‹ Un message de paix [microforme]Chapitre 14 sur 46 · COMMENT NOUS AVONS ADMINISTRE · texte numérisé non relu

COMMENT NOUS AVONS ADMINISTRE

Mais j'en reviens à une question qui nous touche de plus près : Avonsnous administré avec la même prudence et les mêmes résultats qu'Ontario ?

Il suffit de rappeler les vingt dernières années de notre histoire pour répondre à cette ouestion.

En 1874, nous avions, comme Ontario, accumulé, par des surplus annuels, une réserve de £1,051,000,.

Nous étions, vers la même époque, acquittés, ainsi qu'Ontario, du surplus de l’ancienne dette :du Canada, qui s'élevait pour Québec à quelque $5,000,000.

Ontario ne s’est pas trop émue de cette aubaïine et a continué sa administration économique.

Nos hommes publics de l’époque ne l'ont pas imitée.

LA FiÈVRE DES CHEMINS DE FER

La fièvre des chemins de fer s'était emparé du public, la spéculation s'en est mêlée, nos gou”"ernements se sont laissé entrainer par le courant ; le règne des déficits et des emprunts commença pour ne plus s'arrêter.

Notre ancien trésorier, l'honorable M. Robertson, avait bien entrevu ces résultats lorsqu'il pr'ononçait dans son discours budgétaire, du 13 janvier 1874, à l’occ-sion de la politique des chemins de ter, alors récemment inaugurée, les paroles suivantes :

‘“ Je désire repéter en ce ‘uoment ce que j’ai déjà déclaré à la Chambre, que je tiens encore à la détermination que j'ai prise en entrant au bureau du Trésor, de maintenir notre dépense annuelle dans les limites de nos revenus annuels. ..... Je ne suis pas homme, M. l’Orateur, à plonger, sans ressources, notre province dans les dettes pour plaire à un homme ou à une coterie quelconque. Il est des gens qui, pour assurer l'exécution de certains projets dans lesquels ils sont personnellement intéressés, n'hésite-

raient pas à tendre le crédit de la Province à l'extrême, à nous imposer des dettes si fortes que le service des intérêts absorberait la plus grande partie de notre revenu, laissant à ceux qui viendront après eux le soin de se tirer d’ermbarras comme ils le pourront. (Cette politique n’est nl sage, ni avantageuse, et partout üù elle a été suivie elle a eu des conséquences déplorables, elle a causé une extrême détresse qui a mis ceux qui en ont été victimes dans l’impossibi- | lité de faire honneur à leurs obliga-

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6, tions, et les a finalement con- | porter, et je puis dire ici que nous ‘HU us duits à la banqueroute et à la | n’aurions pu faire que bien peu en k pui répudiation des engagements con- | fait de secours en argent, aux che- É ue tractés ; et cela, dans des Etats | mins de fer, si nous n'avions réussi à 4 qui jouissaient auparavant d’une | faire prendre à sa charge, par la Puis- qi de prospérité égale à celle dans laquelle | sance, notre part de la dette de la d'A mi: nous vivons présentement. ”? ci-devant province du Canada.” ail À Et il ajoute, pour donner plus de NE » ne NOTRE ANCIEN TRESORIER | force à l'expression de sa détermina- al PROPHÉTISE tion de rester dans les limites qu’il fi iudique, les paroles suivantes : à DE Ne dirait-t-on pas, en relisant ces ‘“ Nous ne devons pas, et pour ma pit lignes, écrites il y a plus de vingt ans, | part je n’y consentirai jamais, agir tal que notre ancien trésorier possédait | de manière à forcer la Légisinture à Le El était | ie don de prophétie. Je qu’il a prévu | recourir à la taxe directe pour ren- ni \ s'en est arrivé, et notre condition actuelle | contrer les dépenses ordimaires, ou 4 “gout est bien celle qu’il a décrite dans le | l'intérêt de notre dette, et quoique je : t : le passage que je viens de citer, inoins | sache mettre en péril ma popularité fl runts la banqueroute et la répudiation, que | en suivant cette ligne de conduite, ls j la démarche que je propose à cette | j'ai la conviction que 1e peuple Je rable Chambre est destinée à nous faire | cette province en verra plus tard la ru ces éviter. sagesse.” ns 500 Mais si ce vétéran de notre politianvier que provinciale avait, dans ces mo- LA CONSTRUCTION DES CHEe des ments de tranquillité d'esprit, le don MINS DE FER tinat- de prophétie, il ne possédait pas au. de D méme dégré celui de la résistance.

