‹ Un million de bouffonneries, ou, Le blagorama françaisChapitre 25 sur 63 · VINGT-DEUXIÈME SÉANCE · texte numérisé non relu

VINGT-DEUXIÈME SÉANCE

M. Kemen, propriétaire du Ba%ar oriental et rédacteur du journal patois y anneié, président de la société du Puff couronné,- occupe le fonteuii, et M. Crinoline- Oudioot, inventeur des sous-jupes -fromages, rédige le procès-verbal de la séance.

M. Kernbn. Le zournalisme il est enfoncé. Z'ai enfin publié le fameux zouroat que ze médite depuis longues années, et qu*il est destiné à rézénérer la presse et à lui ouvrir une vole nouvelle et resplendissante de tout l'éclat du zénie que la nature elle m'a doué.

Zé mé propose de vous n^en communiqtier un esemplaîredans notre proçaine réunion, afin que vous puissiez zuzer par ce pufT le plus sublime de tous les pnfTs, si te suis digne ^les honorables suffirazes qui m*ont appelé à la présidence de celte respectable assemblée. (Murmures ftatiturs.)

M. KftRNEN. Parlez.

M. GiLLOT. Jeoëde mon tour à M. Mayen, qui l'a demandée avant moi.

M. Kbunbn. Et donc la parole elle est à M. Mayen.

M. Maten. Messieurs et mesdames... (// 8*arréte,)

M. Kbrnbn. Continuez.

M. Matkm. Je n'oserai jamais » n'ayasl pas encore eu celai de m'exprimer «n p«blic. fOf^rt^>

M. Kbenbk. Vous me liûtes Vettti d'un SMigBiier puffiste. La première condition, ifowt être puftiste, c'est d'oser, et, comme dit très bien zé né sais quel célèbre poète :

Quand on veut tont savoir, il font savoir tout oser. M. DB Balzac L« vers n'y est pas.

DE BOUFFON NERIBS. 163

M. KvttNVH. Vous me la baillez belle! Il y a même une syllabe de plus. (Hilarité.) Al* Ions, impétrant, défllez-nous votre çapelet.

M.* DB Balzac. Maete animo^ generose puer ! (Murmures.)

M. KbrnIsn. Monsieur de Balzac, zevous rappelle à Tordre. Vous manquez à la fois à ce que vous devez à celte assemblée et à ce que vous vous devez à vous-même.

M. DB Balzac Comment! comment!

M. Kbrnbn. Oui, bomme de lettres. L'épitbète d'animaux que vous nous adressez elle est plus qu'inconvenante ; et ce que vous conseillez à l'impétrant : ose% puer, est contraire à toutes les règles de la civilité puérile et honnête.

M. i>B Balzac Excellent! détirant! mirobolant ! Je ferai dix>sept volumes in-8* sur cette amusante aventure.

M. Kbrnbn. Il rit, encore! Allez, faites des voinmes ; aussi bien le papier se fait rare et nous avons besoin d*enveloppes.

M. DB Balzac. La réponse est bonne, je vous remprunterai.

M. Kbrnbn. Eh bien î impétrant, quels

16ft VN MILLION

sont VOS titres à Tadmission dans cette respectable socit'té?

M. Matbn. Mes iitres , les voilà, Mes* sieurs, Mesdames : c'est une circulaire fort adroite que j'ai envoyée dans tout Paris. Abldame. je suis un linot, moi; voyez plutôt... (///i^r

« Monsieur,

« J'ai l'honneur de vous prévenir que je viens d'obtenir du gouvernement un brevet d'invention de dix années , sous la date du 14 janvier 1850, pour des procédés dont je suis l'inventeur, poui* la tabrication et le perfectionnement des objets suivants :

gants quart-longs, demi-longs et passecoudes, boutonnés et lacés, agrafés ou noués avec des rubans; louie espèce de gants demi-longs, quart-longs et passecoudes. (On rit.)

