‹ Un million de bouffonneries, ou, Le blagorama françaisChapitre 23 sur 63 · VINGTIÈME SÉANCE · texte numérisé non relu

VINGTIÈME SÉANCE

Le fauteuil de (a préskJence est occupé par M. Keruen, propriétaire du Ba%arorien^ tal. M. Crinoline •Oudinot , inventeur des sous-jupes'fromages, tient le crin et rédife le proeès-Yerbal de la séance.

M. Kbrnen. Messieurs, cette séance elle fera époque dans les fastes dé notre société, dé n*est pas un seul impétrant qui se présente auzourd'hni, c'en sont deux,

M. Hetm ARD, dentiste. Je suis, certes, bien fort en histoire, mais je ne connais pas ce Samson-ià.

De toutes parts. Tu quoque, Heymarâ !

M. Kernen. Troun dé Dioul le calembour il est donc épidémique? Zé mé propose de proposer un article réglementaire -contre cette manie. Zé disais donc que dox impétrants ils se présentent auzourd'kui. Gé sont dux médecins célèbres dans lé paff et dont notre société elle s'bonorera de les agréer. Z'aime k croire que nous né pou*

DE BODPPONNBlttES. 151

voDS qné gagner à les entendre La parole elle est a MM. Tonmel et Meurice.

M. TouRNEL. A vous, monsieur Meurice.

M. Mburics. 0)mmeBces , monsieur Toumel.

M. TouRNEL. Je n'en ferai rien.

M. Meurice. Je sais ce que je tous dois. ' M. TocRNEL. Vous êtes mon ancien.

M. Meurice. Vous me primez par le talent

M. TouRNEL. Vous vous faitcs tort.

M. Meurice. C'est trop de courtoisie.

M GiLLOT. Je demande la parole.

M. Kernen. Qu*avez-vous à dire?

M. GiLLOT. Je cède mon tour à celui des deux impétrants qui parlera le premier.

(Rires.)

M. Kernen. Voyons, pour acranger laçose, remetlons-nous au hasard. Ze vais tirer ai doigt mouillé à qui parlera le premier dé M. Meurice ou dé M. Tournel. Si zé me prends lé doigt mouillé, ce sera le tour de M. Meurice. {Mouvement). Eh! tenez! zustement ze viens dé me prendre lé doigt mouillé! La parole elle est à M. Meurice.

M. Meurice. J'étais né candide et pur^

152 DN MUXION

et, gr&ce à mes efforts, j'ai pu acquérir quelque talent. Je me suis livré à une spécialité intéressante : les maladies d*oreille. Mes cures auraient suffi, dans tout autre temps, pour me conduire à la renommée et à la fortune. Mais le dieu du jour est le charlatanisme, et le vrai mérite lui-même est contraint de plier le genou devant ce moderne Baal. (Très bien! très bien!) Je viens de vous tracer, dans ce peu de mots, l'histoire de ma vie. Cependant, Messieurs, tout puffiste qu'il m'a fallu être, je n'ai pas voulu tromper le crédule public. J'ai, il est vrai, préconisé les vertus d'un spécifique fantastique que j'appelle baume acoustique , vanté les effets de ma méthode, et publié ^ son de trompe les guérisons merveilleuses que j'ai opérées ; mais j'ai eu soin de prévenir que mon art était impuissant contre la surdité naturelle et contre la surdité accidentelle, et que je me bornais à traiter les autres genres de surdité. (Hilarité prolongée.) Cette franchise m'a réussi, Messieurs, et j'en recueille aujourd'hui le fruit. J'ai, Dieu merci, une des plus belles clienièles que puisse désirer un praticien. Tout

DE BOUPPOIINUIBS. 153

homme atteint de surdité, qui s'adresse k moi, me reste fidèle jusqu'à sou dernier jour. (Nouveaux rires,) Je me propose de TOUS présenter dans cette séance même un sujet sur lequel mon art s'est exercé et qui pourra rendre hommage à ilnfaillibilité de mon traitement {Mouvement,)

