‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 79 sur 345 · FERNEL S'INSPIRE DE GALIEN · texte numérisé non relu

FERNEL S'INSPIRE DE GALIEN

représenter une science plus complète ? ! Il n’est pas aisé de se prononcer, car nulle part Fernel ne donne les raisons de sa préférence. Il ne s’en rendait peut-être pas lui-même un compte exact, car 1l proclame à plusieurs reprises sa vénération pour Hippocrate *. Mais c’est une vénération toute platonique. L'auteur qu'il suit presque exclusivement, c’est Galien. Si l’on en voulait une preuve matérielle, 1l suffirait d'ouvrir son livre au hasard. Qu'il s'agisse de physiologie, de pathologie, de thérapeutique, de philosophie même, les notes insérées en marge renvoient à Galien. Aristote, 1l est vrai, est mentionné très souvent aussi. |

Les admirateurs les plus convaincus de Fernel n’ont pu s'empêcher de regretter qu'il se soit si complètement asservi au galénisme. Bordeu a parfaitement démêlé Ja vérité à cet égard : « On pourrait dire de Fernel qu 1l man- « qua un peu de goût en donnantla préférence au galénisme « mêlé avec les idées des Arabes ; 1l aurait dû s'attacher « à embellir le pur hippocratisme... Fernel ne fut point « un gémie créateur, inventeur, destiné à réformer l’art : «€ 1l embellit de l’ouvrage le mieux fait qui eut paru; «1l s’attacha au char pesant des Arabes et des sectateurs

1. Je n’ai pas à faire une comparaison détaillée entre le galénisme et l’hippocratisme, qui du reste ont beaucoup de points communs. « Mais «il y a entre les deux systèmes cette différence essentielle que l’un « n’est presque appuyé que sur l’expérience, et l’autre sur le raisonne- « ment. La médecine d'Hippocrate est un recueil de ce que lui et d’autres « ont vu, sur quoi il raisonne ordinairement peu. Celle de Galien n’est « presque qu'un tissu de raisonnements et de disputes, » (D. Le Clerc, « Hist. de la médecine, p. 709.)

2. Par exemple, après avoir cité un aphorisme d'Hippocrate, Fernel écrit : « Ab hoc igitur medicinæ parente cum nefas sit descivisse. » (Physiol., 1. 4, ch. 1x, p. 91.) — Riolan, non moins fervent galéniste que Fernel, dit aussi : « Medicina suos parentes agnoscit Hipp. et Gal. (Anatome, p. 20).

Page 1