TRENTIÈME SÉANCE
M. Kernen, le président vénéré de la Société blagoiogique instituée pour Tembrassement général des blagueurs de France, charlatans, pufHstes, etc., etc., arrive à la séance avec son fidèle Achate. M. Gillot, pharmacien.
Le directeur du journal des enrhumés,.
le Constitutionnel, est présent, M. Féron, rinventeur. le propagateur et le claqueur actuel de l'afTreusepâf e Régnault, est assisté de tous les gens composant la société Magnien, ornés de leurs journaux malsains.
Le sieur Amand Burton , rédacteur des réclames Cuthbert, donne le bras îi M.Emile Perryer, chauffeur de la locomitive des annonces dites GRRRRANDE industrie , qui s*ébattent au détriment des petites annonces industrielles dans les trois journaux monstres.
M. Remen déclare la séance ouverte.
M. Girardeau, médecin commanditaire
4e. la pharmacie Mi que; M. Fayart-Blays , marchand de papiers dits hygiéniques; V. Mielleux , médecin, et plusieurs apothicaires dont nous tairons provisoirement le nom, entrent et se placent dans Thémicycle, vis à vis le père Kernen.
M. Kernen 0 vous, tas de pharmaciens, mes pichouns , qui travaillez plus ou moins sans consulter le Codex ^ soyez les bienvenus. Ze voulais recevoir auzourd'hui parmi nous plusieurs nouveaux pharmaciens, sous le titre de puflistes délégués, car quelques «uns de vos confrères se livrent à des polkas pharmaceutiques qui sont du ressort de la Société des pufûstes , mais ce sera à un 4iutre zour. Asseyez- vous donc et taisezvous. Puissiez- vous entendre Vappel fait aux cultivateurs par un monsieur qui fut blond , — dit l'histoire , — et partir avec lui dans I'Etat du Tennessee pour soigner les pommes de terre et les betteraves malades des Etats-Unib de l'Amérique du :Nord , dont il fait l'ornement.
M. GiRARDEAU. Eh quoi ! vous voulez , Kernen , que Paris soit privé de mes phar jnaciens ?
BE BOUPPONNBRIBS. 215
M. Kmrnbn. Oui, moBcer, de ceux qui désormais feront des annonces dans les zournaux pharmaceutiques de Mimi Féron.
M. GiLLOT. Je demande la parole.
M. Kbrnbn. Gillot, tu es un noble cœur! sois tranquille , tu ne seras pas compris dans l'expulsion que ze rêve. Tu resteras ici pour mes besoins personnels.
M. GiLLOT. Comptez sur moi , K»Tnen, pour vous je donnerais mon sang , ma vie , et mes fausses dents osanores.
M. Kbrnbn. Gillot, tu es un noble cœur!
M. GiLLOT. Puisque vous y êtes, donnezmoi la parole.
M. Kbrnbn. Impossible , moun pkkoun , le néophyte est là qui attend. Tu Taurat après lui.
( L'huissier Letonné introduit le néophyte, dont les Jambes louchent affreusement. Le genou de l'Hercule-Famèse n'est pas plus pur que le front de cet homme ; le plus léger duvet ne vient trahir rincognito de ses cheveux, la pommade de chameau a passé par-là : le coiffeur Hubert l'a entièrement guéri — de ses cheveux.)
M. Kbrnen. Quel est tOB nom, moun pichoun?
Le ÉNÉOPfiYTB. Dans les EtaU-Unis , on me nomme Miron.
M. SjMtHEN. Et en France?
Lk NÉopaTTB. Miron , comme aux Etats- Unis. {Rires.)
M. Kei^nbn. Bagasse!
M. Miron. Voici mon annonce et inon plan:
AppKL m mwhTfm
Et k toas ceax qni vealeni se créer on atenir astavé, etflenisatiOB et mise en culture <le 40,000 aères 4e lerre dans l'état do TENNESSEE (AmériqM da Nord).
Je fais appel aux émigrants français ; et ie promets, moyennant 3,000 francs, de donner k chacun :
Une maison en bois 300 fr.
