‹ Un million de bouffonneries, ou, Le blagorama françaisChapitre 17 sur 63 · DIX-SEPTIÈME SÉANCE · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIÈME SÉANCE

CHCEVR DIS PUPPtSTBS.

Air chanté par M Moessard, Revue de 184t.

Dn papillon léger

Qne la rie

Est jolie, U aime ii voltiger, etc., etc.

Au moment où M. Kernen allait entrer en séance, les accords merveilleux de ce chœur des puffistes ont fait changer M. Kernen en gros papillon noir.

M, Kernen. transformé en insecte lépidoptère, arrive en papillonnant sur la tête de son vieux Gillot , qui le reconnaît et le menace de trahir son incognito s'il ne lui accorde pas la parole.

M. Kbrhbn, furieux. Lou troun dé Diéou , Gillot, ze reprends ma forme primitive

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uniquement pour te rehiser la parole. Ze quitte sans regrets mes ailes et la famille des globaliconiesdoDt se faisais désà l'ornement, puisqu'il s'azit de te foire reconnaître mon autorité , hagame !

M. GiLLOT. Je ne me consolerai jamais/ vieux phalène que yous êtes , de la persistance que vous mettez à me refuser la parole.... Oh l non, je ne m'en consolerai jamais. (M. Gillot pleure.)

M. Kbrnbn. Gillot, tu es très laid quand tu pleures. Voyons, console-toi, Gillot, il n'était permis qu'à Galypso de ne pas se consoler; elle aTait ses raisons, Ulysse partait; tandis que moi ze reviens au milieu de toi. Quand z'étais papillon, ze blagotiis au-dessus de ta tête avee un doux murmure , ze volais dans tes bras , sur ton nez, comme le phalène aux ailes arzentées papillomie autour de la çandelle qui le brûle; tu étais ma çandelle à moi; tu pouvais me brûler, mounpichoun; mais tu as préfiM me faire reconnaître; alors ze suis redevenu le père Kemen comme devant, pour te refuser la parole comme touzours, et ouvrir la séance comme zadis.

DE BOUPFOIINIIUI». 127

(Les pnffistes aecueilleDt le père Rernen avec des transports de joie îDexprimables.)

M. KsRHBif . Pnffistes, ze suis coDtent de voQ». En ce moment, quelques écumenr»

de 1» presse marobande entrent dans l'bémicycleet se placent derrière M. Kemen.

Le fabricateur en cbef des annonces no- %AtM» dn Comtiiuti&nel arri? e,

Casserolle i la main demandant son salaire.

M. KBRmif. Znne fricoteur, est-il vrai que tn sois devenu zirardolàtre, pàteregnanlàtre?

M. PAm«N. Je ne comprends pu ces adjectife.

M. Kemen. Ze vais te le» expliquer, maun piehtmn, Zirardolàtre veut dire fanatique de Zirardeau-Sainl-Zervats ; de la pâte Régnault.

M. FÉRON. Je comprends maintenant.

YoiM dites allusion à certain marché que l'ai liaité dans le temps d'ordre et pour compte du demi-dieu Enfantin Duveyrron.

Oui, j'avoue que pendant quatorze ans et moyennant 140,000 fr., la pâte Réguault sera conBnée désormais dans nos trois

journaux,-— à l'exclusioD de tous les autres;—j'avoue que les annonces des

Girardeau, des cophine-micbe ne se trouveront plus que dans les colonnes morales de la Presse, des Débats et du CkmstituiUmnel. Oiiest le mal?

M. Kbrnbn. Bagasse ! le mal il est partout, mais le remède il se trouvera dans les colonnes consacrées à Mercure. (HilarUé.) Duveyrron en azissant ainsi, tu consoleras rhumanité souffrante, et le Rob- Zirardeau bénira sa mémoire. — Où est le mal diS'tu ? ze n*en vois aucun, ptcAotm. Si les marçands d'orviétan ils se réftaiient cez vous, quel bonheur, tro/un dé Diéau! Oa pourra du moins faire effacer des colonnettes des boulevarts leurs annonces indiscrètes, qui çoquent les regards de la zune fille, qui instruisent le zune coUézien, et font rouzir la zune mère qui promène ses enfants. — Or, comme la zune fille, le zune collézien et la zune mère ne sont pas forcés de lire tes trois grands zournaux, il en résultera que ces blagueuses annonces ne seront lues que par ceux qui en auront besoin. — Cultive donc, moun pichoun, la

VE BCmFTONNËinES. 129

zirardâuiàtrie et la pâte regnaucratie , et passons à ane désopilante annonce qae z'ai troavée dans les colonnes morales de la société. Ze t'envoie un baiser et ze te proclame le mamamouchy de l'anuonce.

