‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 38 sur 345 · IDÉES DE FERNEL SUR LA THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

IDÉES DE FERNEL SUR LA THÉRAPEUTIQUE

l'ordre, la clarté et surtout la simplicité. Rien n’était plus bizarre et plus confus que la pharmacopée du moyen âge. Les substances les plus extraordinaires y étaient élevées à la dignité de remèdes, et la complication des ordonnances atteignait des proportions incroyables ?. Fernel, sans aller jusqu’à bannir de l'usage les médicaments anciens, essaya de simplifier ce chaos. Il avail sur ce sujet une conception assez originale. Il croyait que la nature a MIS partout le remède à côté du mal, et que les pays dans lesquels certaines maladies sont endémiques, produisent naturellement les substances propres à les guérir. Partant de là, il proscrivait les drogues exotiques, toujours plus ou moins altérées par le transport et les falsifications, et préconisait les remèdes indigènes. Il y a, croyait-1l, entre nous et les productions de notre pays une sorte de sympathie et d’affinité ; nous ne connaissons que très 1mparfaitement l'efficacité des substances qui nous entourent ; mais en cherchant bien, en expérimentant, nous trouverons chez nous tous les remèdes dont nous avons besoin *.

1. On voit figurer dans un traité du temps : «les cloportes, vermis- « seaux, lézards, fourmis, vipères, scorpions, grenouilles, escrevisses, « sangsues.…. le crâne d’un homme mort et non enterré; l’os qui est dans « le cœur du cerf; la cervelle des passereaux et des lièvres, les dents « de sanglier et d’éléphant;... finalement, depuis que les excréments « desdits animaux ont aussi leurs particulières vertus, il n’est pas mes- « séant au pharmacien d'en tenir dans sa boutique, et particulièrement « la fiente de chèvre, de chien, de cigogne, de paon, de pigeon, etc., «etc... » (Les Œuvres pharmaceutiques de Jean Renou, médecin du Roy Henry IV, trad. par Louis de Serres, 1637, p. 488). V. aussi la Pharmacopée royale, de Moïse Charas, 1691, et l'Histoire générale des drogues, par P. Pomet, 1694.

2, Un contemporain de Fernel, le médecin lyonnais Champier (Campegius), mort en 1535, a soutenu les mêmes idées dans deux traités publiés en 1533 : Campus Elysius Galliæ (Lugduni 1533), et Hortus Gallicus pro Gallis in Gallia scriplus, cui accedit analogia medicinarum Indarum et Gallicarum. Il prétend démontrer que toutes les maladies aux-

FERNEL PREMIER MÉDECIN DU ROI Si

Il s’occupait avec ardeur de ces recherches, et faisait surtout des observations réitérées sur l'emploi des purgaüfs, qui tenaient la place d’honneur dans la pharmacie du temps. D'autre part, fidèle à sa méthode d'associer autant que possible l'érudition aux études personnelles, il avait chargé Plancy de lire les ouvrages anciens sur les remèdes, et d'en extraire les passages les plus importants relatifs aux médicaments simples. Il se réservait d'y ajouter lui-même les résultats de ses propres expériences. C'étaient les matériaux d’un ouvrage que la mort ne lui permit pas d'achever, et qui resta à l’état de projet. En attendant, 1l gardait soigneusement par devers lui ses découvertes. Il n’en voulait faire part à personne avant que la publication de son livre fût achevée; il désirait que l'on ne pût lui en contester la paternité, et que tout l'honneur lui en revint. Peut-être avait-il été victime auparavant de quelque basse jalousie, peut-être était-il simplement défiant, et peu désireux de déflorer par avance une œuvre qui devait mettre le comble à sa réputation.

C'est à cette époque quil dut enfin accepter la place de premier médecin du roi. Henri IT avait succédé à François Ier en 1547, et, dès son avènement, il aurait voulu avoir auprès de sa personne Fernel, pour qui il profes-

sait la plus grande estime. Mais celui-ci ne se souciait guère d'échanger contre l’assujettissement d'une LÉ is officielle l'existence laborieuse et recueillie qu'il s'était créée. [Il allégua qu'il se ferait scrupule de déposséder le premier médecin de François If", Louis de Bourges, en

quelles sont exposés les Français, peuvent être guéries par les plantes de notre pays. Ce sujet lui tenait au cœur, car il y est revenu l’année suivante dans un ouvrage intitulé : Gallicum Pentapharmacum, rhubarbaro, agarico, mannä, lerebenthinä el senne Gallicis constans (Lugduni,

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