ACTE 1, SCÈNE V
MADAME DERVILLY.
Injustes ou non, mon honneur dépend d'elles, je dois les respecter... et si j'étais près de l'oublier jamais, si, cédant au découragement, vous me voyiez quelque jour chanceler un instant, Olivier, vous êtes un honnête homme, un cœur loyal, je compte sur vous pour m'avertir du danger et pour me tendre la main... la main d'un ami...
OLIVIER
Ah I trop heureux alors,..
MADAME DERVILLY.
Chargé de mes intérêts, que vous avez souvent défendus contre monsieur Dervilly luimême, vous avez été témoin de mes chagrins.. Depuis longtemps vous possédez ma confiance... vous la méritez, et vous l'avez tout entière.
OLIVIER
M'en montrer toujours digne, voilà tout mon espoir, mon seul espoir.
MADAME DERVILLY.
Bien... Pensez toujours ainsi, et croyez que a reconnaissance...
Et pourquoi? je ne fais que mon devoir, maiame... Vous rendre service, n'est-ce pas rem- )lir les intentions d'un oncle dont la mémoire nVst chère?... Mais vous vouliez me parler de nademoiselle Cécile... de ses griefs.
MADAME DERVILLY, SOUriaUt.
Oh! rassurez -vous... Cécile est une enfant... elle s'est imaginée... la recommandation que vous lui aviez faite de ne pas me presser pour son mariage...
OLIVIER
En effet... car il vous faudra à cette occasion entrer de nouveau en rapport avec votre mari.
MADAME DERVILLY.
C'est vrai... mais j'espère arranger cela... Et d'abord, combien vous reste-t-il à moi? de quelle somme à peu près pourrais-je disposer?
OLIVIER
Comment... monsieur Dervilly vous aurait-il demandé?... Après ce que vous avez déjà fait pour lui et ce que vous faites encore, quand vous vous imposez tant de privations... il oserait...
MADAME DERVILLY.
Calmez-vous... Non, monsieur Dervilly ne m'a rien demandé... c'est moi qui cette fois lui ai écrit.
OLIVIER
Vous, madame!
11 le fallait... N'est-il pas le tuteur de Cécile ? Elle ne peut disposer de sa main sans le consenment de monsieur Dervilly; j'ai dû lui écrire...
.l'attends sa réponse, et je la prévois; il fera des difficultés et ne cédera qu'en me demandant quelque nouveau sacrifice... je veux être prête à le faire...
OLIVIER
Oui, il le faut... ou bien il vous écrira encore que le manque de fonds va le forcer à abandonner l'entreprise qu'il a commencée en Belgique... Répondre par un refus... impossible... il viendrait bientôt lui-même, comme il vous en a menacée déjà... Et quand je pense que, cette menace... il peut l'accomplir!... que, malgré son indigne conduite, il n'a rien perdu de ses droits... qu'il peut, quand cela lui plaira, se présenter chez vous, y réclamer sa place...
MADAME DERVILLY, l'arrêtant.
Olivier, de grâce i... on pourrait vous entendre.
OLIVIER
Eh bien!... n'en parlons plus, et ne songeons qu'à éloigner encore un retour... {réfléchissant.) Dans une heure je serai ici... Pensez-vous que... {hésitant.) dix mille francs...
Dix mille francs ! Il ne doit pas me rester cela... vous m'avez déjà remis pour plusieurs envois à monsieur Dervilly, et pour mes affaires personnelles, près de soixante mille francs...
OLIVIER, avec un peu de trouble.
Eh bien! ... n'en ai -je pas reçu beaucoup plus pour cette propriété que vous m'ariez chargé de vendre ? D'ailleurs, je vais faire établir votre compte .. le temps de passer à la Bourse... une entrevue pour traiter de cette charge d'agent de change que l'on me presse d'acheter...