CINQUANTE-QUATRIÈME SÉANCE
M. Kernen , principal locataire du Coteau* Cuque, chanté par le poète Grenouillet, annonce d'un air triste que la séance est ouverte.
M. GiLLOT. Je prends la liberté...
M . Kbrnen « interrompant. Libre à vous dé prendre la liberté. Mais, troun de Diéou! ze vous défends de prendre la parole.
iM. GiLLOT. J'en accepte Faugure.
iVl. Kbrnen. Que ce Glllot il est....;zé n'ose pas dire le mot , trûun de Vair !
En ce moment une fouie de membres entrent dans la salle. Ils sont tous vêtus d'habità de deuil, ornés de boutons et d'inunortelles. On dirait qu'ils assistent à un enterrement, tandis que le bruit court, au contraire, que grâce au Courrier fra$p^ çais, la mort de M. Héry, fondateur des
d8A Ul MILLION
cours d*édiicatioQ maternelle, paternelle et fraternelle, vient d*ôtro déiiieniie> à raison de 1 fr. 50 c. la ligne.
Tous les puffistes prennent place après avoir serré affectueusement la main de M. Héry. — M. Héry quitte sa place pour aller se laver les mains.— C'est prudent.
M. ËERNBN. Zé croyais que la mort elle avait fait des cruels ravaies parmi les puffites; zé mé suis cruellement trompé, troun de Diéou ! car z*ai été dupe dé MM. Delaborie et Héry, quand les zoumaux ils m'ont an> nonce qu'ils étaient très-vivants, et qu'ils avaient des dents. Le zune Crinoline il va BOUS donner letture des ces dux pufiTs, que z*ai gobés comme un Zean-Zean.
M. GiLLOT. Je demande la parole.
M. Kernbn. La carte elle ne s*y oppose pas. Taisez-vous.
M. Gillot tire la langue à M. Kernen.
{Hilanté.)
Le jeune Crinoline. Nous voyons tous, messieurs, que M. Gillot possède parfaitement sa langue. (Rires,)
M. GiHot tire la langue au jeune Gtin»- Une. [SensaHon prolongée.)
MB BOCFrOflMERIBB. 381
M. CviNOLiNB, fils. Je lis le premier |Ntff :
« M. Delahorie, dont nous avons annoncé ia mort, ÉTAIT ÂGÉ DE 85 ANS, et était le prédécesseur fde M. Delahorie , chirurgien-dentiste, place des Victoires, ild.
M. Jean-Marie (non Farina). Eh hien!
qu'est-ce que cela fait ?
M. Canquoin. Ce puff, pour ma part, Ae m*a pas mis dedans.
M- Delahorie, d'un air narquois. Ce puff, pour la mienne, m'^n a fait mettre «nx autres.... des dents. {Hilarité,)
M. Kbrnen. Bagasse! zé n'avais pas liensé au PUFF A LA MORT^ zé zure qu'il «st hien zoli.
M. DELAHOVfB. JerépoBdra4 par ce vers •du Dépit ûtnmtreux •
La mort est un remède i trouver qaand on veot.
Or, comme un remède n'est souvent qu'un poffde médecin, j*ai cru pouvoir tradidre librement la pens^ de Moliércr :
1^ inort«st Bft BON I^UFF ^ trouver <niKiid on ve«t.
M. Régnier (du Théâtre - Français ).
Qui est-ce qui parle de Molière? Présent!
M. Barbu, vivement. Eh! monsieur, yous n'êtes pas Molière.
M. Régnier. Pardon, je le croyais.
M. Barbu. Je ferai observer à M. Delàhorie, dentiste . que M. Régnier , je veux dire M. Molière, a ajouté un second vers que voici :
Et Ton s*en doit servir le plas tard qae l'on peat.
M. Dblahorie, en colère. Je ferai observer k mon tour au préopinant que dans mon puff il est dit que mon prédécesseur AVAIT QUATRE-VINGT-CINQ ANS; j'ai donc att endu le plus tard possible , pour donner raison à M. Molière. {Rires,)
M. Régnier. Présent, encore une fois.
«Présent !
