RUE DE BU8SI ET BOCLEVART DES ITALIENS
« En voyant le CARÊME arriver, (Rir^es.) nous nous empressons d'annoncer Varrit\ée de nos huiles surfines de la récolte noti^. veile. » (Explosion d'hilarité.) i
M« 4CBANBN. Vos rires ils sont iodéoents. Zé continue ma lecture :
« Les succulents pâtés de thon truffés et à crotUes fondantes qui nous viennent d'AR- RiTfS, ne sont pas venus seuls cette année : Hs sont accompagnés de tous les poissons •de Uuie pêcbés dans la Méditerranée. »
M. Barentin. Vendez- vous ajussi des ^poissons d'avril?
\M. Kbrnbn. Bagasse! que ce Barentin il est^' taquin ! Apprenez , mon cer, que les poissfOf^ d'avril né voient pas lé zour dans la M étriller ranée ; on les gobe le soir quand on pa»j?e pour voir vos pièces au Zymnase, tribun de Vair !
I'^lcsiburs voix. Attrape, Barentin.
jl/â. Kbrnbn. Messiurs, écoutez la fin dé cet^ annonce qui s'adresse aux personnes qtii>^ font maigre pendant la semaine sainte : ,\ Voici encore la Doradb, le plat de poi B>en le plus exquis^ qui n*était jamais eu tré dans Paris, et pour lequel Louis XV , pt !r une ordonnance royale, accorda une pr imede 9,000fr. à celui qui en introduirait a<De fraîche à Paris. » {Hilarité générale.) : M. Barbntin. Je ne connais pas du tout
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mon Idstoire ; mais je puis affirmer que je n*ai jamais entendu parler de cette ordonnance royater
M. Kbrnen, en colère. Monsieur Barentin, l'infortuné Louis XV est tombé malade aa tnoment où il avait Tintention de la faire inscrire au Bulletin dbs lois, troun de l'air ! et zé n'hésite pas à croire que l'infortuné Louis XV né mé contredirait pas s*il pourait- revenir en ce monde, et qu*il me compterait les 9,000 francs de prime.
{Hilanté.)
Une toix. Quelle gasconnade !
M. Kbrnen. Eh bien ! messieurs , c'est vrai ; z*avoue que c'est une gasconnade ; z*avoue que Louis XV n'a zamais rendu cette ordonnance royale; mais z'avoue aussi qu'il aurait pu la rendre, troun dé Diéou ! [Etonnement général.)
M. LB D' DuTiYiBR. Mais, alors pourquoi avez-vous fourré cette gasconnade dans votre réclame?
M. Kbrnen Parce que ze mé suis dit: si zé ne blague pas un peu ze n'aurai pas raird*étre Provençal. Lé public, qu'il est naturellement béte. 11 acetera une dorabu
si ze lui dis que Louis XV il aurait donné 9,000 fr. de prime pour en manger ; voilà la çose. {Vive approbation.)
M. Bàrbntin. Je croyais que la Dorade était un bateau à vapeur ?
M. Kbrnbn. Bagasse! Z*invite le secrétaire à aller cercer la garde pour mettre M. Barentin à la porte. Mon cer Crinoline, vous avez la parole.
M. Crinoline. Une jeune fille aux yeux noirs vint me trouver un jour et me dit qu'elle désirait plusieurs genres de sousjupes qui pussent s'adapter en tournure, s'attacher et se détacher au besoin : de ces sous-jupes enfin dont la flexibilité pût régulariser gracieusement les contours de ses lobes, sans qu'elles perdissent pour cela les multiples ondulations de leurs draperies. La jeune fille aux yeux noirs ne tenait pas à leur durée de cinq ans ; elle voulait se rendre méconnaissable aux yeux de ceux qui la chérissaient depuis sa tendre enfance. {Mouvement.) Je me mis à l'œuvre, et j'inventai quatre nouveaux genres de sous-jupes ébouriffantes et élastiques, que je désignai ainsi : \o Sous-jupes bien atta-
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chées par uu cordon de taille ; ^ Sousjupes fort détachées et pouvant, au besoin, se porter sous les bras; 3° i:ous-jupes> continues, faisant le tour du corps, 4» Sous' jupes de sûreté , à l'usage de la foule.
M.Kbrnen. Z'invite M. Crinoline à s'abstenir de parler politique , ou je lève la séance, troun de l'air !
M. Barbntin. m. Crinoline veut sans doute nous fortifier dans notre opinion sur lui.
M. Kbrnbn. Ze n'y puis plus teni. Aqua paou pa dura. Continuez, mon cer et savant Crinoline.
M. Crinolinb. Les automates de Maelzel m'empêchaient de dormir; je révais de Vaucanson ; je désirais, comme lui, laisser à rbistoiru un nom illustre ; comme lui je veux être regretté de tous ceux qui m'ont connu. (L'orateur paraît visiblement ému,) Aussi, pour faire parler de moi après ma mort, j'imaginai de faire parler mes sousjupes pendant ma vie. (Eionnement général.) J'inventai les Sous-jupbs db surbté, autrement dit : Porte-respect.
