LA TRANSMISSION DE LA VIE
ses conceptions ne sont guère éloignées des théories modernes. Il admet, comme nos contemporains, une évolution de l'embryon, tendant à réaliser le type de l'espèce à laquelle appartiennentles parents. A un certain moment de son développement, le fœtus est prêt à recevoir l'âme, non pas n'importe quelle âme, mais celle qui convient à la vie à laquelle il est destiné. Jusque là, il ne vit que de la vie de sa mère, il n'a pas d’individualité propre. L'âme ne pourrait pas venir animer le corps si celui-ci n'avait subi les préparations convenables ; mais toutes les préparations seraient impuissantes à conférer l'âme. Elle ne vient n1 de la matière, ni des parents, si peu que ce soit. Elle vient du ciel. Voilà ce qu'il y a de plus original dans la théorie de Fernel. Il a établi avec une netteté parfaite que les conditions nécessaires à la transmission de la vie dépendent du concours des parents, qui les ont, pour ainsi dire, déposées dans la semence, mais que la cause même de la vie ne saurait leur être attribuée. Elle est d'un ordre plus élevé, elle est d’origine divine.
Comme on le voit, Fernel est très conséquent : 1l ne fait qu'appliquer au cas particulier de la génération des êtres vivants ses vues générales sur l'origine de la forme. La question est d’ailleurs si obscure, elle a été si confusément discutée par les philosophes anciens et les scolastiques, que l'on peut, en s'appuyant sur des textes irés de leurs œuvres, professer les opinions les plus opposées. Fernel l'a bien compris, et, au lieu de traiter dogmatiquement le sujet, il l'a exposé sous la forme d'un dialogue, dans lequel chacun des deux interlocuteurs soutient un des systèmes contraires. La controverse est si vivement conduite, et l'opinion qui succombe a été si vaillamment défendue, que ce problème d'ordre abstrait est traité et résolu d'une façon entraînante, je dirais