‹ Un ménage en villeChapitre 28 sur 55 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

rouvrir les portes, brise ton cœur s'il le faut, mais reviens à celui qui saura oublier et t'aimer comme autrefois... » Pauvre oncle! ce sacrifice, il me le demandait encore, il y a quelques jours à peine; mais s'il avait su que j'étais mère!... Je voulais le lui dire... j'ai trop tardé, et il est mort... et me voilà privée d'un grand appui pour l'avenir.

CHENEVIÈRE, à part.

Il ne nous manquait plus que cela.

LOUISE

Ah! ce malheur m'a fait faire de graves réflexions, et pendant ces huit jours où je suis resiée seule, il m'est venu de tristes pensées, allez. Dites-moi, mon ami, Marcel ne vous a-t-il jamais parlé de moi ? de ses projets? Compte-t-il tenir bientôt sa promesse ? Il me semble que j'attends depuis assez longtemps et qu'il doit bien me connaître à cette heure!

CHENEVIÈRE, embarrassé.

Mon Dieu! Marcel... est peut-être plus à plaindre que vous.

LOUISE

Comment? mais il est son maître.

CHENEVIÈRE

Eh non. . chère enfant... en ce monde on n'est jamais entièrement son maître, et... ne fût-on même que l'esclave du préjugé...

LOUISE

Plaît-il?

CHENEVIÈRE

Ce ne serait pas, hélas ! le premier exemple de...

LOUISE, vivement.

Pardon! monsieur Chenevière, est-ce Marcel qui vous a prié de fne dire cela ?

CHENEVIÈRE

Non, non, je vous jure... nous causons ; mais enhn, est-ce que vous n'avez jamais eu. . (Vivemaut.) Nous causons... est-ce que

vous n'avez jamais eu l'idée que Marcel pût ne pas tenir ses serments ?

LOUISE

Non, jamai?... c'est-à-dire : si, une fois. (Se levant.) Ah! j'ai eu bien peur... il y a environ treize mois de cela.

CHENEVIÈRE, à part *.

Doux mois après son mariage.

LOUISE

Marcel était parti pour régler des affaires de famille... Il avait été absent soixante jours... (oh! je les comptais) et, pendant ces soixante jours, je n'avais reçu ni lettres ni nouvelles d'aucune sorte, vous étiez absent aussi.

CHENEVIÈRE, à part.

Parbleu ! j'étais témoin.

LOUISE, coutiûuant.

Et je ne savais à qui m'adresser, j'étais en proie aux plus sinistres pressentiments l Je crus que je deviendrais folle; tous mes jours et presque toutes mes nuits, je les passais à ma fenêtre ouverte... à chaque voiture que j'entendais venir, j'avais comme une commotion dans le cerveau, la voiture continuait sa route et il me semblait que ses roues me passaient sur le cœur... c'était un supplice horrible... Au reste, vous avez attendu un être aimé, n'est-ce pas? vous sav<z bien ce que c'rst!

CHENEVIÈRE^ ému.

Oui, oui...

LOUISE

Marcel arriva enfin! et, dès qu'il parut, je vis que mes pressentiments ne me trompaient pas, et qu'il ne m'aimait plus ou qu'il allait cesser àa m'aimer, je devinai qu'il n'était là que pour rompre; le prétexte qu'il venait chercher, le moindre reproche de ma part pouvait le lui fournir, et je jurai en moi-même que je ne

' Clu'iievicre, Louise.

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