«Je me suis réservé seul le droit de pouvoir ouvrir lesdits gants sur tous les sens possibles. (On rit plus fort.) Plus une addition audit brevet pour des mitaines de même justes au bras, que je procède de la

DE BOUFF01>i.\ERIES. 165

môme manière pour les ouvertures. (Eclats de rire.) Ainsi que des gants courts d'iiom* mes et de femmes, lacés depuis la naissance du pouce jusqu'à la iiauteur qui sera demandée. Je les ouvrirai de même sur tous les sens du hors-bras. (Hilarité prolongée.)

« J'ai rhonneur d'être, « Monsieur, «< Votre très humble et très obéissant serviteur,

« Matkn. »

« Nota. Toute contrefaçon sera poursuivie devant les tribunaux et punie suivant la loi. » (Nouvelle hilarité. Longue interruption.)

M. Kbrnen. Impétrant, ze vux bien que l'âze me fice si z'entends la moindre çose h votre circulaire.

M. Maten. Ah! ah!

M. Kernen. Et quel résultat avez -vous obtenu de l'envoi de cette énime en forme de circulaire?

M. Maten. Le résultat? La foule vient

106 UN MILUON

me regarder du matin au soir k travers les vitres de ma boutique. (On rit,)

M. Kernbn. Et combien failes-vous payer par personne ?

M. Matbn. Payer? Rien du tout.

M. Kbrnsn. £t vous vous présentez ici <)ans le but?...

M. Matbn. De me faire agréer de votre honorable Société.

M. Kernbn. Messieurs, vous venez d*entendre le candidat dans ses dirtis et réquisitions Ze vous propose de le mettre à la porte.

De toutrs parts Approuvé! approuvé !

M. Kbrnen. Impétrant, retournez près d*une épouse qui vous adore , et zouissez en paix du droit sacré que vous confère votre brevet, et que vous vous êtes réservé seul, dé pouvoir ouvrir vos gants et vos mitaines demi-longs , quart-longs et passecoudes sur tous les sens possibles. Cette Société, qui n'admet que des zens d'esprit, elle n'est pas digne de vous posséder (Rires d'approbation.) Qu'on mette cet homme à la porte !

M. Ma¥En 1 1 faut donc que )e m'en aille?

DE BOUFFONNEBIBS. 167

M. KuNBN. Si cela peut vous être agréable. Mes respecte à Madame. Messieurs»

nous n'avons pas perdu notre zournée. Dé pareils gaillards sont des bienfaiu de la Providence qui viennent répandre un peu de zoie dans cette vallée de larmes. La séance est levée.

M. GiLLOT. J'avertis l'Assemblée que je demanderai la parole à la prochaine séance.

M. Kbinen. Soyez tranquille, on vous la donnera. On sait que vous n'en abusez pas,.

Ii« IVégociaCenr.., eii marliige

VINtT-TMISIÉME SÉANCE.

Le fauteuil est occupé par M. Kernen.

propriétaire du Ba%ar Oriental et rédacteur du journal patois y annexé, président de la Société, et M. Crinoline-Oudinot, inventeur des sous-jupes-fromages, remplissant les fonctions de secrétaire, rédige le procès-verbal de la séance.

M. Kbrnin. Cette séance, Messieurs, elle sera mémorable ^ C'est auzourd'hui que nous allons entendre M. Dieulafoy, lé Wiiliaume de l'époque, l'ennemi le plus açarné

du célibat! Attention... et respect! M. Dieulafoy il a la parole !

M. DiBULAPOY. Messieurs, tesublhnede Tart de gagner sa vie, c'est, selon moi, de spéculer sur les passions de rbomme. Les deux plus énergiques et à la fois les plus crédules, et par conséquent les plus faciles à exploiter, c'est Tamour et Tintérét! C'est sur ces deux passions que j'ai jeté mon dévolu : c*est d'elles que j'ai voulu faire l'instrument de ma fortune. Je me suis institué agent matrimonial, et, pour me donner une plus grande autorité auprès des amateurs de mariage, j'ai pris une patente, et j'ai pu me dire patenté, autorisé par le gou- YBRNBMENT. C'cstunc chosequinc manque jamais son effet.

Alors j'ai lancé dans le public cette merveilleuse annonce : « Unique maison revêtue d'un POUVOIR LÉGAL pour la spécia> lité matrimoniale. SEIZIÈME ANNÉE.

