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LA SOCIÉTÉ MÉDICO-HISTORIQUE

Ecrivain, journaliste, conférencier, Cabanès poursuivit inlassablement le même but : l'intervention de la méthode médico-historique dans l'Histoire. C’est dans cette même pensée qu'il fonde le 2 mars 1908 la Société Médico-Historique. Qu'’était cette Société? Bien qu'officiellement, son acte de décès n’ait jamais été signé, nous en parlons au passé, car elle n’a plus donné signe de vie depuis le mois de juin r9r0. Ayant pour objet l'étude des rapports de l’Art, de la Littérature, plus particulièrement de l'Histoire avec la Médecine, elle réunissait des savants, des médecins, des historiens, des littérateurs et des artistes. Sa création fut longue et laborieuse. Cabanès à maintes reprises, soit dans ses conversations privées soit dans la Ghronique médicale en avait signalé la nécessité. Son idée chemina lentement, lancée pour la première fois en 1896 dans la « Chronique médicale », elle ne recueillit que douze ans plus tard l'adhésion de l'élite de la pensée française et étrangère. Parmi les personnalités les plus marquantes, citons en France : Landouzy, Paul Bourget, Brissaud, Jules Claretie, Galippe, Lacassagne, Lemaître, Pinard, Pozzi..…., etc..., etc., à

J. Govaerts-Regis 5

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l'étranger : Lombroso, Antonini, Jacoby, Rancoroni, Niceforo, etc., etc.

La première réunion eut lieu le 2 mars 1908. Le

Bureau définitif était ainsi composé :

Président d'honneur : Anatole France.

Président : Professeur Landouzy.

Vice-Présidents : Paul Bourget et Professeur Gilbert Ballet. :

Secrétaire général : D' Cabanès.

Secrétaire des séances : D' Meige.

Trésorier : D' Laignel-Lavastine.

Bibliothécaire archiviste : Félix Chambon.

La Société se réunissait mensuellement. En fin d'année, un Bulletin était publié qui donnait les comptes rendus des séances. Cabanès exposa la dernière maladie de Napoléon ; Meige, les fous dans l’art; Noury, l'alimentation des accouchées dans l’art ; Régis, la dromomanie de J.-J. Rousseau ; Lombard, la mort d'Henriette d'Angleterre, etc., etc.

La dernière réunion eut lieu le 14 juin 1910. Pour quelles raisons une Société composée d’hommes aussi éminents, répondant si bien à l'esprit qui avait présidé à sa fondation, est-elle tombée en léthargie P Nous l’ignorons. Retenons toutefois l’activité débordante, fébrile que cette éphémère création avait exigé de Cabanès qui sans trêve, se multipliait pour assurer

le triomphe d’une cause qui était sa vie même.

Commentaires sur l'œuvre de Cabanès.

Rarement, une œuvre originale est acceptée d'emblée; elle est toujours discutée, souvent même incomprise au début, elle ne s'impose que lentement. L'œuvre de Cabanès ne fait pas exception à cette règle. Si, dès ses premiers ouvrages, -il reçut éloges et encouragements, il subit aussi d’ardentes critiques.

L'idée fondamentale qui présida au développement de son œuvre fut attaquée sans ménagement et avec injustice. Des historiens craignaient que les médecins n’empiétassent inopportunément sur leur domaine. Des médecins ironisaient: « Nous avons toutes les peines du monde à faire un diagnostic exact avec toutes les facilités que nous donnent la clinique et le laboratoire, disaient-ils, et vous allez chercher à établir, sur des pièces d’archives, de quoi ont souffert, de quoi sont morts tels ou tels grands personnages.»

Avec ténacité et persévérance, Cabanès pratiqua le « volentes ducunt, nolentes trahunt » si bien qu’au-

jourd’hui nul historien, nul médecin n’ignore l’im-

portance de la médecine historique, davantage, tous proclament son incontestable utilité.

Plus encore que l’idée de Cabanès, la composition de ses livres a été discutée. Sans tenir compte de l'opinion de ceux qui dénigrent de parti pris, il est des esprits impartiaux dont les critiques doivent être prises en considération pour juger équitablement les écrits de Cabanès. Ces critiques portent sur le développement du côté anecdotique, le manque de conclusion, l'utilité et le style de son œuvre.

Certains lui ont reproché d’abuser de l’anecdote. Ils ont même prétendu qu’elle constituait la substance même de son œuvre. Que penser de cette assertion ? L’anecdote tient certainement une large place dans ses divers ouvrages. Loin de le contester, lui-même dans « l'Histoire éclairée par la Clinique » écrit : «Je suis de l'avis de Mérimée qui disait : je n’aime dans l'Histoire que les anecdotes, et parmi celles-ci je préfère celles Gù J'imagine trouver une peinture vraie des mœurs et des caractères à une époque donnée. »

Chez Cabanès l’anecdote est toujours très bien sélectionnée. Elle est comme un rayon de lumière projetée sur un point obscur. Elle dévoile un caractère, une coutume, découvre une société, illumine un paysage. Citons celle-ci qui met en évidence les dangers des «Remèdes de bonne femme » : « A peine l'enfant morvandiau avait-il fait son entrée dans la vie, que la matrone ou plutôt la ramasseuse, ainsi nommée parce qu’elle était chargée de ramasser tout

nouveau-né à sa chute en ce bas monde, la ramas-

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seuse, disons-nous n’abandonnait la mère que pour faire sa proie de l’enfant et refondre à sa guise l’œuvre incorrecte de la nature. Son nez était-il camard, elle le tiraillait pour l’allonger ; son crâne avait-il une forme oblongue, que dans son esthétique impitoyable, la matronne jugeait peu conforme aux saines tradi-

tions de la statuaire, elle le flétrissait pour l’arrondir. »

D'autre part l’anecdote adoucit la rigidité, la sécheresse de l'Histoire, davantage, l'anime et la rend intéressante, séduisante.

