LES FACULTÉS SECONDAIRES
de la faculté retentrix, qui pourvoit à ce besoin. Il faut enfin une faculté qui transforme les aliments et en prépare l'assimilation ; c’est la faculté concoctrix. Telles sont les quatre facultés dont l’ensemble préside à la nutrition. Elles n’ont pas toutes une égale importance. Les trois premières ne font que préparer les aliments par l’appostlion et l'agglutination. C’est la faculté concoctrix qui joue le principal rôle et qui effectue l’assimilation définitive ; c'est elle qu'on pourrait appeler la faculté essentiellement nutritive : « Hæc autem facultas summa cum sit in quam « rellquæ contendunt, una præ ceteris jure debuit altrix « facultas appellart !. »
N'y aurait-1l pas lieu d'ajouter une faculté appétitive, dont la fonction serait d'attirer ce qui est utile et de repousser ce qui est nuisible ? Chez les animaux, remarque Fernel, son existence n’est pas douteuse ; mais, chez les végétaux, elle se confond avec l’atfractria et l’expultrix. Il n’est pas nécessaire non plus d'admettre dans les plantes, comme l'ont fait plusieurs philosophes, l'existence de deux facultés qui leur permettraient de distinguer les substances nuisibles, et de séparer les unes des autres. Ce seraient les facultés in{ernoscendi el secernendi. Admettre la première serait attribuer aux végétaux une sorte de sensibilité et de conscience, ce qui est incompatible avec l'âme naturelle. Les animaux seuls sont capables de sentir et de comparer leurs sensations ; les plantes accomplissent leurs fonctions en vertu d’un mécanisme qui s'ignore, et la régularité parfaite, la finalité qui y dominent n’impliquent ni conscience, n1 sensibilité, n1 instinct, même obscur et rudimentaire. Ce sont des mouvements analogues à ceux que produit la pesanteur dans les corps
L'ePhysol M P5Ch hi lan.
PAS D'AUŸRES FACULTÉS 295
bruts. La faculté secernendi n'a pas davantage raison d’être. Séparer deux choses, c’est attirer l'une et repousser l’autre. Or, on a déjà vu que chacune de ces opéraüons a sa faculté spéciale. « Quocirca secrelio non pro- € priæ cujusdam facultatis est opus, sed vel expulsiontis « vel attractions initium !. »
On doit, ce me semble, savoir gré à Fernel d’avoir résisté à la tentation de multiplier à outrance le nombre des facultés. Il a été, sous ce rapport, plus prudent que bien d’autres ?. Certes, sa classification nous paraît aujourd'hui compliquée et minutieuse. Beaucoup de ses contemporains la trouvaient sans doute trop simple, puisqu'il a pris la peine de la justifier par des analyses qui, sous leur apparence scolastique, ne manquent ni de finesse ni d’exactitude.
Malheureusement, quand il s’agit de localiser les facultés, l'abus des divisions reparaît. Il y a là une physiologie toute fantaisiste, où rien n’est dû à l'observation, et où de simples entités verbales tiennent la place des faits. C’est un axiome dans la psychologie de Fernel que toute faculté doit être située quelque part dans le corps, et avoir pour instrument un organe déterminé. D'autre part, la simplicité du principe vital exige que toutes les facultés et tous les organes soient étroitement unis, et concourent à un même but. Pour concilier cette multiplicité de fait et cette unité de principe, Fernel, à l'imitation de Galien, admet qu'il y a deux sortes d'actions naturelles :
Physiol., LE, Ch;r, à lan.
2. Que Riolan, par exemple, qui subdivise à l'infini, et qui mérite bien plus que Fernel, le reproche d’avoir réalisé des abstractions. II parle des facultés comme de véritables personnes, il les divise en aceidentelles et essentielles, il établit des rangs : la procreatriæ a pour servanies l’alteratrix et la conformatriæ, ete. (v. Comment., p. 51).