‹ Un ménage en villeChapitre 52 sur 55 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

CHENEVIÈRE, de même.

« Je VOUS dirai seulement que, ma colère passée, j'ai vu toute la petitesse de ma méchante action... »

VAUBERNIER, même jeu.

Mais je n'ai donc pas pris de chapeau non plus 1...

CHENEVIÈRE, de même.

« Et que je n'ai plus songé qu'au moyen de la réparer... »

VAUBERNIER, s'arrêtant.

Ah 1 je ne sais pas ce que j'ai, mais les jambes me manquent.. . j'ai des papillons devant les yeux ! (il s'assied près de la table.) CHENEVIÈRE, de même.

« Aussi, pour rendre la tranquillité à cette jeune femme qui ne m'a pas trahie, elle, et pour donner un nom à la pauvre orpheline, je suis capable de tous les sacrifices... même de celui que vous exigez de moi... »

VAUBERNIER, dressant l'oreille.

Elle est encore polie, par exemple!

CHENEVIÈRE

« Mais j'aurai des conditions à faire... »

VAUBERNIER

Des conditions?... (Éclatant de rire nerveusement.) Ah! ah! ah! je rêve!... c'est encore un cauchemar!... le pendant du charbonnier! (Chenevière s'appuie sur son épaule.) Oh! ce sac!... ah!

CHENEVIÈRE, lisant avec feu.

« Après avoir aimé, comme j'aimais!... après avoir été trompée, comme j'ai été trompée I vous comprenez bien, n'est-ce pas, que ma vie est finie. »

VAUBERNIER, s'ossuyaut le front, et d'une voix brisée.

Eh bien, si sa vie est finie, qu'est-ce que vous demandez?

CHENEVIÈRE, continuant.

« Bien finie, et que désormais aucun homme ne saurait avoir de

droits sur moi!... nous nous marierons le soir! » (Vaubernier fait an bond, a encore un éclat de rire, mais n'interrompt pas.)

VAUBERNIER

Aux flambeaux ! masqués !

CHENEVIÈRE

« A minuit, et aussitôt après la cérémonie, je partirai pour les Pyrénées, pour cette demeure que M. Vaubernier, dites-vous, consentirait à m'abandonner... »

VAUBERNIER, ahuri tout à fait.

J'ai consenti à cela, moi ?

CHENEVIÈRE, continuant.

« Je veux y vivre tous mes jours dans une solitude absolue !... et m'y consacrer tout entière à l'éducation de ma fille, de mon enfant adorée!... (Vaubernier écoule) Oui, je veux vivre et mourir là, dans ce refuge béni que je devrai à l'admirable générosité de l'homme qu'il me tarde de connaître, pour le remercier à genoux, en baisant ses mains vénérables, de ce qu'il aura daigné faire pour la pauvre petite abandonnée et pour sa malheureuse mère! » (Vaubernier essuie une larme à la dérobée, Chenevière s'élance vers lui.) Ah! mon oncle ! mon bon oncle, vous pleurez !

VAUBERNIER, se levant.

Ce n'est pas vrai ! ce n'est pas vrai !

CHENEVIÈRE

Si... si... je le vois! vous consentirez?...

VAUBERNIER, d'une voix émue.

Jamais, monsieur, jamais!... Je serais trop ridicule!

CHENEVIÈRE

Oh ! mon oncle ! . . .

VAUBERNIER, trcs-lroublé.

Jamais... jamais... (ils se tiennent à l'écart do tatou que Juliette e^ Camille enlrcDt sans les voir.)

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