M. DiBULAFOY, négociateur en mariages.

Par sa spécialité et ses relations étendues, M. DiBULAFOT peut à l'instant même renseigner les pères de famille sur les partis LES PLUS RICHES ET LES MIEUX FAMÉS,

soit en hommes, demoiselles ou veuves. Le cootrôle des FORTUNES et l'accord des dâttses matrimoniales ont toujours lieu en présence des notaires respectifs et avant la mise en rapport des conjoints. L'intervention de M. Dieulafoy est OCCULTE. Qui plus est, un appartement vaste offre la facilité DE NE JAMAIS SE RENCONTRER... »

(Hilanté.)

M. LoisoN, pharmacien. Mais comment diable, si les futurs ne se rencontrent jamais....?

M. DiKULAFOT. Ils se rencontrent quand tout est signé. Auparavant, ce ne serait pas mon affaire. S'ils se voyaient d'abord, ils ne se voudraient pas. (Rires approbatifs ) Je continue. « Avis. Se bien mettre en garde contre toutes les maisons ILLÉGA- LES qui se disent AUTORISÉES. Elles TROMPENT le public! » Jai mis cette note pour faire pièce à une concurrente qui n'a pas mon aplomb, et qui a voulu faire l'économie de la patente.

(En cet endroit, il se fait un grand bruit dans la salle d'entrée. Les garçons défendent la porte de la salle des séances contre

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quelque individu qui veut y pénétrer de force. On entend une voix crier : — « Il est là ! je le sais bien ! je veux le voir, j» veux l'agonir, monsietir« je veux le devisait, monsieur ! Après cela, je m'en, irai, o^on*sieur! » •— Mouvement dans l'assemblée.

Stupéfaction générale. -** Enfin la porte cède aux efforts de l'assiégeant, et l'on voit entrer un monsieur, la perruque de travers et les vêlements en désordre, dont les yeux roulent dans leurs orbites, rapides comme la pierre que la fronde s*apprète à lancer.)

M. Kbrnbn. Troundé Diéou! est-ce ainsi qu'on se présente dans une société bon* néte! Bagasse! quel furibond! EU qui de^ mandez-vous?

Le monsieur a la. fbrruqub. Assemblée, je vais m'expliquer, monsieur. Sacbez donc que j'étais gueux comme un rentier retiré que je suis, monsieur; que j'avais néanmoins le coeur brûlant, monsieur, et le désir de trouver une compagne aimable et séduisante, et assez de fortune pour vivre agréablement et sans souci du lendemain, monsieur. Je lis les annonces de cet bomme! Il m'offrait des bommes, je n'en

DE BOUPFOMNBIIIBS. 171

voulais pofnt, moDsieur; il m^offhiii des veuves doat je ne me soucisis pss, et des denoiselles doBt je suis très friand, monsieur! Bien, très bien ! Je me présente chez cet homme et je lui demande une demoiselle, ce qu'il y a de pins neuf, de plus frais, de plus candide, de plus innocent et de plus Hche en demoiselle; j'ajoute que j*y mettrai le prix, monsieur. Cet hooune me dit quMl en avait à remuer k la pelle, des demoiselles, et des plus jeunes et des mieux faites, et des plus jolies et des plus virginales, et des plus cossues, monsieur ; mais quHl faut prendre chat en poche» et qu'il est patenté, monsieur, ce qui me dispense de vérifier les objets, monsieur! Nos engagements sont faits de suite, je signe des multitudes de contrats, et j'épouse, monsieur. G'çst à merveille. Mais saves* vous bien, assemblée, qui j'ai épousé? Vous ne vous en douteriez jamais, monsieur!

C'est drôle! c'est amusant! J'en ris encore comme un bossu , monsieur! Si j'étais moins philosophe, je m'en serais déjà pendu vingt fois, monsieur ! J'avais épousé une demoiselle, c'est vrai, mais qui avait bien

quarante ans, et qui ne m'apportait en dot qu'un enfant à moitié fait, monsieur. (Hilarité prolongée.) N'est-ce pas que je suis une grosse bête, monsieur! un niais, un coqsigrue, un actionnaire de la Caisse bapotbicaire, monsieur! {Éclats de rire.)