Une paire de bœufs de labour. 1.H0 Six vaches «00
A reporter 650
DE BOUFFONNBRieS. 217
Report 6ÎM)
Un cbeval 150
Volailles 24
Instruments et outils 250
Une charrette 200
Cent pieds d'arbres fruitiers. 100
Tùtaà 1,404 fr.
Et un al>onnement au Journal des Débats. (Hilarité.)
M. Kernbn. Lou troun dé Diou ! mais ça ne faH pas 3,000 francs ?
M. MiROR. Attendez, fieillard: Avec rexcédant de ces i ,404 francs, je leur procure des terres divisées en lots de 100 acres , pour 2,000 francs, soit 20 francs l'acre. N'importe ce que le cultivateur y plantera ( dit mon annonce) , un boisseau produira 70 à 80 BOISSEAUX POUR UN. [Sensation.) En sorte que si l'on sème une plante ou une graine quelconque , on en retirera 80 boisseaux.
M. Blats, pharmacien. Dans vos acres de terre la graine de niais y viendrait-elle ?
M. MiRON. Venez-y et vous le verrez.
218 UN MILUON
M. Kbrnbn. Mounpichoun, ne te laisse pas influencer par les interruptions : continue, Miron.
M. Miron. Ces 40,000 acres de terre sont en friche ; je demande des hommes et des femmes pour les cultiver, sous la protection du président actuel des Etats-Unis, M. Polk, le célèbre inTenteur de la polka. (Hilarité.)
M. GiLLOT. Alors, M. Miron, toutes tos terres sont en nacre ?
M. Kernen. Gillot, z'escuse cette niaiserie en faveur de la beauté de ton âme. Il ne z*azit pas de nacre de perle , mais d'une terre qui est la perle des terres, parcequ'elle est plus acre que celle de France.
M. MiaoN. Monsieur Kernen , vous dites aussi une niaiserie ; l'acre est une mesure.
M. Kernen. Mesure tes paroles, trounde l'air !
M. Miron. Les terrains sont accidentés.
M. Kernen. Bagasse! à quelle heure assassine-t-on donc dans ce pays accidenté , mounpichoun?
M. Miron. Régulièrement de onze à quatre heures. (Rires,)
M. Kbrnbn. Les femmes elles sont-ellessauvazes dansée pays, mounpichoun?
M. MiRON. Beaucoup moins que dans la rue Bréda, monsieur; elles y sont ordinairement fort peu mariées; d*où il résulte qu*ii y a grand nombre d*enfants irréguliers, parce que le père reste toujours inconnu. (Sensation.) Les hommes de ce pays ont ordinairement plus de pudeur que de caleçons; et dès leur plus bas âge, les enfants vagabondent dans les plaines humides et autres malpropretés pittoresques de ce délicieux pays. {Hilarité,) Ceci soit dit entre nous, bien entendu.
M. Kernen. Ta confiance elle noushonore, moun pichoun. Mais dis-moi , mon cer ; les femmes sont-elles lézèrement vêtues ?
M. MiRON. Elles sont très légèrement habillées. Elles se déshabillent très facilement. {Vive émotion.)
M. Kbrnen. Lou trounde Diéou! ze me sens
tout guilleret! ze crois que ze razeu-
nis , bagasse ! M iron, z'ai bien envie d'aller en Tennessee.
M. MinoN. Pour cultiver les terres?
M. Kern«n- Oh! non!.,. Mais pour cul-
tiver les femmes effrontées de ces contrées lointaines. Ze veux courir avec elles sous cette zone torride, après les zolis papillons de nuits ... Car il y a dans ce pays des papillons... n'est-ce pas, moun pichoun?
M. MiRON. Des papillons? il y en a fort peu ; mais, en revanche, il y a de nombreux rhinocéros avec lesquels il vous sera facile de hurler. {Rires.)
M. Kernen. Bagasse ! Wiron, as-tu la prétention d'envenimer ma vie?
M. MiRON. Hélas! pourquoi pas?
M. Kernen. Troun dé Diéou!
M. MiRON. Si vous êtes assex actionnaire pour aller dans ce pays, cela vous regarde. Quand je mets dans nos annonces -.
• A tous ceux qui veulent se créer un