accentuèrent, précipitèrent le déchaînement de ses mauvais instincts. Atténuèrent-

elles ses crimes ?

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Si nous avons longuement analysé ce livre initial, c’est pour souligner, dès ses débuts, les qualités fondamentates de Cabanès : son espritet sa probité scientifiques, sa maîtrise qui s'affirme déjà.

Dans le second livre paru en 1899, le client choisi fut un littérateur : le romancier de la Comédie humaine. Examinant le caractère de Balzac, sa manie ambulatoire, sa mégalomanie, son attirance pour les découvertes scientifiques et parascientifiques, Cabanès révèle un « Balzac Ignoré » vu par un médecin et non par l’historiographe classique.

De cette incursion dans la littérature, Cabanès gardera le souvenir d’un vaste domaine offert aux investigations médico-historiques. Il ne l’explorera que beaucoup plus tard avec ses études sur « Les Grands Névropathes » parmi lesquels il examine de nombreux httérateurs et artistes: Berlioz, Hoffmann, Dostoïevski, Henri Heine, Coleridge, Chopin, Cooper, Pascal, Molière, Chateaubriand, Byron, Shelley, Wagner, ete.

À partir de 1900, chaque année, Cabanès offre de nouvelles œuvres à un public toujours avide de le lire. La mort même n’en interrompt pas le cours, puisque, grâce à Mme Cabanès, des ouvrages posthumes parurent. |

Cabanès réunit plusieurs de ses livres en séries. La

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