SCÈNE V
MADAME DERVILLY, seule, accablée.
Ahl... ah! mon Dieu... partir!... m'expatrieri... quitter la France pour le suivre, lui!... recommencer encore une fois cette existence odieuse... cette vie de tourments et de désespoir!... Non... oh! non... vous ne le permettrez pas; vous savez bien que ce supphce serait maintenant au dessus de mes forces... que j'aimerais mieux... Oh ! oui , plutôt... (s'arrétant.) Mon Dieu !... pardonnez-moi; mais je n'étais pas préparée à ce coup, et ma raison , mes idées se confondent... Hélas! que décider?... que résoudre?... Comment éviter?... Oh! impossible... car il l'a dit : c'est son droit... et si j'essaie de résister, les lois... oui, les lois me contraindront. Cela est vrai pourtant !... Cet homme avait juré de m'aimer, de me protéger !... Il m'a insultée, trahie, délaissée ..
Et parce que je me suis résignée... parce que je me suis contentée de pleurer dans la retraite, il aie droit aujourd'hui de troubler mon repos!... Il peut venir, et il vient me dire : « Allons, madame... suivez-moi... partons... » Et s'il m'apprend où il lui plaît de me conduire, c'est qu'il le veut bien ; car il a le droit de ne pas me répondre... Si je refuse, si je menace de publier ses torts envers moi... il répondra hypocritement qu'il s'est repenti et qu'il vient les réparer, et la loi m'ordonnera de le suivre... Et il pourra m'emmener où il voudra! là peut-être où il n'y a plus de lois pour protéger une femme, plus de tribunaux pour venger une victime!... C'est son droit... c'est la loi!.,. Ah!... (Elle retombe accablée et pleure amèrement.)