M. Kernen. fiagfOMe /Monsieur Régnier, finissez le monument de Molière, que tous avez inventé (ze vux parler du monument), et laissez-nous tranquilles. Z'emln'asserai M. Delahorie en même temps que M. Héry, quand le zune Crinoline il nous aura donné lecture du secpnd puff à lu, mort.
DE BÔVPVONNBRIBS. 387
M. Crinoline iiis, lisant, est fréquemment Interromf^a par M. Héry, qui fait les parenthèses suivantes :
• Monsieur lé Rédactew* du Couraier
« Depuis quelques jours on a la bonté (dites la faiblesse) de s'occuper de moi; les uns assurent que je quitte l'enseignement ; les autres, trompés sans doute par LA MORT prématurée et irréparable de M. Héry, mon homonyme et mon ami [\^r puff), jtré'tendent que je suis mort. Comme ces nouvelles pourraient nuire à mes cours d'ÉDU- CATION MATERNELLE (2* puff), auxquels veulent bien s'intéresser les amis de la jeu-^ nesse (3«puff) et un grand nombre de familles (4« puff) et d'institutions de jeunes filles (o« puff) , permette%~moi de réclamer^ par la voie de votre estimable journal (6« puff), contre ces faux bruits répandus san^ aucune malveillance assurément (7® puff).
« La confiance dont m'honorent les mères (8« puff), les succès toujours croissants de nos conférences instructives (9® puff\ me
388 tlN «MILLION
ftmt un detmr de remplir ^ avec un dévoue" ment que soutient une heureuse smUé, la noble mission que je me suis imposée (à tant par mois, iO« puff) et que la faveur publique m'a rendue si douce! (li® puff.) MON FILS aîné me secondera L'ANNÉE PRO- CHAINE (là" puff) dans l'application de l'enseignement des jeunes gens (13® puff) ; son frère se dispose à suivre la même carrière (U® puff). Vous voye% donc , monsieur^ que je suis loin d'avoir rempli ma tâche, et que, comme père et comme professeur, je dois doublement tenir à la vie,
■ Agréez, monsieur, etc.
c Hérv. »
Tous les puffistes fondent en laimes.
M . Kbbnbn. Monsieur Héry , ze vous assure ^ue ze pleuré ^ïoinme nui zune veau, carze vous croyais inort. Le Courrier franiçm il «&t biea bète de n'avoir pas deviné <|iie votre lettre f Ue né contenait que seize petits pnffs.
M. Hért. La confiance du Courrier et vos larmes m*tionoreiit. Rassurez- vous, oies*
DE bOUPPONNERIES. 389
sieurs, Je ne voulais pas mourir ; ce pufT m*a été suggéré par Molière , qui fait dire à Sgauarelle :
Aller en Tautre monde ost très-grande sottise Tant que dans celui-ci l'on peut être de mise.
Je suis encore de mise, Je mVn flatte, et je continue mes cours d'édnc. . . .
Voix NOMBREUSES. Connu, connu, assez,
M. Régnier. Eb! mais, qui parle encore une fois de Molière? On ne veut donc pas me laisser tranquille?
M. Barbu. Mais, monsieur, encore une fois, TOUS n*ôtes pas Molière.
M. Régnier. Moi, je dis que je suis... Ah ! non, c'est vrai , je ne suis pas Molière, vous me Pavez déjà dit. {Hilarité prolongée.)
M. Kbrnen. Voyons, mon cer monsieur Héry, continuez, moun pichoun, votre lettrepu(f m'amuse beaucoup.
M. Hért. Je dis donc que je ue suis pas mort, et que je continue à instruire la jeunesse qui veut bien m'bonorer de sa confiance.
390 UN MILUON
M. Crinolimb. Je vous enverrai mon
fils. {Rires.)
M. Kernbn. Ah! lou trotm de Diéou!
Quelle zolie zéance. Héry« mon bon homme, et vous papa Delahorie , venez, que zé vous presse sur mon cur, et que zé vuus bénisse avant que Zillot il me demande la parole.
M. GiLLOT. Je demande la parole.
M. Kbrnen. Fat té faire pendre l tu vols bien que je suis en train de bénir, troun de Diéou l
M, GiLLOT. Que le bon Dieu vous bénisse.
La séance est levée.
lie P«lf ans Lauréats.