ioment | Petit à petit, il céda à la pression de Les choses en étaieut à ce point, ambre, la multitude d’ambitieux qui le dé- | lorsqu’en 1875, le premier gouverneination D bordaient pour inaugurer avec ses | ment de Boucherville confia la consbureau | collègues cette politique de la cons- | truction du système de nos chemins se “dé: truction des chemins de fer à outran- | de fer du Nord du St-Laurent à des de nos ce, contre laquelle j'ai protesté avec | entrepreneurs, à prix fait, au lieu de vis pas mon vieil ami, Sir H. Joly de Lotbi. | a laisser continuer par les compar, sans À nière, le 15 décembre 1875, par une | gnies qui s’en était chargées à leur ans les résolution déclarant que ‘cette politi. | compte, moyennant certains subsides e ou à que nous plongerait inévitablement | en terre et en argent. Les scrupules Det des dans les plus sérieuses difficultés et | et les résistances de M. Kobertson tion de | conduirait avant longtemps la provin- | éprouvèrent encore ici une rude se- ÿ ils sont ce à la taxe directe et à la ruine.” cousse, mais ils cédèrent comme tou- il n'hésite- La première capitulation de M. | jours, à l'opportunité du moment. Son {|

& dela Robertson engagea le crédit de la | discours budgétaire du 6 décembre imposer province pour un montant de six mil | 1875, sans trop expliquer les causes de ice des lions de piastres. C’est ce qu'il nous | sa nouvelleévolution démontre qus ses dit, en propres termes, dans son dis- | appréhensions pour l'avenir avaient cours du 2 février 1875. diminué et qu'il en était arrivé à un

“Si tous les chemins se construi- | optimisme qui lui faisait traiter à la sent, s'écrie-t-il, cette politique en- | légère les vbjections qu’on apportait trainera une dette d'environ six mil. | à cette nouvelle politique. Il y metfous de dollars en tout.’ tait même du sarcasme, comme le

Mais il était encore dans la phase | fait voir l'extrait suivant de r2 derdes résistances et il ajoute : nier discours, où il répond à ur: quel-

“Je l'ai déjà dit, je ne consentirai | qu’un qui s'était permis d'exprimer,

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jamais à aller au-delà de ce que, selon | dans un écrit, les appréhensionx qu'il og le crédit de la province peut sup- | avait lui-même émises l'année précé

dente. Il dit sur un ton de raillerie, à la page 38 de ce discours :

‘“ I could not help shuddering at the statements put forth by certain parties at to the cost of these roads ; it is fearful to contemplate the awful condition to which the Province will be reduced. According to some, our debt will be increas: d by the proposed scheme to #16,000,000 for railway purposes ; no possibility of cutting off expenditures ; no possible way of increasing our revenue to meet this enormous debt, but by direct taxation ; our poor habitants and settlers, in the back woods will first be ruined by direct taxation, and than obliged to flee from the Province to earn a scanty subsistance elsewhere, ”

‘“ Je n'ai pu m’exempter de frémir en lisant les avancés de certaines parties, au sujet du coût de ces chemins.

C’est une chose terribie que d’envisager la pénible condition dans laquelle la Province sera réduite, selon eux.

S'il faut les en croire, notre dette sera augmentée par l’entreprise proposée jusqu’à #16,000,000 de piastres pour constructions de chemins de fer ; aucune possibilité de restreindre cette dépense ; aucun moyen d'augmenter notre revenu afin de faire face à cette énorme dette, si ce n’est par la taxe directe.

"€ Nos pauvres habitants et nos colons dans le fond des bois seront d'abord ruinés par la taxe directe, et ensuite Jorcés de fuir la Province afin de irouver une maigre subsistance”

Voilà précisement ce qui est arrivé, M. l'Orateur. # je ne comprends pas bien comment notre ancien trésorier trouvait logique de critiquer cette prophétie qui corroborait si bien la sienne, que je vous ai citée il y a un instant.

L'évènement a malheureusement prouvé que les prévisions de ce prétendu alarmiste étaient fondées ; elles se sont plus que réalisées puisque la dette de $16,000,000 qu'il appréhendait, comme conséquence de la nouvelle politique des chemins de fer en est aujourd'hui arrivée à $33,500,000, chiffres ronds.

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