‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 279 sur 345 · Id., ibid · texte numérisé non relu

Id., ibid

LB INTELLIGENCE ETELATRATSON 295

pendante de toute matière et de tout organe : elle est l'intuition pure, la contemplation de la vérité éternelle, elle est cette vérité même. D'autre part, considérée dans l’homme, et en acte, l'intelligence ne peut s'exercer que sur les données que lui fournissent les sens, et elle a pour condition l'intégrité de ceux-e1. Fernel le déclare explicitement et y insiste. L'intellect, essentiellement immatériel dans son principe et dans sa cause cachée, a pour matière nécessaire les objets qui tombent sous les sens. « Un homme, dit-il, qui serait aveugle et sourd de « naissance, ne pourrait apprendre la géométrie ; celui « qui serait privé de lodorat et du goût ne pourrait « avoir aucune idée des odeurs n1 des saveurs; celui « qui nesent rien ne peut rien apprendre, n1 rien com- « prendre !. »

Lorsqu'un philosophe écrit aujourd’hui que les données des sens sont la matière de l'intelligence, 1l parle métaphoriquement, et 1l le sait. Pour Fernel, ces expressions doivent être prises à la lettre. Le sensortum commune est un véritable magasin d'images, où l'intelligence va puiser pour opérer ses combinaisons *. [l est malaisé, comme nous l'avons déjà remarqué, de se rendre compte du mode d'existence de ces images, et l’auteur lui-même n'est guère précis à cet égard. Tantôt, 1l déclare qu'elles

+. .Physiol.; 15; ch: xr, au début,

2. Platon admet que la science n’est que la réminiscence. Lorsque l'âme entre dans le corps, elle est déjà pourvue d'idées, mais qui sont à l'état latent. Aristote au contraire admet que l’âme est créée en même temps que le corps; elle ne sait rien, mais les objets font peu à peu impression sur elle. Fernel s'inspire surtout de ses idées, tout en conservant, dans sa théorie de l’intuition immédiate, quelque souvenir de l’idéalisme platonicien. Riolan est beaucoup plus exclusif. Pour lui, lintellect n’est qu'une simple réceptivité. « Similis tabulæ nudæ, in qua « nihil adhuc depictum est » (Riol., Comment., p. 66).

+) 2 , | Le, Re ù 296 L'INTELLIGENCE ET L IMAGINATION

n'ont rien de matériel, qu’elles sont « omni materia spo- « liatæ... atque ab omn: corporea labe expurgatæ ! ». Tantôt il reconnaît que, bien qu'incorporelles, elles sont encore toutes voisines de la matière : « materiæ tamen € impurum quiddam redolent*.» Quoiqu'il en soit, c’est de ces images des objets extérieurs que viennent les premières notions, les idées élémentaires. Elles sont pour l'intelligence ce que les qualités des corps extérieurs sont pour les sens *.

S'il en est ainsi, l’on demandera peut-être en quoi l'intelligence diffère de l'imagination, qui, comme elle, opère sur des données sensibles, et les combine à son gré. C'est que les combinaisons imaginatives n'ont jamais pour résultat que des images nouvelles, extraordinaires quelquefois dans leur ensemble, mais toujours formées d'éléments dus à la sensation et portant son caractère. L'intelligence, au contraire, tire du rapprochement des images ce qui n'y était pas d’abord, des idées. Les images conservées dans le sensorium commune ne sont pas assez complètement dégagées de la matière pour pouvoir pénétrer telles quelles dans l'âme rationnelle *, Il faut d'abord qu'elles perdent leur caractère de représentations sensibles, plus où moins analogues aux objets dont elles émanent. C’est l’œuvre de l'intelligence, où intervient l’activité propre de l'âme.

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3. « Quocirea ex spectris et imaginibus rerum externarum, quæ omni « materia spoliata communi sensu continentur, necessum est primas et « simplices intelligendi notiones proficisei. Ut externarum rerum qua- « litates sensibus subjecta sunt materia, ita illarum imagines, interiore « sensu conceptæ, atque ab omni corporea labe expurgatæ, subjiciuntur «sintelligentiæ » (Zbid., 1.5, ch. xr, p. 413).

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