M. Kbrnen. Et que demande?. -vous?

Le monsieur ▲ la perruque. Je demande à l'étrangler, monsieur.

M. Kernen. Zé ne puis vous accorder cela sans son consentement, et zé doute qu'il le donne.

M. DiEULAFOT. Vous avcz raison de douter. Mais si, en effet, monsieur n'est pas content de la femme que je lui ai procurée, la cbose n'est pas sans remède, je lui en donnerai une autre. (Hilarité.)

Le monsieur a la perruque. Mais, monstre, me démarieras-tu préalablement?

M. Dieulafot. Ce n'est pas mon affaire. Ce sera l'affaire des tribunaux quand la loi sur le divorce, pour laquelle je pétitionne, et pour cause, sera rendue par les chambres. (Rires.)

M. Kernen. Ce que vous avez de miiix à faire, mon ami, c'est dé retourner auprès

de votre femme et dé vous attacher à la consoler d'avoir épousé un magot tel que vous.

Lb monsieur a la perruque. Ah! vous vous moquez aussi ? Eh bien I je vais de ce pas me noyer.

M. Kbrnen. Le mieux encore serait d'aller noyer votre femme.

Le monsieur a la perruque. Vous êtes tous des paltoquets. Monsieur, serviteur de tout mon cœur. Je me souviendrai longtemps de celle-là ! (Il sort.)

M. DiBULAFOT. Que décidez- vous sur mon admission ?

M. Kbrnen. Zé décide, et l'assemblée né mé désavouera pas, que vous êtes un grand homme, et que vous ne pouvez qu'honorer une société qui vous admet dans son sein.

De toutes parts. Oui ! oui!

M. Kbrnen. Zé vous proclame donc membre de la Société du Puff couronné. {Bravo ! bravo !) La séance elle est levée.

M. Gillot. Ah! ça, quand donc aurai-je la parole!

174 UN yiLLlON

Crinoline, dnrée 5 ansi.

VINGT-9UATRIÉME SÉANCE.

Le fauteuil de la présidence est occupé par M. Keraen, propriétaire du Benar Oriental et rédacteur en cbef et unique... en son genre du journal patois y annexé; et M. Crinoline-Oudinot, ioYenteur des sousjupes-fromages, ti\*nt le crin et s'apprête à rédiger le procès- verbal de la séance.

M. Kkrnen. Cette séance elle sera belle, lé monde entier il en parlera ; nn de nos plus illustres et en même temps de nos plus modestes puffistes il Ta se faire entendre et exciter TOtre admiration- Vous Tîomprêfnez tout de suite qu'il est question dé notre ami M. Grinoline-Oudinot. Gomme cet estimable collègue il est dé première force sur lé latin, il né manquera pais dé barder son discours dé citations des classiques; mais pour çux dé vous qu'ils né comprendront pas la langue d'Horace, de Viraiie et dé la BiMe, té né permettrai dé n'en faire une petite traduction. M. Crinoline-Oudinot, il a la parole. (Semation prolùHgée. Chut! chut!;

DB BOOFFONNBItlBS. 175

M. GrinoHne-Oudinot se lëye, place devant lui son fauteuil, retrousse les manches de son habit, tire de sa poche son mouchoir blanc, s*en essuie le Tfsage, tousse, crache, promène son regard sur toute l'assemblée, outre la bouche et s'exprime en ces termes :

M. CRtNOUNB-OuDiNOT. Omnibus.

M. Kernen. Omnibus signifie que Torateur n*ira pas yite.

M. CftiNOLiNE-OuDiNOT. CHnolina est bona étoffa, que les feminœ adorantur, a causa de sa commoditas per fare bouffare les robas éorum..,

M. Kbrnen. Cette esselente latinité, elle veut dire que la Crinoline elle est une bonne étoffe, que les femmes adorent à cause de sa commodité pour faire bouffer leurs robes.

M. DE Balzac Ce latin-là n*est pas du tout mal inventé, et je m*étonne que Torateur qui a pris un brevet pour les crins, dont la découverte remonte à quelques milliers d'années, n'ea ait pas demandé un pour son latin, dont personne à coup sûr ne lui contestera la conceptioh.

