‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 343 sur 345 · L UNITÉ DE L' AME DANS FERNEL · texte numérisé non relu

L UNITÉ DE L' AME DANS FERNEL

arrive, par exemple, de perdre de vue que la faculté vitale doit étre sous la dépendance de l’âme, et d'écrire : € Sic propemodum dum fœtus utero fingitur et confor- &matur, primum naturalis anima emergit seseque prodit, « deinde, vitalis facultatis interventu et conciliatione, € anima sentiens comparet et elucet!. » C’est la faculté vitale qui introduit l’âme sensitive! Est-il possible de déclarer plus expressément que la vie est distincte de l'âme ? En réalité, 1l y a dans Fernel un animiste déclaré, et un vilaliste qui s'ignore. De là vient que sa doctrine, malgré son apparence dogmatique, est quelquefois vague et difficile à fixer. Mais de là vient aussi que, tout en empruntant aux anciens la plupart de ses idées, ilne s’est point servilement inféodé à un système, et qu'il a apporté aux études psychologiques sa contribution originale.

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Ainsi qu'on à pu le voir au cours de cette étude, Je n'ai pas étudié Fernel comme médecin et comme savant. À ce point de vue, les historiens de la médecine ont, avec une pleine compétence, déterminé son rôle et son mérite. Ils ont montré que, malheureusement pour son influence, il s’est trouvé à une époque de transition. Le xvie siècle, retrouvant dans leur intégrité les textes des auteurs grecs, entreprenait de restaurer d’après eux la médecine. Il fallait tout d’abord remonter aux sources, en débarrassant la science de toutes les subtilités dont les Arabes l'avaient obscurcie. Nul ne s’appliqua avec plus d’ardeur et de talent que Fernel à cette œuvre, et l’on put croire que ses ouvrages resteraient longtemps le code du dogmatisme. Lui-même prévoyait bien que l'avenir compléterait et perfectionnerait son système ; mais 1l ne soupçonnait guère qu'un siècle à peine après lui ce système si bien construit n'aurait plus pour partisans que des esprits attardés et rétrogrades. C'est pourtant le sort qui lui était réservé, par la faute des circonstances, et non par celle de son génie. Paracelse et les chimistes por-

tèrent le premier coup à ses théories médicales. La découverte de la circulation du sang, en bouleversant complètement la physiologie, relégua la doctrine de Fernel parmi celles qui n'offrent plus qu'un intérêt historique. Son livre, au lieu d’être, comme il l’espérait, l’introducton à la médecine des temps modernes, est demeuré, en réalité, le testament de l’ancienne médecine.

Comme philosophe, Fernel a eu une fortune à peu près semblable. Toute son œuvre marque un effort constant pour réagir contre la logique verbale des scolastiques, pour revenir à l'étude directe des grands systèmes de l'antiquité, en les contrôlant et en les enrichissant d'observations personnelles. À ce dernier point de vue, Fernel se faisait bien des illusions, mais ses intentions sont excellentes et son exemple instructif. De même que le moyen âge avait essayé de concilier les théories d’Aristote avec le christianisme, de même Fernel voulait tirer du péripatétisme une doctrine philosophique immuable, en l’accommodant aux progrès scientifiques réalisés jusqu'à lui. Il n’a point réussi à bâtir ce monument impérissable qu'il espérait. Ses théories philosophiques seront remplacées comme ses doctrines médicales le jour où Descartes aura montré l'importance du fait de conscience et assigné à la philosophie son vrai point de départ et sa vraie méthode.

Fernel n’en a pas moins fait œuvre utile et digne d'intérêt. Il relie l'antiquité et l’époque moderne : à l’une 1l emprunte les grandes vues d’ensemble, pour l’autre 1l annonce l'importance de l’étude des faits. Ce qui fait l'ampleur et la beauté de sa psychologie, c’est qu'il n’a Jamais séparé dans ses théories ce que la nature à uni. Il a réalisé, autant qu'il était en lui, l’alliance de Ja PSYchologie et de la physiologie, se prêtant un mutuel appui.

A ce titre, il rappelle l’aristotélisme dont 1l s'est constamment inspiré, 1l prépare le cartésianisme qui devait détrôner ses idées, et il apparait comme Île lointain précurseur de la science et de la psychologie contempobpaines,.

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