SCENE V
CHENEVIÈRE, puis LOUISE VERNON.
CHENEVIÈRE, à lui-même.
Allons, c'est nno scène douloureuse à supporter, sans doute ; car, pour que Louise vienne ici, il faut assurément que Marcel se soit enfin décidé... (Voyant entrer Louise.) La voilà! (Allant au devant d'elle.) Madame!... (Au valet.) Laissez-nous! (il sort.)
LOUISE, chancelant *.
Ah ! mon ami, que je suis émue!
CHENEVIÈRE, lui montrant le canapé.
Louise... remettez-vous!
LOUISE
Merci... Ah! mais un mot d'abord! Otez-moi du coeur une inquiétude mortelle, Marcel n'est pas malade, n'est-ce pas? CHENEVIÈRE, un peu étonné.
Non.
LOUISE, heureuse.
Ohl tant mieux !
CHENEVIÈRE, à part, prenant un siège.
Pauvre femme! elle s'inquiète encore... (ils s'asseyent, lui prenant les mains.) Pourquoi trembler ainsi ? vous êtes chez un ami, vous le savez bien.
LOUISE
Oui, oui.., mais quelquefois j'ai peur de... (Amèrement.) Les malheureux gardent rarement leurs amis, et comme un malheur vient de me frapper...
CHENEVIÈRE, à part.
Nous y voilà .
* Louise, Cher)evière.
LOUISE^ tristement.
Ah! c'est un peu dur! vous comprenez? quand on a compté si longtemps sur quelque chose et que ce... quelque chose vient à vous manquer tout à coup.
CHENEVIÈRE
Oui... le cœur saigne un moment ; mais... avec la réflexion... et avec votre esprit, votre courage?...
LOUISE
Oh! c'est surtout pour ma petite Marceline que cette perle m'est sensible...
CHENEVIÈRE, étonné.
Ah! (a part.) Ah bien, elle prend assez bien son parti.
LOUI SE j continuant.
D'abord les pertes d'argent sont les plus faciles à supporter...
CHENEVIÈRE, à part.
Hein?
LOUISE
Et ensuite, mon parrain, après tout, était bien le maître de disposer de sa fortune... il m'a déshéritée! c'était son droit.
CHENEVIÈRE
Comment? Ah! ma pauvre Louise!
LOUISE, étonnée à son tour.
Quoi ?que compreniez-vous donc ! igroricz-vous?... mais je l'ai fait savoir à Marcel...
CHENEVIÈRE, troublé.
Excusez-moi, je ne sais en vérité où j'avais la tête... (a part.) Oh 1 cette poule mouillée de Marcel !
LOUISE
Mon parrain, voyez-vous! ne m'a jamais pardonné tout à fait ma liaison avec Marcel... Que de fois il m'a écrit ; « Louise, si l'homme qui t'a enle\ée à notre monde ne consent pas à t'en