‹ Un million de bouffonneries, ou, Le blagorama françaisChapitre 32 sur 63 · AVENIR ASSURÉ · texte numérisé non relu

AVENIR ASSURÉ

je suis sûr de ce que j'avance : les rhinocéros me donneront raison en assurant l'avenir des actionnaires émigrants qui cultiveront les 40,00() acres de terre avec lesquels j'ai bien l'honneur de vous saluer. (M. Mirtm prend sa canne et son chapeau.) M. Kernen. Un moment ! Ne t'en va pas»

UE BOUFFON NEHl ES. 221

mon cer, sans que ze t'aie ivresse sur moo cur !

M. Mlron. Pressez-moi, et que icela finisse.

M. Kernen donne i'accolade fraternelle à M. Miron , et le proclame puffiste au premier cbef.

M. GiLLOT. Je demande la parole.

M. KsRNBiff»Gillot^ lu es un noble coMir. Mais ze te la refuse. Ze suis trop ému en ce moment; les 40,000 acres de Miron pèsent sur ma poitrine ; les femmes et les rhinocéros du Tennessee font palpiter mon cur k en foire casseï* mes bretelles ; c'est trop d'émotions en un seul zour ; mais ze le répète : Tu es un noble roew , et ze lèf e la séance.

il la graine de moutarile*

TRDlTE'UmtME S(II»CI.

M. Kernen sous les habits d'un marchand •de briquets phospboriques qui cache son rang, arrive à la séance en criant :

« AllumeUes chimiques! un sou et deux sous la boite ! »

Voix NOMBaBusBS. Oh! nous vous reconnaissons, yons êtes le frère Kernen.

M. Kbrnen. Bagûsse ! mais tous me reconnattrez donc touzours? alors ce n*est pas la peine que ze cerce à vous intriguer ; z'ouvre la séance.

M. Grassot. Je demande la parole pour M. Gillot.

M. Kbrnkn. Ze désire qu'il la demande lui-même.

Mv Gillot. Eh bien, je me risque. Je demande la parole.

M. Kbrnen. Ze te trouve bien osé, troun de Diéou ! ze te la donnerai la veille de Noël pour faire le réveillon.

M. Gillot. Kemen , vous réveillez ma fierté ; je renonce provisoirement à la parole, je la lègue à mes héritiers qui vengeront ma mémoire. {Sensation.)

M. Kbrnbn Mes pichouns, mes céris, un habitué des zournaux malsains, il va venir se faire couronner puffiste. Z'appelle votre attention sur la binette du néophyte.

L'huissier introduit un monsieur à l'air souffreteux. Ce néophyte malingre, suffisamment vacciné, vient prendre place dans

rbémicycle. (Les regards ne se portent pas sur lui.)

M. Kbrnen. Bonzour, moun pichoun, quelle est votre profession ?

M. Ddtitibr, ex chapeau-chinois dans la cinquième légion, aujourd'hui marchand de moutarde blanche ; ma réputation est établie non seulement en France, mais encore à la Tafna. {Bravos prolongés.)

M. Kbrnen. Avez- vous fait de bonnes études ?

M. DuviYiBR. Suffisantes. J'avais dès mon jeune âge d'heureuses dispositions pour me faire frolteur, mais la déchéance de l'empereur changea ma destinée ; j'eus comme lui mon Waterloo : il était écrit là-haut que je devais vendre un jour de la graine de...

M- Kbrnen. Acevez!

M. DuviTiBR. Moutarde. (Rires.)

M. Kbrnen; Et vous n'êtes pas décoré!

M. DuTiTiBR. Hélas! non! j'aurais pu être criblé de médailles d'honneur par une infinité de sociétés savantes.

M. Kbrnen. Eh malheureux! pourquoi n'êtes-vous pas criblé ?

M.UayiTiBR. Hélas l les sociétés. sairaaies. lie l'oDt pas voulu. (Hilarité,)

M. Kernen. Avez-vous voyagé? mon cer Duvivier.

M. Duvivier avec feu.

Depuis longtemps j*ai parcouru le monde, et Ton m'a vu de toutes parts, adorant fa brune et la blonde, les comblant d*amour et d'égards.

M. Kernen. Ah ! couquinas I vous vous rappelez vos aimables folies de zadis ; cottquinas, vous aimez touzours. z'espère, le plus bel insecte du zenre humain ?