M. Féron. Monsieur Kemen, votre baiser .me flatte autant qu'il m'honore. Mais jen*ac- «epte pas la qualification de mamamouchy que votre bienveillance me donne. Je désire que ce titre soit partagé avec les ténors 4égers sans ouvrage que j^emploie à la recherche des annonces. Je vais donner lecture d'une annonce moralisée par le système Duveyron.

« SOIWMARIBIJLIî:. Madame LENA, 122, rue Guénégaud. Guérisons fréquentes de jnalades condamnés par les médecins. Consulte pour la province sui- cbeteux ou FLANELLE. Gratis en cas d'ERREUR. Mé- -decin ATTACHÉ » (Affr. les envois.)

(Une vive hilarUé succède à la lecture de nette annonce.)

M. Kernen. Qu'on m'apporte madame Lena pour que ze la presse sur firion cur.

M»« Lena. C*est inutile, monsieur, je ne suis pas pressée. (Rires.)

130 MN lfILUOx\

M. Kbrnbn. Bagasst ! zune dame, si voils cultivez le soiunaïubulisme aussi bien que le calembour, ze vas vous consulter.

Mn»«LÉNA. En 1814, mon somnambulisme donnait à ma famille les plus belles espêrances

M. Kbrnbn. L'espérance fait vivre l'homme mais ne le nourrit zamais.

W^^ Lena. Monsieur, ze ne suis pas un homme.

M. Kbrnbn. Ze ne vous en demande pas la preuve, ze vous crois.— Voyons, mapickùunnette t voici une mèce de mes ceveux qui frise.

M™« Lena. Qui frise la soixantaine. (KtVe hilarité.)

M. Kbrnbn. Bagage / vous êtes bien spirituelle pour une somnambule. Ze sais bien q^ ze ne suis pas un çampignon à la fleur de l'Â^ ; mais je ne serais pas face de savoir ce que vous pensez de mes ceveux.

M"*» Léma. Ces cheveux m'annoncent que vous êtes poitrinaire au troisième degré et que la chute des feuilles vous sera mortelle

M. Kbrnen. Vous ne voyez donc pas dans

DB BOUFFONNERIES. I3f

Croire somnambulisme, que ze vous ai donné des ceveux de ma perruque ; que les ce veux qui en font Tornement viennent d'une femme que j'ai bien aimée , et qui depuis est morte en couces ?

Min« Lena. Je m'en doutais. (Hirei,)

M. Kbrmen. Vous disiez: poitrinaire....

Mme léna. Si vous aviez bien lu mon annonce vous auriez vu : gratis encasd^er^ reur. J'ai fait erreur, ma consultation ne vous coûtera rien; reprenez vos cbeveux qui frisent.... la soixantaine.

M. GiLLOT. Je demande la parole.

M. Kernen fait un signe à M">« Lena , qui endort aussitôt M. «villot.

M. Grassot. Puisque vous consultez sur flanelle, comment pouvez-vous reconnaître la maladie si la personne porte de la fia* nellede santé, (i/i^^ Lena se gratte le front.)

Hyacinthe. J'ai sous mon bras I mètre .'SO de flanelle que je viens d'acbeter au Grand Colbert. Pouvez- vous me dire quelle est la maladie du fabricant qui Ta fabri* quée,du marchand qui l'a achetée; de son commis qui l'a vendue, de sa caissière qui l'a touchée en l'enveloppant, et ma maladie

h oioi qui la tiens sous mon bras depuis une heure ?

M. Kernen. Ne lui répondez pas , piehounr nette.

M"»« LENA se gratte le nez. Je ne consulte que sur la flanelle de province. Vous l'avez achetée à Paris; donc vous, Hyacinthe, vous jouissez d'une santé parfaite. Quant au fabricant de province , je vois à la flanelle qu'il a vendue au Grand Colbert qu'il est <îrec de naissance.

M. Kernen, avec bonté. A quoi vois-tu cela , ma pichounnette?

M>a^» LENA. A sa flanelle, qui est fll et laine. (Hilarité générale.)

M. Kernbn.Lou troun dé Diéou! Lena, étesvous venue Ici pour faire des calembours? . M«» LENA- Oui, des calembours qui ont 'd«»s cheveux gris— comme les tiens. {Rires. )

M. GuBNÉ. Consul lez-vous sur des vieilles l)oites?

M>n« Léna. Les vôtres sont trop éculées. {Vive approhatvm.)

€ra9S0t. Qu'en tendez- vous par MÉDEaN

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