M. Kbrnbn. A quoi peut-on reconnaître
qu'une dame porte une sous-jupes de sûreté?
Grinolinb. Aux contours de sa taille, à la rondeur de ses formes. {Sensation.)
M. Kbrnbn. Que manquait- il 2) vos anciennes sousjupes?
M. Crinolinb. Il ne leur manquait que la parole. Je la leur ai donnée.
M. GiLLOT. Alors, je demande la parole. (Rires.)
M. Kbrnbn. La parole elle est aux souszupes de M. Crinoline. Gontinuez, mon cer, espliquez-nous pourquoi vous leur avez donné la parole. Né craignez vous pas que Ton né s'entende plus si la sous-zupe elle parle en même temps que la dame qui la portera, zune imprudent ?
M. Grinolinb. Ne craignez pas cela, monsieur le président ; la jeune fille candide et pure, au bras de son père, écoule et parle peu ; la Temme au bras de son mari, s*ennuie et ne parle pas ; si l'un et l'autre s'endorment dans leur sécurité , il faut quelqu'un qui veille sur elles dans la foule, au théâtre.
M. Kbrnbn. Zé né comprends pas.
M. Grinolinb. Je vais m'expUquer. Je
suppose qu*uD mari, pris dans l'honorable société qui m*écoute, conduise sa femme au speclacle de la Porte-Sain t-Martin, que là , en sortant, un malotru, un impertinent cherche à presser sa jolie taille, à votre nez , à votre barbe ; que direz-vous si la sous-jupe, sentinelle avancée de son honneur et du vôtre, ne vous prévient de cette tentative téméraire? {Sensation prolongée,)
M. Kbrnbn. Que dira la sous-jupe, alors?
M. Crinoline. Elle ne dira qu'un mot, un seul; la sous-jupe criera: Po„. polisson !
M. Kernen envoie des baisers à M. Crinoline ; tous les membres sont dans une jubilation difficile à décrire.
M. Crinoline. Ce n'est pas tout, mes-
' sieurs , j'ai des sous-jupes qui sont plus
compliquées encore, et qui appellent un
sergent de ville quand l'occasion devient
pressante. (Admiration prolongée,)
M. Kernen, d'un air réfléchi :
Une femme se rit de sottises pareilles ,
Et zamais d*an mari n*en troable les oreilles.
Zé suis zaloux , mon cer Crinoline ; ven-
dez-moi une sous-zupe qui appelle un serzeni de ville. Ze lève la séance.
Un pea de toat.
QUARANTE-NEUVIÈiE SÉANCE.
Les membres de l'assemblée entrent en foule, ayant à leur tête leur vénérable président, qu'ils portent sur leurs épaules jusqu'à son fauteuil, ils arrivent de Versailles par le chemin de fer (rive gauche), dont le trajet a été fait en moins de sept jours vingt-huit minutes. (On se souvient que le coche d'Auxerre en mettait quinze pour arriver à sa destination.) Les honorables membres se réjouissent entre eux de l'invention des chemins de fer (rive gauche).
M. Kbrnen. Z'ouvre la séance et ze donne la parole à M. GilloL
M. GiLLOT. Enûn, j*ai donc la parole!...
M. Kernbn, vivement. Ze vous la coupe, parce que ze réflésis que ze vous la donnerai un autre zour, troun dé Diéou !
DE BODPPONNERIBS. 3^9
M. GiLLOT. Pourquoi alors me donnezvous la parole pour me la couper?
M. Kbrnbn. Parce que ze connais mes auteurs, troun dé Dieou ! Destouches Ta dit :
La parole safQl entre les zens d*honnear.
Vous êtes un homme d'honneur, monsieur Gillot; ze suis un homme d'honneur, ze vous donne la parole, ze vous la retire, parce qu'entre zens d'honneur la parole elle suffit, troun de Vairl (Hilarité,)
M. Gillot, avec noblesse. Je m'en plaindrai à mon gouvernement.
M. Kernen. Ze m'en fisse pas mal. (Rires.)
Un monsieur en cheveux blancs, le docteur Bremer, inventeur des caleçons hygiéniques, dépose sur le bureau du président la brochure qu'il vient de faire paraître sur les cheveux blancs^ et qui a pour titre : De r Alopécie f la Canitie et la Calvitie. Prix : 30 fr. le dacon. Le président accepte avec reconnaissance cette brochure, et la jette par la fenêtre.
