‹ Un million de bouffonneries, ou, Le blagorama françaisChapitre 22 sur 63 · DIX-NEUVIÉME SÉANCE · texte numérisé non relu

DIX-NEUVIÉME SÉANCE

M. Kemen , propriétaire du Bawr orien»

ialy président titulaire « occupe lé fau* teuiL M. Grinoline-Oudinot . inventeur des sous-jupes-fromages , secrétaire, tient le pinceau (en crin) et trace le procès-verbal de la séance.

M. Kebnen Avant dé donner la parole ^ un nouvel impétrant , zé né suis pas face de vous communiquer un puff que l'ai imaziné pour dissimuler un lézer contretemps dans mon commerce. Z*avais ouvert sur le boulevart St-Martin une succursale qu'elle ue brillait pas par sa prospérité, et que la dame qui la tenait elle avait nommée une

Thébaîde , vu (a solitude assokie dans laquelle les çalands ils la laissaient. Tout cela était assolument pour lé salut de l'àme de cette dame ; mais , pécuniairement, elle né valait pas le diable. Il fallait donc fermer la boutique ! Mais il fallait en même temps colorer la çose de manière que lé public il ne pensât pas que la vogue cessait de s*attacer à celte succursale. Ce point délicat eût embarrassé un homme ordinaire ; mais Diu merci! z'ai de l'esprit zusqu*au bout des ongles , zai trancé le nœud sans difûculté. Voici donc comme zé m'y suis pris. Z'ai mis ce placard sur les volets de la boutique : « Magazin à louer, pour cause d'agrandissement de la succursale du boulevart des Italiens, à laquelle celle-ci elle est réunie. » {Longue hilarité.)

M. GORSON. Quand votre boutique du boulevart St-Martin sera réunie à celle du boulevart des Italiens, elle sera bien loin de se croire si près. {Huées universelles.)

Unb yoix. CTest un calembour funéraire.

(Rires.)

M. GiLLOT, pharmacien. Je demande la parole.

Hh tm Mn.LioN

M. KsRNKN. Prenez -ta.

M. GiLLOT. Je cède mon tour à celui qui voudra la prendre.

M. Kernbn. La parole est à M. Prémy, poëte-marçand et man;and-poete.

M. Frémt. Messieurs, je ne m'appelle pas Arnould , ainsi ne pas confondre a?ec mon homonyme. Orn/^ par la nature des dons du génie , animé du feu sacré des Muses , je n'ai pas chercbé mon puff par <ies routes inconnues. Je n'ai fait que céder à l'impulsion du dieu qui m'inspire. J'ai rimé mes layettes ei poétisé ma mercerie. En d'autres termes, j'ai fait un prospectus «UTors, si je puis m'exprimer ainsi. J'aime à croire, Messieurs, que vous allez me prêter une bienveillante attention. (Très bien! très bien!)

M. PRÉMT Voici d'abord mon épigraphe ou mes épigraphes , cair j'en ai plusieurs :

1'« Épigraphe :

Si» poar vous arrauger, il faal d'abord surfaire , Certes, ce n'est pas moi qa\ pnis tous satif faire.

DE BOtlPPONNERlBS. IftS

^ épigraphe :

Ainsi, voyei i'objet: mais ne marchandez pas , Car ici l*étiqaeiie est au prix le plus bas.

3« Épigraphe.

Je n*ai pas renchéri ponr les frais d'an grand iivrt, Pnisqne je sais payé dès l'insiant que je livre.

4« Épigraphe:

Vite , Tite , b /a Pomme d'Or, An vrai prix fixe, à la vente à bon compte;

Vite , vile , k la Pomme-d'Or, Entrons, sortons, et retournons encor.

5e Épigraphe :

Quand on a vu /a Pomme-iFOr, Et son prix fixe, et sa vente ^ bon compte;

Quand on a vu la Pomme-d*Or^ C'est de bon cœur qu'on y retourne encor.

{Explosion d'admiration.)

M. GoRSON. Quand on fait de pareils vers, on devrait s'appeiler Jean.

M. Fréht. Jean?

M. CORSON. Jean Frémy.

5e toutes parts. Il est atroce, celui-lâi

I4tt UN aiLLIDII

M. Frémt. Jalousie de méCieF: il se moque de mes vers et voudrait bien en faire d'aussi bons. {Bires approbatif^.) Mais laissons cela. Mon prospectus contient {loueurs pièces de vers. En voici trois qui , je Tespère , mériteront votre apprc^ation et vos couronnes. {Chai! ehut!}

Le Bon Yoyage.

