QUATRIÈME ET DERNIÈRE CIRCONSTANCE
Un malfaiCteur veut ouvrir une caisse ou la porte d'un appartement avec des fausses clefs; mais au moment où il introduit la clef dans la serrure ^ une grille sort de la muraille et le constitue prisonnier devant la porte qu'il voulait ouvrir.
M. Barbntin. La charge est bonne.
M. r»icHET. Vous m'en rendrez raison.
(Al. Barentin se cache sous son banc.)
M. Kbrnbn. Mon cer Picet, vous êtes un grand bomme.
M. PiCHBT. Voire suffrage ine flatte.
Aussi, que de peines dans mon état de serrurier-mécanicien !
M. Hubert. Oui, que de pèncs, que de vis!
M. Kbrnen. Bagassel vous me faites sortir des goods!... Continuez, mon cer monsieur Picet... Parlez-nous maintenant dé vos caisses à secrets, on dit qu'elles sont bien inzénieuses.
M. PicHKT. J'en ai une foule. En voici un«
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dont je Di'empresse de vous décrire le mécanisme :
Vous appuyez sur deux boutons à droite, TOUS pressez un ressort à gauche, vous tournez un cylindre en haut et tirez une plaque en bas; vous rencontrez douze barres de fer qui masquent vingt- quatre serrures; vous ouvrez les vingt-j|uatre serrures, et vous apercevez une combustion sur cuivre, qui, pressée avec le pouce, délermine une combustion sur un appareil combiné de platine, d'amiante et d*allnmettes chimiques; une mèche, imbibée d'esprit de vin, s'enflamme aussitôt; la flamme chauffe Teau contenue dans un globe de cristal, laquelle eau se vaporise à travers un tube de verre ; la vapeur soulève un couvercle qui, pressant un autre ressort, fait découvrir un cadenas dont la clef se trouve entre les mains du concierge ; vous descendez la chercher, vous ouvrez le cadenas, vous appuyez sur deux nouveaux boutons, vous tournez douze petits cylindres, et votre caisse est ouverte. {Enthou' * siasme inexprimable sur totu le^ points de h salle. ^
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M. KBRNEPr. Cette caisse de sûreté ell« «si admirable, troun dé Vairl
M. Dalignon. Celle-ci aurait donné du fil à retordre à M. Karl ! {Assentiment général.)
M. Kernen. Qu'est-ce que cà, M. Karl, troun de Vair ?
M. Dalignon. Comment, monsieur le président ne connaît pas ce coquin de Karl, des Deux Serruriers de la Porte-St-Martin.
M. Kernen. Bagasse ! zé né connais pas dé coquin, entendez-vous. Si vous recommencez, z'appellc la garde ! Continuez, mon cer monsieur Picet. Plus zé vous écoute, plus zé vous admire ! plus zé vous admire et plus zé vous entends !
M. Pichet. Je vous écoute.
M. Kernen. Est-il vrai que vous avez trouvé le moyen de donner une mémoire mécanique aux caissiers qui oublient la clef' de leur caisse?
M. Pichet. Oui, monsieur le président.
M. Kernen. C'est inimazinable ; mais il me vient une réflexion : comment vous y prendrez-vous si lé caissier il oublie la clef dé sa mémoire, mécanique?
M. PiCHBT. Rien de plus facile. J'ai une deuxième mécanique qui lui rappelle ki première.
M. Kbrnen. Et s'il oublie encore la deuxième?
M. Pichet. J*en ai une troisième qui le fait souvenir de la deuxième.
M. Hubert. Et ainsi de suite. (Rires.)
M. Kernen. Ça fait une ribambelle de mécaniques pour un seul homoie. Vous avez vraiment trop de zénie pour un homme seul.
M. Pichet, d'un air solennel. Je suis mécanicien.
M. Kernen. Z'ai entendu un vilain mot, troun dé Vair ; mais l'heure elle est trop avancée pour que ze me mette en colère... Messieurs, s'il est un homme digne de nos suffrages, digne de notre estime, digne de notre affection, digne enfin de siézer parmi nous, c'est sans contredit rhomu:e que vous avez devant les yeux.
M. Pichet, saluant trois fois. Alexis Pichet, pour vous servir, serrurier-niécani* cien, fournisseur des princes et princesses, membre de l'Académie de l'iodustrie, in-
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ventearda tourne-broche perfectionné, criblé (Je médailles d'honneur, s'engage à résoudre tous les problèmes relatifs à son art, se déclare responsable de la marche de ses ouvrages pendant dix ans...
M. Hubert. Et va-t-en Tille. Amenl M. Kbrnbn. Garde municipal, emmènemoi ce gaillard-là! Quant à tous, mon cer monsieur Picet, se vous embrasse^ zé vous couronne, zé vous rembrasse et lé vous recouronne.
Dignus est intrare !...
M. Hubert. Dans un bocal rond et carré.
(if. Hubert est jeté à la porte,)
M. GiLLOT. Je demande la parole.
M. Kbrnbn. On ne peut rien vous faire, moun pichoun ! <
M. GiLLOT. Et pourquoi, s'il vous plaît?
M. Kbrnbn. Parce que les petits refus ils entretiennent l'ainitié.
M. GiLLOT. Cette maxime est neuve, mais elle est désolante. J'ai la fatuité de croire qu*on se repentira un jour de m*avoir abreuvé de tant d'humiliations.
La séance est levée.
Qaaod Ht. Meraen était en gmHé, CIRQIIâRTE-TROISItMl SÉANCE.
