‹ Un ménage parisien, drame en deux actesChapitre 16 sur 38 · ACTE I, SCÈNE XI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE XI

OLIVIER

Oui, madame, je m'étais trompé... Tout bien calculé...je puis vous remettre le double de la somme...

MADAME DERVILLY.

Ahl

OLIVIER, présentant un portefeuille.

Et voici vingt mille francs.

MADAME DERVILLY, UrCpOUSSant.

Arrêtez... Ah ! monsieur, c'en est trop!... N'estil pas temps d'en finir avec un artifice indigne devons et de moi?

OLIVIER

Comment! madame ?... que dites-vous?

MADAME DERVILLY.

Je dis que vous m'avez trompée, et que j'ai le droit de m'en plaindre, car je ne vous avais pas donné celui de m'outrager.

OLIVIER

Mais, madame, je vous proteste...

MADAME DERVILLY.

Epargnez-vous cette peine. Ne voyez-vous pas queje sais tout?

OLIVIER

Madame...

MADAME DERVILLY.

Et puisqu'il le faut, puisque vous m'y con- •"•Mgnez... tenez, monsieur... {Elle lui présente la note de Jules, Il hésite. ) Ah ! prenez donc et lisez.

OLIVIER

Puisque vous l'exigez. ( Madame Dervilly se cache la figure dans son mouchoir et essuie des larmes. Après avoir lu.) Ciel !

MADAME DERVILLY.

Vous vous troublez... Il est donc vrai ?... vous m'avez contrainte à recevoir vos dons?... Monsieur, que vous dois-je?... Parlez, je veux le savoir... Ah! parlez donc, ou, si vous refusez de répondre... retirez-vous, monsieur.

De grâce, écoutez-moi !

MADAME DERVILLY, aveC dOUlCUr.

J'aurais pu tout accepter de vous , vos conseils... votre appui... mais... {pleurant.) khi Olivier...

OLIVIER

J'ai eu tort sans doute... je devais prévoir votre ressentiment, mais j'espérais que ce secret à jamais ignoré de vous... car, je le jure ici sur mon honneur, jamais d'autre pensée que celle d'adoucir une infortune si peu méritée... Et vous avez pu croire que je voulais vous offenser, vous que je respecte... que je vénère... vous, madame... vous outrager!

MADAME DERVILLY, émUC.

Non, n'est-ce

pas

OLIVIER

Oh! non... Mais témoin, confident de vos chagrins, pouvais-je voir sans douleur cette vie d'amertume à laquelle vous vous résigniez?... pouvais - je souffrir, moi riche et heureux , qu'une femme telle que vous s'imposât de ces privations qui brisent l'âme?... Et pour qui? pour celui qui vous arrachait une à une toutes vos ressources... Car la crainte de le voir venir troubler encore votre repos vous faisait consentir à tous les sacrifices. J'ai vu cela... j'ai vu aussi s'approcher le moment où vous ne pourriez plus en faire... et j'ai voulu, à tout prix, vous épargner le malheur que vous redoutiez, vous conserver ce repos qui vous est si cher... Pour cela, il me suffisait de donner un peu de cet or qui m'est inutile... je l'ai fait. C'est là tout mon crime... est-il donc si grand à vos yeux ?

MADAME DERVILLY, attendrie, lui tendant la

main.

Olivier... mon ami!... pardonnez-moi...

OLIVIER

Et maintenant, refuserez-vous encore?

MADAME DERVILLY.

Plus que jamais... Oh 1 c'est imposible; non, non, c'est assez de ma ruine.

OLIVIER

Oh ! rassurez- vous; je puis... {Elle refuse par un geste. Avec douleur.) Mais, songez-y donc, il reviendra demain !

MADAME DERVILLY.

Eh bien ! je subirai ma destinée.

OLIVIER

Madame, je vous en supplie, acceptez... et si ce n'est pas pour vous, eh bien! pour moi du moins; pour moi, qui ne puis supporter l'idée de votre malheur, et qui ne pourrais en être le témoin sans désespoir.. Madame!... de grâce I... je vous en conjure... si vous avez quelque amitié pour moi... Clémentine I...

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