M. thJviTiBR. Moutarde, moncberKernen, moutarde après dîner, maintenant...

M. Kbknen. Bagasse! vous ne les combles àtme plus d'amour et d'égards ?

M. DuviviBR. Maintenant, quand je urapprocbe d'elles pour les combler, {-[{es nrappeilent vieux portier!

M. Kbrnbn. Lou troun de Dioul mais laissons-la les femmes et les Oujs. Voulezvous être courooné puftiste honoraire t

M. Duvivier avec amour et volubililé. Si je le veux, insidieux vieillard 1... Mais c'est demander à deux colombes si elles ne veulent plus d'amour, à un roi s'il ne vent plus

DB MOUVfWNKIAlES. 225

rûgfMr, k iM ^rin $'U «e vaut plus œan- 4l[er Ob! qu'oui! qiw'oui! qo*oui! (M.I>Ufivjer Imite ^ ^^rin.) Qu'oui ! qu'oui ! qu'ouj ! je ?eux éire couronné par toi, éUreii^^ p^r loi, embr^s&é jpar loi. (Bravos prolongés.)

U KER^iff. Ze trouve que tu t'éçauJOEes trop, moun pickoun.

M. DuviviER exaspéré. Qu'est-ce que cela me fait? je /m'ordonnerai de la moutarde pour me rafraîchir.

M. Kernsn. Moi ze t'ordonne de te taire. Voyons, mon cer, lis à ces messieurs tes certificats, tes déclarations et tas annon^ïes. If. DcjviyiEE. D'ai>ord, u^essÀejurs, ^cl^ez que la 6EAIKB DP jiooTAROE €st de la ^mille des crucifères, famille recommandable par ses vertus et que je recommande aux personnes qui ont un mauvais sang.

M. KEajfEN. Alors, vous ne vous adressez p^s aux pe^soujoies de bon sens ? (Rires.)

M. DoviviKR. Kerneji, ce calembour peut être très-spirituel, mais il est indigne d'un homme établi.

M. Kbrn^.. C'est viai, ze ni^amuse à la moutarde. Continuez, mou cer.

M. DuvivJER. J'ai rejioucéàplacardersur

mes carreaux les certificats qœ je fals^s... donner sur l'efficacité de ma graine ; je me con lente de faire insérer dans les journaux cachalots les vertus de la crucifère ci-dessus. Voici quehques-unes des attestations des personnes qui sont censées en aToir fait usage. (Écoutons ! écoutons !)

ATTESTATION DE M«e ANDOUILLARD.

Je déclare que depuis que je prendsde la graine de moutarde Ouvivier, mesviolenies douleurs et mes échauffements ont cessé.

Signé, femme Andou illard.

M. DuYiviBR. Ainsi, vous voyez, messieurs, que les douleurs et les échauffements de Mxn^ Andouillard ont cessé.

M. DcviviER , lisant, I^. S. Veuillez m'en envoyer pour toute ma famille.

M. Grassot. Des douleurs?

M. Rbrnbn. EIi non , des éçauffeinents.

(Rires.)

DE BOtirPONNBRlCS. 227

M. DuTlviBR. Non, insidieux vleifTaid^ de la moutarde.

Voici une attestation d'un voyageur :

ATTESTATION DE M. GOBINARD.

Pour rendre hommage à la vérité, je déclare que dans llnde où j'ai voyagé, on paie jusqu'à 10 fr. le grain de mouUrde; en sorte que les Indiens paient un bain de pieds jusqu^à l,»iOfr.; heureusement qoe les Indiens ne prennent jamais de bains de pieds. (Hilarité générale,)

M. Kbrnen. Moi, ze ne prends zamaisde bains de pieds... que quand le vas au café. Mais ze ne suis pas ici pour faire de Tesprit. Continue, moun pichoun. Permets-moi de te tutoyer, ze t'en témoignerai ma réconnaissance en sortant.

M. DuTiTiER , saluant. Cette proposition me flatte, tutoyons-nou«.

M. Kebnen. Ze le veux bien. Ze voudrais dézà être à la fin de la séance pour te témoigner ma reconnaissance. Voyons, hV nous tes cures merveilleuses.

