MÉRY
A cet effet il se prit à jeter des alexandrins sur la tête des passants, en dépit de l'ordonnance de police qui défend de secouer quoi que ce soit par les fenêtres; — à plus forte raison, des alexandrins. — Mais l’ordonnance étant muette à cet égard, Méry, méridional etentêté, n’en continua pas moins ce genre d’exercice, qui devait tôt ou tard lui ouvrir l’esprit et le cœur, ou les portes de l’Académie.
On lui ouvrit celles du Nain jaune, où il rédigea un nombre considérable d’articles ayant titre : la Petite poste. Méry pensait qu’un jour il irait à la poste hériter.
Il visita successivement les libraires Ponthieu, Alphonse Rabbe et AmbroiseDupont, pour lequel il fit Napoléon en Égijpte , qui obtint un certain succès. Il avait fait précéder cette œuvre de la Villéliade , pour humilier Voltaire d’avoir fait la Henriade.
Voltaire ne la lui a jamais pardonnée.
Méry se décida à faire la Révolution de Juillet sans consulter M. Sainte-Beuve, qui lui écrivit sur-le-champ :
Je n’avais pas vu les grandes journées, j’étais en Normandie ; mais je les connais maintenant.
Cette phrase sublime, qui est de la force de celle-ci :
« As- tu entendu tonner cette nuit?
— Non, je n’ai pas couché chez moi; »
cette phrase extrasublime répandit un cheveu dans l’existence du jeune Méry ; il se fit prosateur et accoucha, après deux mois d’atroces souffrances, d’un roman de galérien, sous le titre : le Bonnet vert. Le style coloré de cet ouvrage et l’étonnante facilité de Méry à faire une rose couverte avec une fourchette, le firent admettre à la table du comte de Choiseul, où se réunissaient alors la littérature et le beurre d’anchois.
La funeste passion des voyages s’empara bientôt du jeune Méry ; — il partit pour Marseille, pour y faire Y ode à l'ail , et revint h Paris pour y faire jouer la Bataille de Toulouse , dont le dénouement fut trouvé si charmant, que plusieurs vaudevillistes s’en emparèrent sans lui payer de droits d’auteur.
Méry est joli homme — au moral. Au physique, il est fort convenable pour un homme qui s’est identifié trop tard avec la belle découverte de Jenner, poète et littérateur illustre comme lui.
Nous n’avons qu’un seul reproche à adresser à Joseph Méry : c’est d’avoir vu quatorze fois Y Ulysse de Ponsard 1 1 !
Ce sont de ces choses qui ne se pardonnent jamais.
HIPPOLYTE LUCAS
HIPPOLYTE LUCAS
HIPPOLYTE LUCAS
Lucas vint au monde le 20 décembre 1707, à Rennes et sur l’air : Ah! que j’aimais mon Hippolyte , et dans une étude d’avoué. — L’enfant se présenta fort mal, dit la chronique. — L’imprudente sage-femme, croyant prendre le pied du marmot, l’attira à elle par saccades et par le nez, au point de faire de sa proéminence nasale une huitième merveille de monde, qui humilie à l'heure qu’il est celle d’Hyacinthe du Palais-Royal.
Hippolyte ne pardonna jamais à celle qui lui fit voir le jour par le nez. — Sa nourrice évita scrupuleusement d’exposer cet enfant devant une glace quelconque, tant, dans sa faible intelligence déjà, il avait horreur de lui-même.
Il fut dès l’âge le plus tendre destiné au barreau. — - Ses parents étaient joyeux de lui voir sur ses vieux jours une cravate blanche comme un notaire.
A l’âge heureux de quatorze ans, le jeune Lucas apprenait à détester le calembour, à jouer au bouchon et avec toutes les difficultés de la rime. On le trouvait toujours versificotant entre ses repas, si bien qu’à quinze ans il jonglait d’une façon tout
indienne avec le sonnet, les stances et les tropes de Le Batteux et de Du Marsais.
Un jour son père, le voyant venir d’un air sombre, lui tint à peu près ce langage :
Ah! te voici. Grands dieux! à ce noble maintien,
Quel œil ne serait pas trompé comme le mien?