‹ Un ménage parisien, drame en deux actesChapitre 6 sur 38 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

OLIVIER, MADAME DERVILLY.

OLIVIER, gaîment.

0 ciel!... ce visage irrité... cet accueil glacial... Qu'ai-je donc fait à votre aimable nièce, madame, pour mériter un regard si plein de courroux ?

Je vais vous l'apprendre; mais avant de vous dire ses griefs contre vous, monsieur Olivier, j'ai à vous parler des miens.

V OLIVIER

Des vôtres, madame?

MADAME DERVILLY.

Oui... Avant de vous remercier pour la nouvelle preuve de zèle et d'attachement que vous m'avez donnée hier, il faut que je vous gronde, monsieur Olivier. Je vous l'ai déjà dit : il ne

vous suffit pas de venir assidûment ici {Mouvement d'Olivier.) pour mes affaires, soit... et je ne puis que vous en savoir gré; mais nous vous rencontrons partout, vous semblez vous attacher à nos pas. Je ne vous vois pas toujours, mais les autres vous voient... Hier encore, sans l'inconvenance de quelques étourdis, j'aurais ignoré votre présence au spectacle.

OLIVIER

Et vous voyez si jamais elle fut plus nécessaire...

MADAME DERVILLY.

Oui, vous m'avez protégée hier... mais chaque jour vos assiduités m'exposent à un danger plus grand, que je redoute plus encore; car elles peuvent faire naître des soupçons.

OLIVIER

Que votre conduite, que toute votre vie détruisent. Et qui donc oserait vous accuser?

MADAME DERVILLY.

Vous oubliez qu'il ne faut qu'un mot, que le propos d'un fat, pour perdre la réputation d'une femme dans ma position... Songez-y, monsieur Olivier, songez -y bien, mon ami : je ne suis point libre de mes actions... je ne m'appartiens pas... je suis mariée.

OLIVIER, avec tristesse.

Eh! madame, je ne le sais que trop... oui, mariée à un homme indigne de vous, et pour les torts duquel vous avez cent fois trop d'indulgence.

MADAME DERVILLY.

Les torts de monsieur Dervilly, quels qu'ils soient, n'excuseraient pas les miens; je ne puis ni ne veux en aucune façon prendre sa conduite pour règle de la mienne.

OLIVIER

A la bonne heure ! mais suit-il de là que vous deviez vous condamner à toutes les souffrances, à tous les malheurs? que les consolations de l'amitié même doivent vous être interdites? Et parce que cet homme, méconnaissant tant de douces vertus et de nobles qualités, oubhant ses devoirs et les serments qu'il vous avait faits, après avoir dissipé sa fortune et la vôtre, vous a lâchement abandonnée, vous vous punissez de ses torts par l'isolement ! Et vous, enfin, qui avez tant souffert des fautes de cet homme, il vous faudrait encore les expier!

MADAME DERVILLY.

Le monde le veut ainsi... Croyez-le bien, Olivier, si j'agissais autrement que je ne le fais, son blâme m'atteindrait... Que dis-je? il ne frapperait que moi; car voilà notre sort à nous autres femmes... celui que l'opinion et les lois de la société nous ont fait !

OLIVIER

Ces lois sont injustes.

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