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CABANÈS ET LE JOURNALISME

Cabanès fut un journaliste né. On prétend qu'il était encore sur les bancs du collège lorsque, dans la presse locale, parut son premier article dont nous ignorons le sujet. C’est vers 1890 qu'eurent lieu ses véritables débuts dans le « Progrès médical »,.

En 1896, il fit en reportage sensationnel. Comme nos modernes reporters qui sillonnent le monde à la recherche d’interviews retentissantes, Cabanès, sans bénéficier des facilités que la vie contemporaine accorde à ces derniers, projeta une entrevue avec le D’ Pietro Pagello, amant passager de Georges Sand. Ce n’était pas tâche facile. Avant lui bien des hommes de lettres avaient vainement tenté d'obteuir des renseignements de ce personnage quelque peu énigmatique. Mais le D' Pagello avait toujours gardé un mutisme absolu. Cabanès, pressentant le réel bénéfice que la littérature devait recueillir de la connaissance des lettres de G. Sand au médecin vénitien, écrivit à son confrère le D' Just Pagello, fils de Pietro Pagello, pour lui demander la copie de ces lettres et l'autorisation de les publier. Après un échange de

correspondance, le D‘ Just Pagello fit parvenir à

ÉTbE e

Cabanès la fameuse lettre « En Morée » où dans un style passionné la romancière déclare son amour au jeune et beau médecin. Toutefois il s’excusait de ne pouvoir transmettre les autres lettres, son père se refusant à les divulguer de son vivant.

Persistant dans son projet, le 4 septembre 1896, Cabanès se rendit à Belluno, résidence de la famille Pagello. Il y fut reçu par le D' Just Pagello qui l'introduisit auprès de son père alors âgé de 89 ans. Dans un long entretien, après lui avoir raconté ses relations avec «la Sand » — relations auxquelles il n’avait pas attaché plus d'importance qu’à une banale aventure avec une jolie femme — le nonagénaire lui offrit une des tasses dont se servait la romancière à Venise et dans laquelle Musset avait étanché sa soif de fébricitant.

On devine la joie qu'en éprouva Cabanès. Il rapporta la précicuse porcelaine à Paris, la plaça dans une des vitrines de son salon, la montrant toujours avec une pointe d’orgueil à ses visiteurs.

Cette interview, d'autant plus difficultueuse que Pagello était sourd et que Cabanès avait peu de connaissance de la langue italienne dans laquelle son hôte s’exprimait, eut un grand retentissement. Elle parut même si extraordinaire à l’époque que d’aucuns mirent en doute son authencité. Ce reportage classa immédiatement Cabanès parmi les chroniqueurs les plus connus et les plus recherchés.

Comme journaliste, le nom de Cabanès reste indis-

solublement lié à la « Chronique médicale » dont

il fut le créateur et le rédacteur en chef. Il en était à ce point l'âme que, malgré lé grand mérite de ses éminents collaborateurs, les lecteurs de la « Chroniqué médicale » ne l’appelaient que « le journal de Cabanès ». Aussi quoique très appréciée et très répandue elle ne survécut que quelques années à son fondateur. En 1936, après quarante ans de vie brillante. elle disparaissait à son tour ; Cabanès était mort depuis huit ans.

Créée en 1894, le premier numéro est daté du 15 décembre 1894. Son sous-titre : Revue scientifique littéraire et anecdotique exposait son programme. Cabanès avait su grouper autour de lui des collaborateurs tels que : Zola, Goncourt, Henri de Rochefort. Ce périodique, d’abord bi-mensuel, puis mensuel connut dès sa première année un succès qui ne $e démenti et jamais du vivant de son fondateur.

Comme Rédacteur en Chef de la (Chronique médicale », Cabanès publia un grand nombre d'articles originaux. Plusieurs de ceux-ci lui servirent plus tard à la composition d'importants ouvrages dont les lecteurs de la « Chronique » avaient eu en quelque sorte la primeur.

En janvier 1896, sa revue ayant déjà eu un peu plus d'un an d'existence, Cabanès écrivait : « La Chronique médicale est et restera un journal d'idées et de faits, de documents présentés sous une forme littéraire mais dont le fond ne cessera de rester médical». En réalité, avec les années, la partie purement médi-

cale s’amenuisait de plus en plus, tandis que la partie

Et: ne Historique et anecdotique prenait une plus grande extension.

. Son journal n’épuisa pas son activité journalistique: Pendant près de trente ans il collabora régulièrement sous les pseudonymes du D' Rondelet et du Dr Bienvenu à «La Médecine Internationale ». C’est là que parurent ses longues chroniques sur « La médecine du passé », qui réunies en une série de douze volumes constituèrent « Les mœurs intimes du passé » dont nous avons parlé. Dans cette même revue il écrivit « Les transfuges de la médecine» sorte d’avant-propos aux «Evadés de la Médecine ».

D’autres périodiques médicaux lui offrirent leurs colonnes : « Le Progrès médical» inséra ses notes sur le génie et la névrose, sujet qui lui était particulière ment cher ; « Le Répertoire des alcaloïdes » où sous le pseudonyme du D? Fernel, les lecteurs reconnaissaient aisément leur talentueux auteur, « Esculape », « Le Correspondant médical », « La Gazette des hôpitaux », « La France médicale », « Le Journal de Médecine de Paris»...,elc...; élec. à

En dehors du journalisme médical professionnel — il le considérait, dit son ami le DT Noir, Rédacteur en Chef du « Concours médical », comme sa véritable profession — la collaboration de Cabanès fut très recherchée par la grande presse parisienne. Le Figaro, Le Pelit Parisien, Le Journal, Le Dimanche Illustré, L’Excelsior,etc...,etc.., publièrent ses articles. Si par ses chroniques il réussit à intéresser un public nombreux et

divers, peu disposé en général à s’instruire des sujets

Pupars

complexes d'Histoire et de Médecine, c'est que Cabanès journaliste réalisa l’heureuse etrare symbiose du savant et du parfait vulgarisateur. De même que dans ses livres il restait le conteur fin et érudit dont l'esprit

charme et la science séduit.

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