‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 137 sur 345 · Physiol., 1. 3, ch. vi, au début · texte numérisé non relu

Physiol., 1. 3, ch. vi, au début

les os, les poils, et enfin la pituite, qui est la plus froide de toutes les parues ?. -

Je ne suivrai pas plus loin Fernel dans les applications particulières qu'il fait de ses théories. Sa philosophie seule, et non ses doctrines médicales, nous intéresse ? L'important, pour l'étude de sa psychologie, est d’avoir présente à l'esprit la conception qu'il s’est faite de la cons- Utution matérielle des corps. Entre la matière amorphe et les corps concrets, se placent les éléments, corps simples et matériels, conçus par la raison. C’est par leurs combinaisons, en proportions diverses, que sont formés tous les ciriete de la nature, aussi bien le corps des êtres vivants que les corps Lite Chacun des éléments possède

1. Comment, par exemple, le sang est-il chaud, tandis que les veines et les artères, dans lesquelles il coule, sont froides ? C’est ce que Fernel n'explique pas. L'énumération des parties sèches et des parties humides complique encore la classification. En définitive, toutes les parties du corps ont un tempérament intempéré ; la peau seule, qui tient le milieu entre les extrêmes, est tempérée. Il faut voir dans le Commentaire de Riolan (p. 22) les opinions contradictoires des médecins philosophes sur ce sujet, et les arguments singuliers dont chacun d'eux appuie la sienne. À propos du sang, par exemple, Hippocrate dit qu'il est froid, Aristote qu'il est aqueux, Galien qu'il est chaud. Au sujet du cœur, Averrhoès prétend qu'il est froid par nature, bien qu'il paraisse chaud au contact, Avicenne et Averrhoës placent les veines et les artères parmi les parties chaudes, Galien parmi les parties froides. Riolan rapporte complaisamment toutes ces contradictions, car il aime fort à faire étalage d’érudition. Cela ne l'empêche pas de proposer à son tour une classification, qui n’est pas celle de Fernel.

2. Il serait d’ailleurs difficile de porter un jugement sûr à ce point de vue. Parmi les auteurs, il règne sur ce sujet beaucoup d’imprécision. Cabanis, par exemple, fait tantôt l'éloge, tantôt la critique de la théorie des tempéraments : « plus on observe avec attention la nature vivante, « plus on voit qu'ils (les Grecs) l'avaient bien observée eux-mêmes » (Rapp. du phys. et du moral, p. 288). Ailleurs : « Il faut convenir qu’en « quittant les généralités, les anciens se sont ici perdus dans les visions »

(Ibid., p. 86).

au degré éminent une qualité primordiale, et au degré atténué une qualité secondaire. La proportion dans laquelle une ou deux de ces qualités prédominent dans la combinaison constitue le tempérament.

Cette théorie, d’ailleurs, n’est point l'œuvre de Fernel ; il l'a empruntée presque tout entière à Aristote et à Galien. Mais il a su lui donner une unité et une simplicité telles que, après lui, on n'y a rien modifié, Jusqu'au Jour où les progrès de la science ont obligé à l’abandonner. Et si elle n’est plus aujourd’hui en accord avec la science médicale, elle n’en garde pas moins toute sa valeur métaphysique.

Tous les corps étant constitués matériellement par les éléments, il reste à expliquer ce que sont, dans les corps inorganiques, la forme, dans les êtres vivants, l'âme et

la vie.

CÉAPDOERE LV

La forme. — Substantialité de la forme. — La forme totale est simple. — La forme principe d'unité et d'activité vitales. — Origine divine des formes. — Corrélation de la forme et de la matière. — Les préparations de la matière.

S1 tous les corps de la nature sont intimement constitués par les éléments, ceux-ci ne suffisent pas par euxmêmes à créer quelque chose. Ce n’est pas le hasard qui les rapproche, et, en admettant même que de leur rencontre fortuite puisse naître une combinaison, celle-ci ne saurait être stable sans l'action d'un principe qui les maintienne unis. De leur nature, en effet, les éléments tendent à se séparer, et ce qui le prouve, ce sont les transformations continuelles dont l'univers est le théâtre. Parmi les éléments, les uns sont plus acuifs que les autres ; les uns tendent à monter, les autres à descendre. Pour qu'un objet formé par eux soit et demeure ce qu'il est, 1l faut que les formes élémentaires soient ramenées à l'unité par une force spéciale, distincte d'’elles-mêmes et qui les domine. « Les éléments, surtout les contraires, « ne peuvent s'unir et former un tout sans un principe « qui les enchaîne, les maintienne étroitement et les « empêche de se séparer ; sans lui, ils se dissoudraient «€ bientôt pour retourner d’où ils sont venus !. »

Cette force, c’est la forme chez les corps bruts, l'âme

D Deabd. rer, eaus., L;'1, ch. x, p. 408,

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