‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 111 sur 345 · LA MATIÈRE · texte numérisé non relu

LA MATIÈRE

sages | concevoir l'existence de la nature comme celle d’un principe distinct de la matière et de la forme, et destiné à les unir. Mais 1l n’a pas insisté sur ce point, et il ne conviendrait point de lui imputer une complication à la théorie aristotélique. S'il est permis de réduire à une formule ses conceptions un peu flottantes, on peut dire que, pour lui, la nature est la force qui se manifeste d’une part dans l'appétition en vertu de laquelle la matière aspire à la forme, d'autre part dans le mouvement en vertu duquel la forme vient déterminer la maüère. Aussi se confond-elle, chez les corps bruts avec la matière et la forme, chez les êtres vivants avec le tempérament et l’âme.

Il faut avoir cette synonymie présente à l'esprit si l’on ne veut pas s étonner de voir Fernel appliquer le mot de nature à des objets fort différents, et surtout désigner ainsi la matière. C'est que, pour lui, la matière n’est pas tout à fait ce qu'elle est pour Aristote. Il en donne bien, il est vrai, une définition conforme à la théorie aristotélique : « La matière est le sujet constant et permanent « d'où toutes choses proviennent, et, quoiqu'on ne la « rencontre Jamais isolée et séparée de la forme, elle est « cependant le fondement de tous Les corps. La forme se « Joint à elle comme à une substance qui enveloppe « toutes les possibilités et tous les changements *?. » IL admet bien que la matière est une, identique, éternelle : « La matière n'a pas eu de commencement, elle est «< indissoluble, éternelle dans le temps, elle ne saurait n1 « commencer d'être, n1 finir. Lorsqu'une chose quel- « conque vient à naître, c’est sa forme seule qui naît et

1. Particulièrement dans le premier chapitre du De abd. rer. causis. 2. De abd. rer. caus., 1. 1, chap. 11, début.

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