Air : De Jf. Dumolât,

Bon Toyage , mon prospectas, Allez bien vite et bien loin vousfoir lire,

BonToyage, mon propectns, Courez plos vite qae les omnibas.

Bon voyage, etc.

DEUXllBIfB GOUPLBT.

Peut-être en tout ceci va ?(tns déplaire, Mais tenez bon , sans pourtant disputer, S\ contre vous l*on se met en colère N'allez jamais de colère éclater.

TROISIÈME OODPLET.

Soyez enfin toujours humble et modeste»

Autant que doit l'être la vérité :

DE BOCFPONMERIES. S 47

Contre celai même qui vous déteste , Montrez eocor grande civilité.

Bon voyage , etc

lie Hfteux ^me Je puis.

Je dis donc an tecteor, las de to«8 nos discours : C'est à la Pommei'Or qoe l*on trouve toujours Habillements d'enfants, layettes , lingeries, Camisoles, corsets , tabliers , merceries , GraTates, cols, foulards, fleurs, rubans, nouveautés^ Blouses et bourgerons de toutes qualités. Les chiffres bien connus , le fixe véritable, Et les prix très légers, pour vous être agréable;. Et puis, si du marchand vous êtes satisfait , Avec joie , il dira : Mon bonheur est parfait i

Le BabtlliBrd;.

Si ma vente est loyale, en grande diligence^ Hàtez-vous d*en instruire an moins toute la France. Alors, de nos enfiiiits les enfants k venir Pourront de ce beau fait garder le souvenir; Car ils sauront aussi qu'en ce temps oà nous sommes , Un peu trop d'égofsme est le défaut des homiaes.

148 ON MILUON

Ils n'en oonetûront pas, s'ils sont loin de Terrear, Que Thomme de ce temps était panvre d'honnenr. 11 aime agioter, traflqaer, mais peat*ètre Il n'est pas aatrement qae jamais il paisse être.

Là , Je m'écarte an pea dn langage marchand : De rétendre aassi loin la raison le défend. D'abord on discourear le monde entier l'abhorre , Et si je continue , je vais vous dire encore Qae chez noas l'on aarait plus de moralité, Si ce grand anivers était désargenté ; Qae pourtant cet argent est l'àme de ce monde ; Mais qu'aossi c'est pourquoi par lui le crime abonde.

Voyez si j'en finis ! rage de rimailleur ! Ce sont, en venté, des accès de foreur : Prix fixe, argent comptant était bien simple h dire : Mais dans tout je ne fais rien autre que le pire.

Oh! le bizarre esprit! quel homme original • Encore un prospectus aussi grand qu'un journal. Et puis toujours la rime i Un marchand de layette i Pourquoi ne fait-il pas sonner de la trompette 7 Sans doute en poésie il se croit un gaillard , El partout l'on dira : C'est un grand babillard.

Db toutes parts. C'est parfait.

M. Frémt. a tout ce que vous venez

DE BOUFFONNBBIES. 14»

d*entendre, Messieurs, Je n'ajouterai qu*un commentaire en deux mots :

« Lorsque tant d'autres s'efforcent, dans la Tue d'attirer iescbalands, de se guinder sur des échasses pour paraître des géants, moi j'ai pris ieparti tout contraire : j*ai voulu atteindre au même but en me faisant petit et en me montrant ridicule. Décidez maintenant si j'ai réussi , et si mon puff peut me mériter l'honneur d'être admis parmi vous. »

Voix NOHBRBU8B8. Dignus est intrare,,,

M. Kernen. L'assemblée elle vous ouvre ses bras. Le puff il se fait de mille manières; mais la vôtre, qui est aussi la mienne, elle est encore la meilleure. Zé vous proclame donc membre de la Société, et ze démande la grâce dé vous presser sur mon car, comme un des plus dignes pufQstes de France et de Navarre. {Ils se jettent sur le sein l'un de Vautre et se tiennent étroitement embrassés,)

M. KBRNBN,essuyant une larme. La séance est levée.

M. GiLLOT. Levée! Ah bien! c'est du propre. Et si je voulais demander la parole ?

l*«iff au baume acouiitique.

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