M. KerneD, directeur des haricots de France et de Soissons, eotre dans la salle en dansant la cachucha.
M. Bernard-Latte. Je ne yous dis |>as le contraire ; mais il me semble que nous ne sommes pas ici à la Grande Chaumière.
M. Gustave Barbu , avec finesse. Qu'en savez-vous?î? (M. Bemard-Latie rougit et baisse les yeux.)
M. Kbrnbn. Zé suis ici par la volonté des puflistes, troun de l'air! et on ne m*arracera que par la force des baïonnettes, troun de Diéoul *
M. Gassblin. Le mol n'est pas de vous.
M. Kernrn. Ze lé crois fistre bien ! il est de Léonidas. {Rires.)
M. GiLLOT. Je demande ce que vous savez bien.
M. Kbrnbn. Vous en êtes un autre!
M. Rodolphe. Nodre brésitent est pien gogasse aucliourd'bui.
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M. Kbrnbn. Zé suis cocasse , parce que ze suis zovial... Zé suis zovial parce que zé suis gai... zé suis gai , parce que j'ai vendu auzourd'bui deux litres d'Aix, six biscotins et trois saucissons d'Arles.... Entends*tu, moun pichoun? Comprends-tu, amour dé tailleur?
M. Rodolphe. Fiellard, voudrais-tu mé tire bourquoi vous me titeyez?
M. Crinoline. Je m'amuse beaucoup ici.
M. BfADAPOLitai. Moi aussi.
M. Gustave Barbu. Moi aussi ; mais je n'y reviendrai plus. {Hilarité.)
M. Hubert. Messieurs , notre vénérable président se trouve dans un état trop guilleret pour que je lui adresse la parole aujourd'hui. (Af. Kemen lui tire la langue,) C'est donc à vous que je vais soumettre la motion qui me préoccupe. Les adieux touchants de notre illustre confrère M. Barentin , et les regrets unanimes qu'il a excités ont fait bouillonner en mon &me un désir irrésistible.
Tous. Lequel?
M. Hubert. Celui de le remplacer.
(Sensation.) Oui, messieurs, je brigue la
sunivanoe de M. Barentln... Ne sais-je |»as aussi io tell igent que lui?
Tous. Oui !
M. HuBBRT. Ne faiS'je pas, comme lui , rornement de la société?
Tous. Oui !
M. Hubert. Mes calembours ne valentils pas les siens?
Tous. Oui !
M. Hubert. Choisissez-moi pour son remplaçant et vous aurez choisi le roi des calembours.
M. Bkrnard-Latte. Nous aurons Choisyle-Roiî (Rires.) /
M. Hubert. Je l'ai fait exprès, hi! hi! hi! hi!
M. Kbrnen, à M. Hubert. Moun pichoun, puisque tu as tant dé zénie. zé vas te donner à deviner.
M. Hubert. Voyons l'énigme.
M. Kbrnbn. La voici :
Zé sais, troun de Dioul depuis S» Zeau Baptiste, Et lémeilleor apctie et le ptas grand puffiste; Zé sois en même temps le pins soigné çaniar Qié ia tarre ait porté. Habert, cer direttnr,
Zë té lé doDoe en cent ; cerce le bien, bagotse l De TéDlgni*, pichoun^ si ta troores la trace, Ta seras, troun de l'êiri doublement cooronné. Et tu remplaceras Barentin — et son né!
M. Hubert. Je remplacerai Barentin et son nez?
M. Kernen. Gerce bien , cerce.
M. Hubert. Ma foi, j*ai beau chercher, je ne devine pas.
M. Gustave Barbu. Ni moi
M. Bernard-Latte. Ni moi.
M. Gasselin. Ni moi.
M. Kernen. Alors, parlons d'autre çose, car zé ne le devine pas non plus. {Hilanté.)
M. Crinoline. Ab ça, messieurs, est-ce que la séance va se passer en fariboles?:
M. Kernen. Non , car ze vas vous çanter une çanson provençale. {Sensation.)
M. Kernen chante à gorge déployée :
Le Ûls des Diux, lé sussesseur d*Arcido, Theseo armo auzourd'bui pour moi. {bis) Frère ennemi , frère ingrat z*et perfldo Eieoclo frémit d'effrei. {ter)
La falar et la bôté mémo
Se réoDisso contre toi,
Oai , contre toi ,
Oui, contre toi;
Cède , cédo ^ la Tona saprémo ;
Trembo devant ton roi!! !
[M. Kemen reçoit les félicitatiom de toute l'assemblée. L'illustre président est tellement ému qu'il ôte sa cravate,)
M. Crinoline. Monsieur le président, qu*est-ce que vous failes là ?
M. Kbrnen. L*émotion elle me suffoque.
{L'illustre président ôte son habit.)
M. Crinoline. Que faites- vous, monsieur le président?
M. Kernen. Zé suis si attendri que zé n'y puis plus teni.
(M, le président ôte son gilet. Les membres se regardent d'un air inquiet.)
M. Gasselin. Monsieur le président, si vous continuez à vous attendrir, vous révolterez la société. . . Levez plutôt la séance , c'est ce que vous avez de mieux à faire.
M. Kbrnen. Ze lèverai tout ce que vous voudrez , et ze vous porte tous dans mon cœur.
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M. GiLLOT. Je demande la parole.
M. Kbrnen. Vouséles dans votre droit.
La séance elle est levée.
Paff ik rcnseigaeineiit.