GRANDEUR ET DÉCADENCE DU FOIE
cela se voit, l'observation est d'accord avec les exigences de la théorie. — Pour les nerfs, pas de difficulté sérieuse non plus ; ils ont leur origine dans le cerveau, où dans la moelle, qui n'en est qu'un prolongement. Tout au plus pourrait-on subtiliser sur les nerfs sensitifs et les nerfs moteurs, el réfuter l'opinion qui fait partir certains nerfs des méninges. Mais enfin, là encore, la théorie et l'expérience sont d'accord sur le point essentiel : les nerfs ne viennent pas du cœur, comme le croyait Aristote ; ils ont leur origine dans les centres cérébraux.
La grande difficulté, celle où Fernel épuise toutes les ressources de la controverse, c’est de montrer que les veines viennent du foie. Galien et tous ses imitateurs se faisaient l’idée la plus exagérée de l'importance de cet organe. Ils lui attribuaient le rôle prépondérant dans la sanguification. Il y aurait une étude curieuse à faire sur la grandeur et la décadence du foie dans l'histoire des théories physiologiques. À peu près insoupçonné par la médecine primitive et par Hippocrate, son rôle est exagéré sans mesure par Gralien et son école. Le foie règne jusqu'au moyen âge et au xvi* siècle: 1l commence à trouver des détracteurs au xvu* ; la découverte de la circulation le détrône enfin ; Bartholin rédige son épitaphe !, et Boileau, dans l'Arrét burlesque, porte le dernier coup à sa réputation. Dès lors, 1l tombe dans le discrédit. Il faut arriver jusqu'à nos jours pour que CI. Bernard établisse par des expériences précises le rôle du foie dans la digestion et la circulation, sa fonction glycogénique , et fixe sa véritable place dans l’économie animale.
Pour Fernel, le foie est la troisième branche du trépied
1. L’épitaphe, publiée en 1655 dans un ouvrage dirigé contre Riolan, est citée en entier dans Sprengel, Hist. de la méd., t. IV, p. 220.