Un million de binettes contemporaines
Joseph-Simplicien Méry, dont le portrait est flatté par notre ami Nadar, naquit aux Aygalades, en 1670, au dix-huitième étage d’un grenier à sel, dont il fit constant usage dans ses œuvres poétiques et gasconnes.
Il sort d’une famille de robe, en ce qui concerne sa mère; son père, qui était peintre en bâtiments, enseignait la guitare et les rues de Naples aux personnes qui visitaient l’Italie. Il s’était fait cicérone dans la patrie de Cicéron.
Les auteurs des jours de Méry, ayant très souvent demandé à la Providence de ne leur jamais accorder de fils, se réjouirent médiocrement de sa venue.
Élevé par un vieux prêtre jusqu’à l’âge de dix
ans, il apprit de bonne heure à mettre une cravate blanche, tant il avait le goût prononcé pour le notariat.
Méry quitta le vieux prêtre, vida les burettes, et revint se placer sous l’aile paternelle.
Sa mère voulut elle-même présider à son éducation. C’est pourquoi, après l’avoir bercé pendant quinze jours et quinze nuits dans une blague à tabac, elle l’abandonna à la tendresse d’une chèvre, venue des solitudes des déserts du Sahara.
Son premier poème eut pour titre : les Bêle ments de l'âme.
On comprend qu’ainsi sevré du commerce des hommes, le jeune Joseph Méry avait rigoureusement profité de l’étude et du lait de sa nourrice. A seize ans il faisait la cabriole et l’école buissonnière comme une chèvre et comme un homme.
C’est de cette époque que datent ses principaux chefs-d’œuvre.
11 fut conduit à Mazas, où il resta enfermé pendant dix-huit mois, uniquement pour réfléchir sur les inconvénients de prendre à partie un inspecteur de l’université, — quand elle n’est pas d’Oxford.
Rendu à sa belle patrie et à la liberté de siffler la linotte sur la Canebière, il résolut de mettre à contribution les trésors de la science qu’il avait amassés pendant les jours de miel de sa brune adolescence.