M. Olivier. Je m'étonnerai à plus juste

titre, peut-être, qu'ayant sollicité un brevet d'invention pour le crin, qu'il n'a pas inventé, il n*en ait pas demandé un aussi pour la poudre...

M. CaiNOLiNE-OuDiNOT G'cst bicu mauvais, ce que vous dites-là. Apprenez que si je n'étais pas venu trop tard, j'aurais pu comme un autre inventer la poudre...

M- DE Balzac. A poudrer. (Hilarité.) Plusieurs membres s'approchent avec empressement de M. de Balzac et le félicitent de son bon mot. M. de Balzac baisse modestement les yeux et fait semblant de regarder, s'il ne serait pas crotté.)

M. Kbrnbn. Né nous éloignons pas de la question, s'il vous plaît. Nous ne sommes pas ici pour faire de l'esprit. (Silence.)

M. Grinolinb-Oudinot. En ce qui me touche, je suis à la question, ad questionem, comme dit Gicéron. Je ne demande que quelques minutes d'attention.

A peine aa sortir de l'enfance.

Quatorze ans an plus je comptais,

quàud, poussé par une vocation irrésistible, je débutai dans le crin en exécutant des

DB BODfPONNBRlES. t77

iMijI^ias de ççtte v^étation pileuse {pilosa)^ ornées de devises éroUques et patriotiques. Gç d^ut me réussit au-dçlà de toute espérance ; mats mon génie ne pouvait s'arrêter là : JHnventai le col...

M. DE Balzac. Quelle colle !

M. GRiNOUNVrOuoiNOT. Le col en crinoline. Cependant le succès de cette nouvelle spéculation aurait été médiocre, je ne me le dissimulais pas, vu l'aspect peu attrayant de ce preduit. si je n'avais pas allécbé l'acheteur par la révélation de quelque qualité particulière à ce gepre de col. Je déclarai donc que la durée des cols eo crinoline était de cinq ans. J'aurais même pu dire davantage, car on peut les porter toute sa vie... dans sa poche. {LoAgue hilarité. Applaudissements. ) Mais tout s'use, mes cols eux-mêmes ; et d'ailleurs, comme on s'apercevait que c'étaient de véritables carcans, ù raison de leur peu de souplesse, il ne se vendaitjamais deux fois au même p2igsin;paganus. (On rit.) Autre temps, autres puffs. Je sentis le besoin d'inventer autre chose. C'est alors que je mis au monde mes boutons en crin de Perse. Or,

178 UN MILUON

savez- VOUS ce que c*est que te crin de Perse ? Devinez, je vous le donne en mille.

M. Gbaine-db-moutarde. Du caoutchouc ?

M. Crinoline-Oudinot. Mieux que cela ; des cheveux !

M. LoisoN. Je ne démêle pas bien.

M. Demarel, dentiste. Ah! bien, en voilà un, par exemple, qui est tiré par les cheveux!

M. Kernbn. TroundeDiou! est-ce que nous allons encore retomber dans le calembour?

M. Grincline-Oudinot. Je ne sais pas si nous allons retomber dans les calembours ; ce que je sais bien, c'est que je ne retomberai pas dans la faute que j*ai commise dans cette circonstance. Je comptais, pour le succès de mes boutons en crin de Perse, sur la coïncidence de la guerre que les Russes faisaient alors à ce pays ; mais la prise d^Hérat, qui eut lieu trop peu de temps après, fit que ma spéculation ressembla de tout point à la montagne qui accoucha d'une soum. (Rires.) Parturient Montaigne. Je me retournai alors d'un autre

DK BOUFFONNERIES. 17<J

côté et j'imaginai mes rameuses sous-jupesfromages qui ont obtenu, comme chacun sait, un énorme succès.

M. GiLLOT, pharmacien. Je demande la parole.

M. Kerncn. Voyons, parlez.

M. GiLLOT. Je cède mon tour à l'orateur.

M. Crinoline-Oudinot. L'expérience m*avait instruit. C'est de ce moment que je devins véritablement puffisle. 'Je mis k contribution, outre les annonces qu'il ne faut pas négliger, les réclames et tous les autres genres du puff en usage quand une marchandise ne peut s'écouler à la seule recommandation de ses bonnes qualités.