M. DiTVlviKR. Je vais les lire.

228 UN MtlXlON

M. GiLLQT. Je les entoure d'^v^c^ do mon suffrage unanime.

M. DuYiTiBR. M. Gobinard ay^it depuis longtemps des engelures, indice certain d'un sang ofaaud.

M. Kernen. J'adore ton sang-froid {Hilafité.) Continue, mon cer Don QuiçoUc,*. te me trompe, mon cer Duvivier.

M. JDuyivjEa, continuant, Jii p^'it de ma graine. Il lui vint une Quxion à la joue gauche; il prit de ma graine- —Elle se reporta ià la joue droite; M. Go]bin;jUfd reprit de ma graine. — Il eut de violientes coUques; il prit de ma graine. ->- Une esquinancie se déclara; il prit de ma graine...

M. Kkrnen. Troun de l'air! quelle pratique !

M. DcviviER. E^ccellente. Remarquez , messieurs, que ma graine cherchait la maladie qui se cachait dès le principe sous la forme d'une engelure. Mais la maladie, qui s'aperçut qu'elle était traquée par ma moutarde, se transforma; voilà pourquoi Tengeluie disparut. Heureusement que ma anoutardo es4 fine comme Gribouille el

I)E B0UPF0M<IER1ES. 2Ô9

qB*elle frSippe (a malacfie au cœar en y portant le remède.

M. Kbrnen. De sorte que ta moutarde et la maladre de M. Goblnard jouaient à cligne-musette ? (Rires.)

M. DuviviER. Oui, mon vieux. Ma moutarde avait juré t|tt'eUe emporterait le mal. Par malheur, le mal avait emporté le malade avant mon arrivée. {Attendrissement au banc des dames.)

M. Duvivier est lui-môme tellement ému de ce récit qu'il demande la Marseillaise,

M. Kbrnen La Marseillaise, rmaun pichmn^ c'est de la moutarde après-diner; pass(!-moi l'expression, le mot, il est de Cftleaubriànd. {Hilarité.) Tant que z'aur*! l'honneur de vous présider on ne çanterapas la Marseillaise dans cette enceinte; continue, z ai mes raisons.

M OuTivfÈR. Kemen, jurez -moi qu'avaftt de quitter cette assemblée, vous me témoignerez la reconnaissance que vous m'avez promise .

M. Kbrnen. %e te le zure.

M. 1)0 VIVIER, vonfinuant. Un enftfnt de

•quatre aus avait une maladie incurable; ^ c'était on enfant gâté...

M. Kbrnbn. Gomment, g&té?

M. DuTiTiBB. Gâté par ses parents, qui parvinrent cependant à lui faire prendre 4e la graine de moutarde tant et tant qu'il fut guéri radicalement. Mais il parait que les jours de cet enfant étaient marqués dans le ciel, car Dieu le rappela à lui le S du mois dernier, à Tàge de quatre ans et «ix jours. (Hilarité.)

M. Kkrnbn. Lou troun de Diéou! ze n'en jreviens pas.

M .DuviviBR.Mes maladesn'en reviennent f as non plus... tant ma moutarde est souveraine. (Hilarité générale.)

M. Kbrnbn. Gomment prend-on cette moutarde, mounpichoun?

M. DuYiviBR. On la prend dans une cuillère. (Riret.)

M. Kbrnbn Que tu es Estancelin, mon 4%r 1 Je te demande comment, par où on ia prend ?

M. DuTiviER.Ah ! je comprends. Quelques personnes la prennent par la bouche, d'au- Ins par le net.

DB ROVrPONH BRIES. 231

M. Kbenbn. Je nue doutais bien que tu finirais par me parler du nés. Va t'asseoir, mon bonhomme; ze t*ai assez entendu pour te zuzer toi et ta graine. Viens que ze te témoigne ma reconnaissance; ze te Tai promis, ze tiens ma parole...

M. GiixoT. Je demande la parole.

M. Kbrnbn. Tu vois bien, Ziltot, que ze suis en train de témoigner ma reconnaissance. (M.Kemen allonge plusieurs coups de pied à M. Duvivier.)

Le néophyte reçoit de M. Kernen, en quittant la salle, de nombreuses marques de reccMinaissance, comme ci-dessus.

La séance est levée

Les ealifonalcHltears l»els«»-

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