‹ Un million de binettes contemporainesChapitre 14 sur 44 · CRÉTINEAU JOLY · texte numérisé non relu

CRÉTINEAU JOLY

Mais sa fierté s’indigne, il ne veut recevoir d’ordres de personne, et se fait rédacteur en chef des enthousiasmes impossibles à décrire à YÉcho français . Louis-Philippe régnait alors — avec embranchement sur la république. Crétineau s'empara d’une branche pour frapper sur l’autre,

— mais son amour sincère pour la branche aînée, qui venait de succomber sous les ordonnances de Juillet 1830, ne fit qu’acérer sa plume dynastique et mordante, au profit de la cadette, qui ne cessa pendant dix-huit ans de lui faire un pied de nez moral par son organe assermenté, le Constitutionnel.

M. Crétineau Joly fut, pendant ces dix-huit années de labeur, un écrivain religieux, honnête et modéré. Ses tartines politiques ne prévalurent pas.

— Les pâtes fermes des hommes chauves du Constitutionnel firent tant et tant, que la France se trouva sans royauté et Crétineau Joly sans ouvrage. La république fut proclamée. Crétineau opta pour la république des lettres et fit quelques romans massepains et des articles d’économie politique assez goûtés. En fait d’économie, Crétineau n’avait, mis de côté que la politique.

Il ne lui reste de son ancienne splendeur qu’une robe de chambre taillée dans le surplis d’une robe de bure d'un frère de la Trappe. Il aime à s’en revêtir pour refléter les beautés de son cœur et cacher les imperfections de son corps.

Cet écrivain a dit adieu à la polémique et aux nappes quotidiennes et politiques, et s’est voué avec une ardeur fébrile aux fluctuations du 4 1/2. Les chemins de fer cotés à la Bourse, dont il a fait l’ornement, sont devenus sa passion dominante; ils circonviennent sa vie à ce point qu’il ne termine jamais ses lettres sans dire :

« Adieu, mon ami, je suis tout à toi, de Creil à Saint-Quentin ; » ou bien :

« Recevez, madame, l’expression de mes saluts empressés et les 200 Nord à prime fin courant de votre tout dévoué

« Crétineau Joly. »

O vous, Parisiens qui passez vers une heure du matin devant la grille du passage de l’Opéra, voyez-vous ce lit de sangle dressé?... eh bienl c’est M. Crétineau qui dort et rêve à la fusion normande. C’est pour être arrivé le premier à la petite bourse de midi qu’il s’est rapproché du centre de ses affaires à l'abri du passage de l’Opéra et des sergents de ville.

d’arlincoürt

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