Mais je ne me bornai pas là, messieurs; j'inventai un puff d'une espèce tout à fait neuve, un putT excentrique, mirobolant, ébouriffant, renversant, un puff comme on n'en inventera jamais et qui doit me mériter non seulement mon admission dans cette illustre assemblée, mais encore l'admiration de tous les puffistes présents et à venir. Je fis graver en tête de mes prospectus. . quoi ?. . . mon portrait, messieurs».

rien que cela ! {Explosion de vivats ; trépi" gnements ; triple salve (T applaudissements ; longue interruption. ) J'aime à croire, messieurs, que ce dernier trait suffit, et que je n*ai pas besoin de pousser plus loin mon apologie. (Tumulte, brouhaha. La séance est suspendue pendant un quart d'heure.)

M. Kbrnbn. Messieurs, il u*y a pas lieu il délibérer. Nous admettons avec enthousiasme M. Grinoline-Oudinot comme membre de notre Société. (Applaudissements.) Et si zé né tenais pas la présidence de vos honorables suffrages, zé mé lèverais k l'instant et zé remettrais mes fonctions à cet Incomparable pufGste.

Dr toutes parts. Très bien ! très bien !

M. Kbrnbn. De pareilles émotions elles :sont trop fortes. La séance elle est ley ce

M. GiLLOT. Allons, il parait que je ne |)Ourrai pas encore aujourd'hui demander ia parole.

DR BOUrrONNERIES. 181

ÏÏjC Piiflr h Tfv<»rt.

ViNGî-CINQliKE SÉANCE.

Le fantetiil de la présidence est occupé % comme de coutume par M. Kernen, pNK priétaire du Ba%ar oriental, et rédacteur en chef et unique en son genre du Journal pa* tois y annexé. M. GrinoUire-Oudinot (durée 5 ans), inventeur des sous-jupes fromages, tient le crin et rédige \(* procfe?-verbal.

M. KCRNBN. Messieurs, si notre dernière séance elle a été orazeuse, té xaé flatte en avance que celle d'auzourd*hui elle sera calme et pastorale, parce que nous alloua traiter un obzet çampétre et fleuri. {SenM- < tion.) Il s'azit tout simplement d'accorder la parole à Testlmable M. Poncet. directeur de Tivoli, qui brigue l*bofineor insigne d'appartenir à notre bonorable société. {Oui! oui! il en a le droit.) Silence, messieurs, et laissez parler lé candidat... M. Poncet, vous avez la parole.

M. PoNCET. Messieurs, sans vanité, je crois avoir quelques droits à TadmissioD que je sollicite aujourd'hui (Oui! oui!), et si j'ai tant tardé à faire les démarches ad hoc...

M. Grinolinb-Oudinot , durée 5 ans Bravo.

M. PoNCBT C'est que je ne savais nullement qu'il y eût à Paris une Société du puff couronné, attendu que j'ignorais entièrement l'existence de cette société.

M. GcsTAYR Barbu. Très bien !

M. PoNCBT. Vous connaissez tous, messieurs, mon magnifique parc de Tivoli, qui donne au public français de si belles fêtes champêtres. Vous les avez vues toutes ces fêtes, messieurs.

Une voix. Sur les affiches. {Rires.)

M. Kbrnen. Et dans les zoumaux. Continuez M. Poncet.

M. PoNCBT. Mes prédécesseurs, messieurs, faisaient des recettes brillantes à Tivoli. Mais voilà précisément en quoi vous reconnaîtrez leur peu de capacité. (Sensation,) Le beau mérite, en effet, de faire fortune avec un jardin délicieux, qui réu-

nit tous les éléments de plaisir, et oii, comme disait Voltaire :

Sans sortir de la ville, on trouve la campagne.

