CINQUANTE-UNIÈME SÉANCE
L'affluence est considérable aux abords •du local des séances. M. Barentin, armé d'un cornouiller, est obligé de faire une rose couverte pour proléger l'entrée du vénérable président de l'assemblée.
M. Kernen, en costume de berger, une boulette à la main, arrive à son fauteuil et annonce que la séance est ouverte, et qu'il vend des baricots des princes.
M. GiLLOT. Je demande la oarole pour M Hubert.
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M. HoBBRt, avec digrdté. Qoéqu* j'en fhils?
M. GiLLOT. Vous mêla prêteriez. (Hires,)
M. Kbrnbn. Vous ne Tanrez fii Tun ni l'aulre, bagasse !
En ce moment, une vingtaine de personnes des deux sexes se présentent au nom de V Académie de VIndustriet et demandent l'insigne honneur d*étre reçues puffites-faonoraires; M. Kernen incline sa houlette en signe d'assentiment.
M. Kernen. Messieurs, ze vais vous foire un discours -. Zamais ! au grand zamais ! mon petit cur il n'a tressailli de zoie comme tu zour d*auzourd*bui , que ze possède dans notre sein des brebis égarées du bercail que z'ai l'honneur dé présider , et qui s'étaient glissées dans une Académie rivale de la nôtre... Mon œil scrutateur les avait dézà guignées, et zé mé disais avec cette éloqnence qui me caractérise : Troun de Diéou ! aquo puo pa dura, lé pichouns puffistes, quand ils s'embêteront auprès de mon confrère Eléazar Boreau , ils viendront auprès du père Kernen pour se faire couronner, troun de l'air ! (SensatUm.)
dM DN HILLHMI
. Unb voix dam l'auditoire. Monsieur le président , j*éprouve le besoin d*être couronné par vous sar-le-cliamp.
M. KsRNEN. Qui êtes- vous, trotin de Diéùuî pour oser m*interpeUer de la sorte?
La mêmb toix. Je m'appelle Régnier, je suis parfumeur et marchand d'ours du Nord; mon père Tétait aussi— parfumeur:
— Je le distille — l'ours, — et j'en fais des pots comme mon père— de Tours — pour faire pousser les cheveux aux personnes qui sont au moment de partir pour la campagne (ainsi que je l'indique dans mes annonces. {Hilarité.)
M. Kernbn, ricanant. Ze n'y puis plus tenir, zé n'y puis plus tenir, zé vais vous rendre une zustice éclatante, troun dé l'air! (Ecoutonsl écoutons\) Un zour que ma femme de ménage elle avait balayé ma boutique oii ze vends des haricots des princes sans inconvénient^ ze m'aperçois que les crins de mon balai ils avaient plus d'une demi-aune dé long. {Rires) Zé m'informe près de ma femme de ménaze, et z'apprends que la malheureuse fenune elle avait renversé par terre un pot de graisse
d*ours du Nord de M. Régnier, et que des crins d'une démi-aune ils avaient poussé en une demi-lieure à mon balai. {Hilarité générale.)
M. Hubert. Monsieur le président, j'éprouve le besoin de faire un calembour.
M. Kbrnbn. C'est un calembour sur le Balai â^or de votre théâtre, troun dé Dieoul il est bien mauvais.
M. HuBBRT. Monsieur, je sais bien que le Balai (Tor est embêtant, mais mon calembour est très spirituel ; j'en ai fait deux vers que voici :
Pour avoir des cheveux, messieurs, ii faut daigner Oser porter perruque, ou sa tète à Régnier.
De nombreux siftlets accueillent ces deux vers de M. Hubert.
M. Kernen. Messieurs, vous n'êtes pas ici au Vaudeville, pour siffler de la sorte, troun dé Dieoul M. Hubert il a droit à vos égards. Si le Balai d'or, qu on siffle tous les soirs à son théâtre ne fait pas d'arzent, ce n'est pas une raison pour siffler ses vers, qui sont très mauvais, et qu'il ne vous
yend pas. Ze le répète, bagassel M. Hubert il a droit, cez nons, à des égards 4fa'il B'attend pas cez lui. (Sensation.)
M. GiLLOT Je demande la parole.
M. Kernen. Ze vous l'accorde, à condition qu'un autre vous Votera.
M. CoTTARD. Nous désirons connaître les titres des puffistes de V Académie de r Industrie. [Appuyé.)
M. Pichet, serrurier. Je demaude la parole; je crois avoir des titres plus que suffisants.
M. Kérnen. Allons, voyons, mon petit Picet. dépéccz-vous dé narrer; zé vous ouvre mon cur et mes oreilles aussi facilement qu on ouvre vos serrures.
Voyons, on dit qu'à V Académie de lln^ dustrie vous distribuez des broçures roses qui sont très dr61es et très espirituelles, troun dé Vairi
M. PicHBT. Mossieu, votre bienveillance m'honore.— J'aime peu les voleurs, et ils le savent bien, les gredins. — Aussi, pour les humilier, j'ai Jugé à propos de mettre •en forme d'épitapbe sur la couverture de
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mes brochures, ce& mots providentiel».* (Rires,)
LES VOLEURS APPRENNENT A MAL PAIRE PAR UN REDOUTABLE ENSEIGNEMENT MUTUEL,