Un second monsieur, en cheveux blon<ls exagérés, fait hommage à l'assemblée d'un volume beurre-frais , intitulé : Jacques
Cceur, par le baron Vincent Trouvé. Cet ouvrage, qui a reçu Vapprohation de plu^ sieurs cours étrangères, tombe dans la cour des séances, où il est précipité avec le plus grand enthousiasme par M. le président. Le docteur Bremer et le baron Trouvé s'inclinent en signe de reconnaissance.
M Kernbn. Messieurs les puftistes, notre respectable société elle a été instituée il y a plusieurs années, à l'instar de V Académie de V Industrie, dont l'anniversaire il tombe le 1er 2uin, dont les séances elles auront lieu dans l'oranzerie, et que les zournaux citeront...
M. GusTAVB Barbu, interrompant Les journaux ont une couleur quelconque ;.mais je ne connais pas de journaux citron.
{Rires,)
M. Kbrnbn. Monsieur Barbu, laisséz-moi acever ma phrase. Zé continue : ...et que les zournaux citeront pour rafralssir...
M. Barbntin, interrompant. Vous parlez comme un cheval, de limon.
M. Kbrnbn. Bagassel Laissez-moi donc acever, troun dé Diéoul ze recontinue : ...comme un cevalde limon pour rafraissir
DE BODFFONNBRIES. 351
ta mémoire des hommes... (HUarité,) Oh\ hu troun dé Diéou ! zé ne sais plus ce que ze dis ; ce Barbu, ce Barentin, me font dire un Us de bêtises qu'elles n'ont pas le sens commun. Ze rerecontinue : ...pourrafraissir les hommes de l'art.
M. G. Barbu. De kird ou de jambon? (Hilarité.)
M. Kernen. OM troan de Tatrî zé n'acéverai pas mon discours. (Satisfaction au centre.) Voyons, monsieur Crinoline, ditesmoi, en qualité de secrétaire, ce qu'il y a à Tordre du zour.
M. Crinoline. Monsieur le (Npésident, il y a une foule de choses. Les journaux dé 40et^ fr. regorgent de puffs depuis quelques jours ; la recrudescenee de la chaleur est au dessous de celle des puffs; on ne sait oii elle s'arrêtera, et je dois dire que depuis l'invention de la crinoline, dont j'ai su tirer un parti si avantageux pour le& sous-jupes...
M. Kbrnbn, continuant. Il n'y a pas eu de plus grand poffiste que vous. (Hilariiè prolongée.)
M. Crinoline, interrompant. Après vous, monsieur le président. (Rires.)
M. Kernbn, avec bonté. Continuez, mon petit Crinoline, ne nous façons pas, nous sommes deux puffistes de quarante coudées au dessus des plus hautes montagnes.
(Rires.)
M. Crinoline fils. Mon tendre père, ému jusqu'aux larmes de l'interpellation de M. le président, me charge de le remplacer dans ses fonctions. Parmi les puffs nombreux que nous aurons à examiner, il en est un surtout qui mérite toute notre attention; il «st extrait ûu journal de M. Emile de GirarJin, inventeur de son ami Fourmy et du Journal des Connaissances inutiles. Le voici :
« C'est a tort qu'on a fait courir le
BRUIT DU DÉPART DE M. ChEVREUX , TAILLEUR, POUR SAINT-PÉTERSBOURG; CE CÉLÈBRE TAILLEUR NE QUITTERA PAS
Paris. >
M. Rodolphe, tailleur. Der teuffel, ça m'est pien écal, il être plistôt lui qu'il a fait gourir ce pruit, crand blaguère. (Rires.)
ht B0t)FFONNBRiBS. 355
tous les membres, se levant en masse, déclarent qa*ilsn'out pas entendu parler du voyage de M. Gbevreux.
M. MATmiMONiUM DiEULAFOT. A moius que M. Glievreux veuille faire allusion an voyage qu*il a fait dans les bureaux où il a porté sa réclame.
Unb yoix. Très bien !
M. Kernen. Approcez, soli petit Ce* vreux que ze vous embrasse, que ze vous presse sur mon cur et que zé vous couronne.
M. Cbevreux, célèbre tailleur, dont personne n'avait annoncé le départ pour Saint- Pétersbourg, reçoit un baiser de M. Kcrncn et une pomme incuite d'un membre qui désiré garder l'anonyme.
La séance est levée.
Ë/tufseut par les fenétrca^
CINQUANTIÈME SÉARCt
Dès Touverture de la séance, M. Bernard- Latte , qui n'avait pas parlé depuis long-
354 QN lUUiON
ten^ dèBMode à soumettre une ^ealien impoptuite à M. le piésident Keraen.
M.XBRinEN. Parler.
M. Bbiinaiid latts. G*est une qeestioA qui est entièrement de la compétence de notre président, puisqu'il est i*inYenteur des haricots des princes.