M. Matrimonium dibulafot. Vous vous trompez, c'est Rousseau qui a dit cela. (Rires.)

M. Kebnen. Vous êtes dans l'erreur, c'est M. de Lamartine qui Ta dit. {Explosion d'hilarité.)

M. GiLLOT. Je demande la parole.

M. Kebnen. Troun dé Diou, laissez continuer l'orateur.

M. GiLLOT. Je cède mon tour à M. Poncet.

M. PoNCBT. Le beau mérite, dis-je, de faire de l'argent avec un parc aussi admirable! Le beau mérite d'attirer la foule vers ces frais ombrages, ces massifs de fleurs et ces ravissantes pelouses! Moi, j*ambitionne une autre gloire. {Ecoute%,) Moi, je mé fais fort d'exploiter Tivoli de mille manières, et de n'y attirer personne ! [Marques d'étonnemerU.) Cela vous étonne, messieurs? eh bien! votre étonnement m'étonne. Il parait que je n'ai pas l'honneuc

i^H vu MILLION

d*étre <^nnu de toms; sachez que ]e fatfs tout pour la gloire et rien poui* la ftpéculation:

L'or n'est pas fait pour moi, je n'en ai pas besoin

Voit. Bra90.

M. PoNCBT. D'ailleurs, la fortune ne fait pas le bonheur.

Vf. BE Balzac, l'ai vu ce mot quelque part.

M. KsitNttN. Il est de M. de La Palisse.

M. PoNc«T. Vous appartenez tous , messieurs, plus ou moins, au commerce et à la garde nationale. Vous deveï donc ayoir ▼u avec un vif intérêt les brillantes fêtes que je dédie depuis quatre ans H la garde nationale et au commerce, quelque temps qu'il fasse. (Oui ! oui !}

M. Kbrksn. Ze me plais à rendre Justice à l'orateur. Z'ai rencontré dernièrement, au zardin de Tivoli, un serzent de Toltizur du 110« baUillon.

M. PoifCBT. Maintenant, messieurs, voulez-vous avoir un échantillon de mes rè* clames? (Oin\ ont! Nùn\ Assnl)

DE BOCFFONPieilIBS. 185

M. Kernen. Silence, messieurs ! écoutez le petit éçantillon du candidat.

M. PonCbt. Voici ma dernière réclame :

« Tivoli n*a plus, dit-on, que quelques mois à exister ; Ih marteau du maçon va transformer ses beaut massifs de fleurs et ses pelouses en un vâste chantier de pierres; ce sera une perte pour les Parisiens, attendu que c*était le seul jardin de Paria, etc. >»

Une voix. Et les Tuiierie$t

Une AutiiE VOIX. Et le Luxembourg?

Une tftotsiÈiis voix. Et le Palais-Royal?

Une QOAf mftVE votx. Et le Jardin-des- Planter?

Une ctNOtiÉtfE VOIX. Et le jardin Turc? (Rites.)

M. PoncEt : Ils sont devant mes yéuâe comme s^ils n'existaient pas,

M. DE Balzac. J'ai vu ce vers là quelque part.

M. Reenen. Il est de Çàteaubriand. .

M. Poucet, vous êtes un grand homme et très habile directeur. Nous vous recevons avec enthousiasme dans notre illustre société. (Triple salve d'applaudissements.)

M. PoNCBT. Messieurs, il est des moments dans la vie qu'on n'oublie jamais : il en est d'autres dont on ne se souvient plus.

M. LB DOCTEUR Bbllbuil. Très-bieu !

M. PoNCBT. Parmi les moments que je n'oublierai jamais , je range , sans contredit, celui oU j'ai eu l'honneur de me présenter devant la docte assemblée des puffistes. Oui! Messieurs, je vous vénère et vous respecte. [M. Kemen s'incline,) Je vous admire et me prosterne devant vous ( M, Kemen salue une seconde fois. ) , car vous ne vous doutez pas des ineffables bienfaits que vous répandez sur la France en particulier et sur le monde en général. C'est ainsi que le duc de Wurtemberg , en inventant l'imprimerie , ne se doutait pas des immenses services qu'il rendait à la presse. {Bravos prolongés.)

M. Kernbn. Ze vous propose , messiurs, de faire tirer à â,000 ezemplaires l'éloquent discours que vous venez d'entendre.

M. GiLLOT. Je demande la parole.

M. Kernbn. Bagassel avec ce Zillot, c'est toujours la même çanson.

La séance est levée.

Majonnaltio de Pullii.

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