: Forme-t-elle le fond de l’œuvre de Cabarès ? Laissons-le répondre : « 11 serait toutefois injuste de prétendre que le côlé anecdotique et piquant est celui qui prime tout, que le déshabillage importe plus que l’auscultation, que le speculum sert plus que le scalpel. » Maloré cette vigoureuse réponse, il nous semble que le sujet doit être envisagé sous deux angles différents. On doit reconnaître que dans ses livres, considérés du point de vue Histoire, Cabanès ne décrit ni grandes batailles, ni traités, ni changements politiques ou territoriaux, mais expose et discute des contingences d'ordre médical ayant influencé le développement de faits historiques plus ou moins importants. Or, c'est surtout l’anecdote qui révèle, étaye ces contingences. Au jugement de l'historien, élle est donc la trame de l'œuvre de Cabanès. Tout autre est notre avis si l’on examine les travaux de Cabanès, et c'est ce qu'on doit faire, en tant qu'apport de la science

médicale à l'Histoire. Les mêmes faits acquièrent alors

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une importance médico-historique qui s'élève bien au-dessus du niveau anecdotique.

Dans une œuvre aussi étendue que celle de Cabanès, il eût été bien surprenant que toutes les anecdotes soient de même qualité. Cette constatation faite, nous dirons que c’est avec un profit certain pour l'Histoire que Cabanès a largement utilisé l’anecdote grâce à laquelle ses ouvrages sont toujours intéressants et agréables à lire.

Une autre critique adressée à Cabanès est son exagération de lanalyse et son hésitation à conclure. Nombreux sont en eflet.les chapitres où après avoir examiné plusieurs hypothèses il ne conclut pas. Il confronte les différentes thèses, met en valeur ce qu'elles ont de positif, mais se garde souvent de porter un jugement définitif.

Pour ne pas rester dans l’abstrait, citons quelques exemples. Dans son étude de la maladie de Marat, il n’aflirme pas que celui-ci étaitatteintd'eczéma, mais « pense qu il pourrait bien s’agir de cette affection ».

Lorsqu'il recherche les causes de la mort de Gondorcet, il examine successivement le suicide par instrument tranchant, la mort par embolie ou par inanition, l’empoisonnement et il écrit : « Nous avons dit ce qui nous paraissait le plus soutenable : la mort par embolie. Nous nous ÿ tenons donc en formulant toutefois cette réserve que l’autopsie n'ayant pas été selon les règles de l’art, un doute subsiste en faveur de l’empoisonnement. »

De mêmeil étudie la fin de Don Carlos mais ne nous

en révèle pas l'énigme, estimant qu'il manque de documents pour conclure. :

Evidemment l'esprit préférerait une certitude. Une chose est où n’est pas, dit-on. Ceux qui pensent ainsi, oublient qu'il existe l'esprit de géométrie et l'esprit de finesse et que pour juger certains événements celui-ci doit primer celui là. La Médecine, tout en étant une science, reste encore par certains côtés un art, Il ne faut pas attendre d'elle des déductions aussi rigoureuses qu’en mathématiques.

Le mérite de Cabanès est justement de ne pas avoir voulu demander à la Médecine plus qu'elle ne pouvait donner, et d’avoir fait ressortir que même les problèmes la concernant ne sont pas tous solubles « dans L'état actuel de nos connaissances ».

Loin de trouver que le manque de conclusion est un défaut dans l’œuvre de Cabanès, nous estimons que c’est une marque de probité du savant qui introduisant la médecine « dans le domaine de l'Histoire, l'a fait avec une prudence excessive, une méthode sévère, n’avançant une théorie que basée sur un fait indiscutable, certain, ne cherchant pas la vérité absolue, mais un relatif suffisant pour permettre d’expliquer » comme l’a si justement remarqué le Prolesseur Lacassagne.

L'utilité pratique de son œuvre, Cabanès Iui-même l’a indiquée à diverses reprises. [l a contribué à réhabiliter nombre de personnages, à détruire des préjugés dangereux et de honteuses légendes, Certains lont

accusé d’avoir rabaissé des héros à « notre commune

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mesure », en nous montrant leurs faiblesses. Non, c'est inexact. En nous dévoilant le côté humain de leur nature, il nous a incité à plus d’indulgence pour leurs défaillances. Dans ses ouvrages il a rendu justice au passé en montrant la science moderne héritière et bénéficiaire de l’empirisme de nos pères. Il pensait que la morale devait s'améliorer dans la mesure où la science progressait : son œuvre plaide en faveur de cette thèse.

Nous ne saurions terminer ce chapitre sans dire quelques mots du style de Cabanès. Ce n’est pas un écrivain impeccable : les négligences sont fréquentes et parfois même il maltraite quelque peu la grammaire. N'est-ce pas là un défaut commun aux écrivains dont le cerveau est trop riche d idées ? Chez eux, souvent, hélas, la forme est sacrifiée au fond. Pourtant celle-ci devrait toujours être reine.

Mais, devant l’importance de son œuvre, pourquoi aller chercher les petites fissures qui n’en altèrent en rien la solide charpente ? Cabanès a bien atteint le but qu'il s'était proposé : Etre un Médecin au service de

l'Histoire.

Conclusions.

De cette étude il ressort que :

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