M. Kbrnbn, impatienté. Parlez donc, troun de Diéou !
H. Bbrnard Lattb. Je désire savoir si le nouveau système concernant les poids et mesures s'étend aux petits pois. {Hilarité générale.)
M. Kbrnbn. Vaj( té faire lanlaire , bagasse!
M. Bbbji ARD Lattb. Je ne vous ai rien dit de désagréable, monsieur le président. j*ai besoin d*étre instruit, voilà tout. {L'hilarité redouble.) Je saisis cette occasion pour vous recommander mon année mcsicalb, 365 morceaux progressifs. {Hilarité progressive.)
M. Kbrnbn. Votre gaieté, mes cers collègues, elle m*afflize. Mai , zé né suis pas
dans mon assiette ordinaire Zé suis
préoccupé.
PLCSIXOB* MBUBABS , avec intérêt, Pau^ ▼re homme !
M. Kernbn. Oui, mes cers amis , ze suis triste et monroze.
M. Barentin. Du Théâtre-Français.
M. Kbrnbn. Piatt-ii?
M. Barbntin. Hein?
M Kbrnen. De quoi? Zé né sais pas ce que vous voulez , troun de l'air ! vous radotez. {Rires.) Zé suis triste et monroze.
M. Barentin. Monrose?
M. Kbrnen. Oui , z*ai peur que nous^ ayons une concurrence.
Pldsibcrs voix. Une concurrence I Laquelle ?
M. Kbrnbn, Z*ai remarqué une petite société dans le faubourg Saint-Zermain; ze vous en ai parlé l'autre zour.... L'Acacadémie de Tlndustrie.
M. Gustave Barbu. Celle qui tient ses* séances à l'Orangerie ?
M. Kbrnen, avec un profond soupir. Oui ! ze crains que plusieurs petits puffistes il& se soient glissés dans cette Académie;, mais zé les guette , et si zé vois quelque
356 vu MILLION
çose, 2e vous en iDrormerai la semaine pro' çaiiie. (Bravos.)
M. Emile Girardin, inventeur de son ami Fourmy et du Journal des Connaissances inutilesy demande la parole.
M. Kkrnbn. Allez , vous l'avez.
M. Emile «vIrardin, inventeur de son ami Fourmy et du Journal des ComuUS' sauces inutiles. Je dois vous signaler, messieurs, un événement dont j'ai été témoin celte semaine, dans la rue des Filies-Saint- Thomas. (Ecoutez ! écoutez !) I^ bruit s'était répandu depuis quelques jours que quelqu'un s'amusait tous les soirs, dans cette me , à jeter de l'argent par la fenêtre. Badaud de mon naturel, je me dirigeai lundi soir vers ladite rue , où je vis un attroupement considérable d'autres badauds , attirés comme moi par la rumeur publique. La maison signalée forme le derrière du VAunEviLLB né malin , et se trouve à deux pas des établissements renommés de deux de nos chers confrères.
(Sensation,) La foule grossissait à chaque instant, et tout le monde avait le nez en l'air ; on se perdait en conjectures
DE BOliFFONNEniES. 357
sur ce singulier événement, les uns prétendaient que c'était un actionnaire des mines de Saint-Bérain qui prodiguait au public le superflu de ses dividendes. (Oh! oh! moniieur Emile.) Les autres supposaient que c'était un échappé de la maison du docteur B***. Quelques assistants soupçonnaient M. Hubert, comme s'il avait de l'argent à jeter par la fenêtre... Bref, chacun bâtissait son système ; mais on ne vit pas tomber le moindre monaco; (ah! ah ! ) pas le moindre... alors les curieux désappointés, se dispersèrent insensiblement : les uns entrèrent chez noire confrère Crinoline acheter des sous'jupes, les autres montèrent chez le coiffeur Dalignon pour se faire friser... Vous devinez, messieurs, la signilication de cet événement.
M. Dalignon. Je vous jure que je suis étranger à tout ceci.
M. Crinoline. Je proteste également.
M. Kernbn. Ne vous défendez pas, troun de Diéou! Cette inzénieuse ruse elle est la plus belle que vous ayez zamais inventée ; c'est un PUFF magnifique, et vous mérite/. toof deux d'être recouronnés ^'ufUstes.
M. GiLLOT. Messieurs, je n'ai que peu dinstants à vivre, ce serait une consotatioD pour moi de savoir si j obtiendrai eufiD la parole sur cette terre.
iVl . Kernen. Puos h vent , hagasse !
M. GiLLOT, pharmacien. Je ne comprends pas le patois, mais il est un juge au-delà du tombeau. (Sensation.)
ÏAi séance est levée.
Le C04 de» McrrurlerN, le e€N| chantant.