‹ Un ménage parisien, drame en deux actesChapitre 32 sur 38 · SCÈNE XL · texte numérisé non relu

SCÈNE XL

DERVILLY, puis OLIVIER.

DERVILLY.

Eh! mais... à qui en a-t-elle donc?... Cet air courroucé... Ah! je comprends; elleaura recules confidences de madame Dervilly, qui ne m'aura pas épargné... Que m'importe? et pourvu qu'elle obéisse... {apercevant Olivier qui parait au fond. ) Ah! encore lui I [à Olivier.) Je ne m'attendais pas, monsieur, à vous revoir si vite.

OLIVIER *

Aussi n'est-ce pas vous à qui je désirais avoir l'honneur de parler, monsieur.

DERVILLY.

C'est possible. Je n'en ai pas moins le droit de vous demander ce qui vous amène chez moi.

OLIVIER

Trouvez bon que je me dispense de vous répondre.

DERVILLY.

Vous oubliez que, depuis hier, il y a un maître ici! Cela change vos habitudes... Pendant mon absence, ma femme a reçu qui bon lui semblait; à compter de ce jour on ne vient chez moi qu'avec ma permission, on en sort par mftn ordre.

OLIVIER, très vivement.

Monsieur!...

* Olivier, Dervilly.

DERVILLY.

Calmez-vous... point d'éclat!... Vos visites me déplaisent... je vous engage à les cesser.

OLIVIER

C'est peut-être aussi mon intention, monsieur... mais madame Dervilly a réclamé de moi un service, et il faut avant tout...

DERVILLY.

Ce service, madame Dervilly vous dispense maintenant de le lui rendre... Encore une fois, je suis de retour... et désormais madame Dervilly n'aura plus besoin des services ni de la protection de personne...

OLIVIER

Je serais heureux de le lui entendre dire, monsieur.

DERVILLY.

Et c'est un bonheur qu'il m'est impossible de vous laisser goûter.

OLIVIER

Cependant... (se contenant.) je ne voudrais pas vous offenser, monsieur; mais j'ai quelques raisons de croire... de douter...

De mes paroles. .. Permis à vous, comme à moi de la pureté de vos intentions en venant ici.

OLIVIER

Monsieur...

DERVILLY.

Faut-il vous répéter ce que j'ai dit à ma femme ?

OLIVIER

Quoi donc?... Que lui avez-vous dit?

DERVILLY.

Eh! mais... ce que je pensais de vous... de vos projets... de ces offres généreuses que je repousse...

OLIVIER

J'entends... vous m'aurez calomnié!...

DERVILLY.

Vous voulez dire démasqué.

OLIVIER

Monsieur, ce langage!...

DERVILLY.

Que voulez-vous? mon cher... c'est votre faute... J'y mets des^ procédés... mais vous me forcez...

OLIVIER

Heureusement, madame Dervilly méconnaît... elle n'aura pas ajouté foi...

Ah! assez, monsieur... Ne voyez-vous pas que cet entretien me fatigue... que votre présence me pèse et m'irrite?... Pour la dernière fois... c'est en vain que vous resteriez ici... vous ne parlerez pas à madame Dervilly.

OLIVIER

La confiance dont elle m'honore, et dont je crois être digne, me donne le droit.

DERVILLY.

Il n'y a d'autres droits ici que les miens...

OLIVIER

Je me garderais de les contester si vous n'en abusiez pas.

DERVILLY.

Ce n'est pas en vous invitant à sortir, du moins..

OLIVIER

Non... mais en causant le malheur et la ruine de tous ceux qui vous entourent.

DERVILLY, 3'animant.

C'en est trop... Est-ce une affaire que vous voulez?... Parlez!

Moi, monsieur I... (se contenant.) non... Et Dieu sait qu'en venant ici je n'avais pas le dessein de vous provoquer; mais je sens que j'avais trop présumé de mes forces... et qu'il me serait impossible de me trouver plus longtemps ainsi seul avec vous... sans vous dire à mon tour ce que je pense, ce que j'ai toujours pensé de votre conduite...

DERVILLY.

Achevez donc; que craignez-vous?

OLIVIER

Rien, monsieur, mais je suis chez vous...

DERVILLY.

Oh ! qu'à cela ne tienne, mon cher monsieur... Des cérémonies entre nous... Je vous ai donné l'exemple... je me suis exprimé librement sur votre compte... Il est trop juste... Vous parliez de ma conduite... elle vous a déplu... Allons.. parlez donc... Avez-vous peur?...

OLIVIER

Peur!... Ah! c'en est trop!... et puisque vous m'y forcez... oui, votre conduite envers madame Dervilly a été celle d'un homme sans âme, sans honneur!... Odieux époux... tuteur infidèle!... Oui, monsieur, je sais tout... Mais rassurez vous... votre opprobre retomberait sur elle... je me tairai!... Mais ce combat que vous semblez me demander, je ne le désire pas moins que vous; car le ciel est juste... il ne permettra pas qu'elle reste plus longtemps en votre pouvoir!

ISous verrons cela.

OLIVIER

Quand vous voudrez... aujourd'hui, demain?...

DERVILLY.

Demain... je serai parti...

OLIVIER

Nous verrons cela.

DERVILLY.

Nous?... c'est-à-dire... l'un de nous... Dans une heure...

OLIVIER

Le lieu ?

DERVILLY.

A deux pas... Le terrain le plus commode, sous les murs de ce parc.

OLIVIER

Apportez vos armes... j'aurai les miennes... les témoins choisiront.

(H s'éloigne.)

DERVILLY.

Très bien... {Il le suit au fond.) Dans une heure... Je vais prendre mes armes.

Je compte sur vous.

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