M. TouBNBL. Moi aussi, Messieurs, j'étais né candide et pur, et je ne suis devenu puffiste que pour échapper à rol)8ettrité qui est le partage fatal du mérite obscur. J'ai dit au public : « Ce médecin spécial opérateur des sourds, .dans le cours de sa longue pratique, a trouvé, après de nombreuses recherches, un moyen prompt et sûr pour guérir toutes les maladies de l'oreille aussi bien que la surdité. Les affections les plus rebelles, les plus invétérées, résistent rarement k l'efficacité et à Ténergie de la puissance thérapeutique mise en action par un appareil de son invention que tous les gens de l'art admirent. Depuis cette heureuse découverte, beaucoup de personnes, réputées incurables, ont recouvré le sens précieux de raudition,lor8qu'elles, atteintes de cette déplorable infirmité,

15& Ulf MaLION

ont été soumdises à cette médicatîoo. Des cures presque miracale«ses ont justifié cette coDftance.

« L'ancienneté de la maladie n'est point tts obstacle à la gnérison. L'auteur de la méthode a rendu le sens de l'ouïe à des sourds de naissance, aux sourds de Umte espèce, quelle que fût la cause de la surdité. Des pièces authentiques prouvent avec certitude qu'il a fait récupérer le sens de l'ouïe k des si^ets affectés de surdité depuis lOS ans. RieD ne parait devoir résister au résultat de sa méthode lorsqu'elle est mise em aj^plicatiOD avec persévérance. »

Ak»i que mon honon^le confrère, je vais foire comparaître devant voua un sujet que j'ai traité k l'aide de ma méthode, et qui, j'ose m'en flatter, n'est pas moins bien ^oéri que celui qui déjà vous a été annoncé. Nous allons, si vous le permettez, les faire entrer tous deux et les Caire converser l'un avec lautre.

(Le président fait introduire les deux exscmrds Sur un signe de II. Meuriee, la conversation suivante s'établit pntre eux :)

!•' Ex-souBD. Je suit préivenu que nous

DE BOOFFONNBIIIBS. 155

devons vous et moi manifester par notre conversation Texcellence de la méthode adoptée par nos deux médeeins, et notre parfaite guérison.

9!°^ Ex-sou BD. Cette machine m*a paiy ingénieuse, mais j'atteste que les effets en sont infaillibles et quasi -miraculeux.

1*' EX-90URD Je suis en cela parfaitement de votre avis. Je crois comme vous que l'influence de i'atmosplière pourrait bien être la cause des intervalles de surdité que nous éprouvons l'un et l'autre.

^^ Ex-sourd. Gomment donc 1 mais c'est évident. Que le temps soit à la pluie, par exemple, les nerfs, le nerf auditif entre autres, n'ont plus le même ressort, et alors on tirerait le canon à notre oreille que nous n'entendrions rien du tout.

1«'Ëx-80URD. Et moi k l'Opéra, Duprez me fait un plaisir inBni. Cet homme a vraiment du talent.

«•ne Ex-souRD. Il n'y a que le baume acoustique qui puisse réparer ces accidents passagers.

1er Ex-souRD. Je ne suis pas de votre sentiment. Nourrit, que j'ai Men souvent

156 UN MILUON

enteodu, n'avait pas un si bel ut ; son ut n*étaU même pas des plus catholiques.

!t«« Ex-sourd. Ah! oui! il y a le danger des omnibus. Mais que voulez-vous? Dans ane ville comme Paris, il n'y a pas de petites courses, et il faut bien que les gens affairés puissent trouver des véhicules à bon marché ; autrement la santé et la bourse en souffriraient trop.

M. Kbrnen. Lou troun dé Diéou me curo^ si ces deux hommes-là né sont pas sourds comme des pots.

M. TouRNBL. Eh! sans doute, ils sont sourds! Sans cela où sérail la farce? (Hilarité prolongée.)

M. Kernen. Messieurs, il mé semble que nous n'avons pas besoin d'eu entendre davantage. Ces messieurs sont dé parfaits pufBstes et sont dignes dé faire partie dé notre Société.

De toutes parts. Oui, oui, oui.

Les deux candidats sont proclamés membres de la Société.

M. Kbrnrn. La séance elle est levée.

M. GiUiOT. Vous n'en faites jamais d'an-

DE BOUPrONBllIBS. 157

très ! Moi qui depuis une heure t eux dent»* der Ja parole!

lie Parapluie aeadéailqae.

Page 1