‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 81 sur 345 · Bordeu, Recherches sur l'histoire de la médecine, p · texte numérisé non relu

Bordeu, Recherches sur l'histoire de la médecine, p

2. M. Guardia, par exemple, écrit : «Fernel fit un effort prodigieux « pour sauver de la rage des chimistes enrégimentés sous Paracelse, le « plus excellent de Galien et des Arabes, en mettant au service de la « tradition ébranlée jusque dans ses fondements la netteté d'un esprit « naturellement clair et juste, fortifié par l'étude profonde des sciences « mathématiques » (Histoire de la médecine, p. 73). — Mais l’auteur ajoute : « Fernel eut la gloire d'introduire le premier la méthode dans « l'enseignement oral et écrit, etil n'y en pas eu depuis de meilleure. « Ce n’est pas sans raison qu’on l’a comparé à Descartes, dont le sys- « tème est ruiné de fond en comble, tandis que sa méthode est toujonrs « debout. » (Id., ibid.) Sans insister sur ce qu’un pareil rapprochement a d’excessif, ce jugement me paraît fondé sur un emploi abusif du mot méthode. Si l’on entend par là l’ordre, la suite dans les idées, on peut en faire honneur à Fernel. Mais cette habileté dans la disposition d'un livre est une qualité purement littéraire, qui n’a rien de commun avec la méthode cartésienne. Qu'on se rappelle les quatre règles de Descartes, et il suflira de jeter un coup d'œil sur l'ouvrage de Fernel pour voir qu'il n’a aucune idée de la méthode, telle que Descartes l’a conçue.

L'appréciation de Sprengel (fist. de la médecine, trad. Jourdan, t. HE, p. 24), ne me semble pas plus exacte. Sprengel pense que Fernel a été un réformateur, pensant avec une grande largeur de vues et une entière indépendance. C'est prendre Fernel non pour ce qu'il a été, mais pour ce qu'il aurait voulu être. Qu'il ait eu «un style plus pur et un ordre plus « méthodique que ses prédécesseurs », cela est certain; mais « qu'il se «soit rendu digne du nom de réformateur », c'est excessif.

D'ailleurs, Sprengel ne cite de lui qu'une observation personnelle : c'est celle où il a prouvé «contre Galien, par ses propres autopsies « cadavériques, que le péritoine ne fait que s’allonger sans jamais se « déchirer ». Il reconnaît plus loin que « sa pyrétologie est essentielle- « ment galénique », et que «sa thérapeutique renferme peu d'idées « nouvelles » (loc. cit., p. 25.)

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