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cèdent en rien à celles de leurs prédécesseurs. L’incommensurable bêtise humaine leur fournit toujours une mine d'exploitation inépuisable.
« Remèdes de bonnes femmes » écrit avec la collaboration du D' Barraud en administre la preuve plaisante et incite à plus d’indulgence, à plus de modestie, si l’on confronte les remèdes de nos pères avec les cures baroques, extravagantes, quelquefois tragiques de certaines individualités médicales ou extramédicales modernes. ;
Actuellement encore, dans nos campagnes et même dans nos villes : le mal de dents se traite par le port d'un collier de pattes de taupe ou en frottant la dent malade avec un os de mort ; un marron d’Inde dans la poche préserve du rhumatisme et des hémorroïdes, une chaussette sale autour du cou guérit de l’angine, l’ail est souverain contre l’aliénation mentale. |
Comme le remarquent les auteurs de « Remèdes de bonnes femmes » « malgré les difficultés attachées à la science médicale en général et à l’art de guérir en particulier, tout le monde de nos jours, comme sous Hérode, à Paris comme aux rives du Niger, se mêle d’être Médecin ».
La science dont n’enorgueillit avec puérilité et vanité notre xx* siècle est donc loin d’avoir triomphé du préjugé. Au fait, n'est-elle pas la fille de l’empirisme À :
« L'Esprit d’'Esculape » et « Les joyeux propos d’Esculape » écrits en collaboration avec le D' Witkowski font revivre l'esprit rabelaisien de l’ancien carabin.
Les sujets traités sont souvent lestes, de franche gaillardise. On y trouve l’histoire du clystère avec ses alternatives de succès et de défaveur, mais dont l’administralion a toujours suscité des anecdotes croustillantes, égrillardes. Les auteurs ont également recueilli de nombreux bons mots des médecins célèbres. Au moment où une victime de Vénus sortait de son cabinet, Ricord la rappelait : « Rendez-moi mon ordonnance, il faut que j'y ajoute quelque chose. — Elle est pourtant déjà bien longue, Docteur. — Monsieur, vous devriez, dans votre cas, vous estimer heureux que l’on ajoute au lieu de retrancher. »
De tous temps les médecins ont exercé la verve ironique deslettrés. Avecéclectisme Cabanès et Witkowski ont, en ces deux livres, recueilli quelques-uns de ces sarcasmes : « Piron ne voulut jamais consentir à se faire médecin. Il disait quil avait toujours voulu savoir à peu près ce qu’il disait et plus encore à peu
près ce qu’il faisait. »
Le même esprit gouailleur, gaulois se retrouve dans « Les curiosités de la médecine » réparties en quatre
volumes : « Fonctions de la vie, Les curiosités du corps
hümain, Les cinq sens, Le sixième sens ». A leur propos, Cabanès nous promène à travers les siècles, dans les deux hémisphères, répandant son érudition encyclopédique.
Le fond de cette œuvre est alimenté par les anecdotes auxquelles ont donné lieu les organes ou les sens. Ainsi le foie n’est pas envisagé comme la glande à fonctions hématopoïétique, glycogénique, uropoïétique..., mais comme le siège de l'amour. Le cœur nous vaut un rappel de la littérature amoureuse.
Aux cinq sens classiques, Cabanès eu ajoute un sixième : le sens génésique. Par la verve de notre conteur, l'étude de ce sixième sens n'engendre certes pas la mélancolie. Elle atteste à quel point le souci de sa virilité obsède l’hontme, provoquant son orgueil ou son humiliation. Cette dernière inavouée se dissimule sous les artifices les plus divers.
La circoncision chez les Turcs, les testicules artificiels, les rapports de l'intelligence et de la prostate, les prouesses génésiques, la couvade sont autant de
chapitres curieux et amusants.
Nous ne ferons que signaler « Les souvenirs d’un académicien sur la révolution, le premier Empire et la Restauration » que Cabanès rapporte et commente en les faisant précéder d’une introduction sur l’académicien Charles Briffaut, pour nous arrêter sur
« Chirurgiens et blessés à travers l'histoire » qui est
Are
incontestablement le plus important ouvrage d'Histoire de la Médecine de Cabanès.
La plainte des blessés qui s’est élevée dès le premier choc des hommes, traversant les âges, sans cesse renouvelée, sans cesse accrue par les mêlées de plus en plus effroyables et généralisées ne pouvait manquer de solliciter en Cabanès le médecin et l’historien.
Quelles étaient les meurtrissures corporelles provocatrices de ces gémissements, de ces lamentations ? Par quoi et comment étaient-elles causées ? Qu'avait-. on fait pour les soulager, les calmer, les guérir ? Comment la civilisation est-elle intervenue pour atténuer les misères physiques, morales et matérielles des victimes des folies sanguinaires P Voilà l’'émouvant, le complexe sujet que Cabanès a amplement traité dans « Chirurgiens et blessés à travers l'Histoire ». Il l’a fait avec sa manière personnelle, accompagnant les précisions techniques d'anecdotes toujours intéressantes et instructives.
Ce bel ouvrage d'Histoire de la Médecine, auquel se référeront toujours ceux qui désormais étudieront les conséquencés morales et matérielles de la guerre, a recueilli le triple suffrage des lettrés des historiens et des médecins. Son haut mérite lui a valu d’ail-
leurs d’être couronné par l’Académie de Médecine.
Par sa valeur intrinsèque et son développement, l'ensemble de l’œuvre d'Histoire de la Médecine de
Cabanès est loin d’avoir l’importance de son œuvre
médico-historique. Toutelois elle présente l’incontestable intérêt de constituer une précieuse documen-
tation pour les chercheurs futurs.