‹ Un ménage parisien, drame en deux actesChapitre 1 sur 38 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

CÉCILE, occupée à travailler auprès d'un guéridon, JULES, entrant par le fond.

JULES

Mademoiselle Cécile!...

CÉCILE, se levant et laissant son ouvrage. Ahl monsieur Jules! comment! c'est vous ! et depuis quand de retour à Paris ?

JULES

Depuis ce matin, par Laffite et Caillard... cinquante-cinq lieues en vingt heures ! C'est agréable de voyager ainsi, surtout lorsqu'on revient près de ce qui vous est cher.

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CÉCILE

Mais vous quittiez votre famille. Comment l'avez -vous laissée?

JULES

En parfaite santé. Mon père et moi, nous nous sommes quittés très contents l'un de l'autre.

CÉCILE

Vraiment?

JULES

Oui, mademoiselle, et j'espère que vous le serez aussi de moi, car j'ai réussi dans tout ce que je voulais, et ce n'était pas facile; mais j'y ai mis une adresse, une fermeté...

CÉCILE, souriant.

Ah!

La mise en scène exacte do cet ouvrage, transcrite par M, L. Palianti, fait partie de la collcclion des mises en scène publiées par le journal la Revue et Gazelle des Théâtres, rue Sainte-Anne, no 55.

IhN .MSL\AGE PA Kl SIEN,

J[JLES.

Oui, mademoiselle, de la fermeté ; oui... Vous m'aviez reproché souvent d'être timide, de ne pas savoir me faire écouter. J'ai dit à mon père: « Vous voulez que je sois notaire, et notaire à Paris; eh bien ! moi, mon père, je vous déclare que je ne demande pas mieux ; c'est mon goût, ma vocation ; je suis déjà premier clerc, et, puisque vous le désirez, à la première occasion j'achèterai une charge. «

CÉCILE

A la bonne heure ! voilà ce qui s'appelle parler et montrer du ci

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Et puis je lui ai tant parlé de vous, de moi, tant répété que sans voos je ne pourrais souffrir ni le notariat ni la vie ; qu'avec vous, au contraire, je me sentais appelé à faire de grandes choses. .des actes magnifiques, des affaires d'or !.. Bref, je l'ai touché, convaincu. Dès le lendemain j'ai quitté Tournai, j'ai pris la dihgence à Lille, et j'arrive au grand galop vous apporter cette bonne nouvelle.

CÉCILE

Je vous en remercie, monsieur Jules; je vous sais d'autant plus de gré de votre empressement que ce voyage, assez long et si rapide, paraît vous avoir bien fatigué.

JULES

En effet... les nuits sont fraîches, et lorsqu'on les passe à la belle étoile...

CÉCILE

Comment cela?

JULES

Aussi j'étais et je suis encore d'une colère contre celui qui m'a valu cet agrément-là...

CÉCILE

Oui donc ?

JULES

Eh! un monsieur... un de ces voyageurs qui ont l'habitude de prendre leurs aises partout, d'abuser de la complaisance des autres. Jugez plutôt... J'avais retenu la première place, la meilleure, celle du coin, au fond; j'arrive et je la trouve prise par ce monsieur. J'allais me plaindre, comme bien vous pensez...

CÉCILE, riant.

Oh ! ce ne n'est pas bien sûr.

JULES

Mais les chevaux sont partis ; les autres voyageurs murmuraient; il a bien fallu me résigner. Quelques heures après, il faisait nuit; le sommeil .s'était emparé de moi. Tout à coup je me sens secouer le bras ; c'était encore mon voyageur qui me criait :« Allons, jeune homme, allons, que diable I un peu de galanterie; vous ne laisserez pas une dame monter sur l'impériale. « Tout étourdi de cette apostrophe, je regarde; j'aper-

çois une dame qui réclamait sa place, celle que j'occupais et qui lui appartenait en effet. Je voulais parler...

CÉCILE, souriant.

': Mais vous vous êtes tu, et vous avez cédé.

JULES

Il le fallait bien; l'aplomb, le sang- froid de cet homme me déconcertaient, et j'en éprouvais tant de colère que je ne trouvais pas une raison. Pendant ce temps le conducteur nous pressait d'en finir, et je ne sais comment cela s'est fait, mais, tout en ne voulant pas y aller, je me suis trouvé là-haut sur la banquette, où j'ai passé la nuit par un temps affreux, à la place de ce monsieur, car c'était la sienne. Je l'ai su plus tard, et alors je me suis bien repenti...

CÉCILE

De ne pas lui avoir cherché querelle?

JULES

Moi! oh! non... mais de m'être laissé jouer ainsi.

CÉCILE

A la bonne heure I car je n'aime pas les mauvaises têtes.

JULES

Vraiment !... Mais j'ai tort de vous parler de tout cela, surtout en ce moment... quand je ne devrais penser qu'au bonheur de vous revoir et m'occuper de ce qui m'intéresse bien autrement. .-^ de notre mariage. Car maintenant cela m'est permis ; rien ne s'opposera plus à ce que nous parlions à votre tante.

CÉCILE

Ma tante I oh ! non, pas encore...

Pas encore ! et pourquoi donc ?.. Madame Dervilly connaît mon amour, mes intentions.

CÉCILE

N'importe., pas sur-le-champ. Elle n'est pas seule en ce moment; mademoiselle Préval est avec elle.

JULES

Mademoiselle Préval? Ah! oui, mademoiselle Léocadie Préval, cette riche demoiselle qui parle tant de sa fortune et si peu de son âge.

CÉCILE

Excellente personne, la meilleure, pour ne pas dire la seule amie de ma tante.

JULES

Oh! je suis loin d'en dire du mal ; je sais combien elle est bonne, affectueuse, obligeante, et d'ailleurs, ne suffit- il pas de l'attachement qu'elle vous porte, à vous et à votre tante ? Mais j'attendrai qu'elle soit partie.

CÉCILE

Oh ! non, c'est inutile... je vous l'ai dit... pas aujourd'hui... plus tard... le moment n'est pas favorable.

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