‹ Un ménage en villeChapitre 53 sur 55 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Mêmes, CAMILLE, JULIETTE, puis MARCEL.

Camille est habillée pour sortir; elle est dans le plus grand désordre; elle se dirige vers la porte, Juliette lui barre le chemin.)

JULIETTE, l'arrêtant

Camille !

CAMILLE, tremblante.

Laisse-moi... laisse-moi, Juliette! je veux sortir! il faut que je

sorte !

Où iras-tu ?

JULIETTE, même jeu,

CAMILLE

Je... je ne sais pas... n'importe! j'ai besoin d'air... d'exercice... (a elle-même.) Oh ! mon Dieu! mon Dieu! que je souffre ! JULIETTE, l'entraînant vers un siège près de la table. Mon amie... calme- toi... assieds-toi un moment... tout à l'heure, nous sortirons ensemble...

CAMILLE, qui s'est laissée tomber dans un fauteuil. Non, non, je veux sortir seule, il faut que je sois seule 1

JULIETTE

Eh bien, oui... oui... je te laisserai aller seule ! (Elle lui ùte son chapeau, à genoux devant elle.) Camille !...

CAMILLE^ lui prenant les mains et les lui serrant fiévreusement.

Tu vois maintenant?... il n'y a plus de doutes! tu as entendu Nanette?... Nanetle qui depuis vingt ans n'a pas quitté notre oncle, qui connaît par cœur toute sa vie!... on a oublié de Itii souffler son rôle... et sans le vouloir elle m'a tout dit... (Avec éjarement.) On m'a menti ! on m'a menti !

* Vaubcrnier, Chenevièrc, Camille, Juliette.

JULIETTE

Mais non, mais non... je t'affirme que...

CAMILLE, l'iulerrompant.

Écoute... si tu m'aimes, Juliette, laisse-moi parier!... Depuis trois jours, vois-tu, j'ai versé plus de larmes !... Ah ! c'est que ce n'est pas seulement sur une infidélité que je pleure ! je pleure sur mon bonheur perdu, sur notre vie brisée ; une infidélité, une fantaisie, un caprice, c'est horrible assurément quand on aime... comme nous aimons... mais cela s'oublie à la longue ! on se dit : C'était un moment d'égarement, de folie!... cetle femme-là, il ne l'aimait pas et maintenant il la méprise !... Mais il ne s'agit plus de cela !... il s'agit d'une liaison sérieuse... Cette Glle, il l'aimait, avant d'être mon mari... (Avec rage.) Il est resté son amant, depuis que je suis sa femme!... (Avec désespoir.) Ah! c'est horrible!... (se levant *.) C'est plus qu'une faute, cela, c'est un crime, le plus grand des crimes!... un crime plus grand que l'assassinat I... car enfin... il n'était pas forcé de m'épouser... s'il l'aimait... l'autre ; que ne la gardait-il? pourquoi ne l'épousait-il pas?... parce qu'elle était pauvre?... mais c'est bien plus qu'un crime alors, c'est une lâcheté !

JULIETTE

Camille !

CAMILLE, avec des larmes **.

Je n'ai plus de père, plus de mère, je n'avais que lui au monde, et maintenant, je n'ai plus rien !

JULIETTE

Et moi?

VAUBERNlER, au fond, à part.

Et moi ?

* Vaubcrnier, Cheiicvicrc au fond, Juliette, Camille. "• Vaubcrnier, Cliencvière, Camille, Juliette.

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