CINQUANTE-CINQUIÉIE SEANCE.
Troun dé Diéou \ messieurs, s'écrie le père Kernen en entrant dans la salle, nous allons avoir une zolie séance 1 Quatre-vingU puffîstes de la plus haute espérance ils Bie suivent, et demandent rentrée du temple.
M. Grinounb. Quels sont ces quatrevingts puthstes?
DE BOSFFONNBllIBS. 391
M. Kbbnbn. Gomment, mounpiohmn, tu né devines pas ? Tu né sais donc pas que nous sommes à Tépoque dé la distribution des prix, que voici venir le sabbat annuel des collèges, des pensionnats et tout lé tremblement scolaire ! Tu n'as pas plus de mémoire qu*un lapin. Oui, mes cers collègues, voici venir la recrudescence de ce çarmant petit puff qui a su pénétrer avec tant de susses dans lé santtuaire dé la science et de renseignement.
M. CoTTARD. C'est un rb-puff!
M. Kbrnbn. Qui a dit rb-puff?
M. GoTTARD. C'est moi que J'ai dit rbpuff.
M. Kbrnbn. Le mot il est zoli; je l'adopte à l'unanimité. Ce M. Cottard il né parle pas beaucoup ; mais quand il parle, il dit des bêtises.
Un grand mouvement se manifeste en ce moment aux portes de la salle; quatre-vingts chefs d'institutions , ornés de leurs petits, font irruption au sein de l'assemblée, et défilent devant les illustres membres Si^r un signe du président, M. Bernard-Latte
303 SR lOLUOR
entonne, lyec aocoMpainiemaU. d« gatou bet, l'ajr :
Où peat-OD être mieux.
Où pent-OD être mienx,
Qa'ao-sein-de-sa-fa-raM-i-ille t
M. Kbrnbn. Illustres professeurs, et tous cers élèves!.^ zé bénis ce zour à zamais mémorable, et zé tends grâce a« ciel qm m'a permis de saluer pour la seconde fois dans cette enceinte la aunesse esiudieuse de la capitale, l'espoir de la France et l'orgueil des zénérations futures. {Bravol bravol) Ze prie notre cer collègue Crinoline de continuer une harangue en latin.
M. CniNOLiNE. Doclissimi professores!
oarîssimi moutard i ! maxime flattât! sunros de vestri bonorabiii demarchia. Venilis hodie, digni représentant! scientianim, chercbaresuffragium socletatisgallicomm PUF* FISTORUM : Gloria Tobis. (Ba$ éton/Ut.) Continue, petit.
M. («RiNOLiNB fils. Musa ia ro$e, rosa le muse, soror, sororis, templum. templorum, Kber patrie paer,abige muscas; quomodo Yales? gratias libi ago, bene. (7Vèj4teiil)
M. Kbrnbn. Vous voyez, messieurs les
iDSti tuteurs, quels élans d'admiration vous faites naître dans lé sein dé cette assemblée... Toutes les intellizences réunies dans ce lieu elles se cotisent pour vous honorer, et notre petit Crinoline fils il ramasse tout son buiin pour vous recevoir dignement.
A votre tour, messieurs, approssez et déclinez-nous vos titres.
Un instituteur. L'institution Bavard a remporté au collège Cbarlemagne 12 premiers prix , 25 seconds prix et 49 accessits Cette institution justifie de plus en plus la . confiance des pères de famille.
Un 2<> INSTITUTEUR. La pension De Crac a obtenu au collège Louis-le-Grand 148 nominations, dont 20 premiers prix, 42 seconds prix et 86 accessits. Cette pension est plus que jamais digne de la vogue dont elle jouit depuis si longtemps.
Un 3« INSTITUTEUR. L'iustitution Blague a remporté au o^llége Bourbon 58 premiers prix, 70 seconds prix et 150 accessits. Cette institution n'a rien perdu de la haute faveur dont elle jouit depuis un grand nombre d'années.
39h CN MILLION
M. Kmvm . C'est très-bien, cela suffit, et lé n*ai pas besoin d'interrozer les autres, car zé pense que c'est touzours la même çose. (Rires.) C'est touzours l'ancien PUFF ; zé vous récouronnerai pour le repuff, comme dit notre cer confrère Cottard.
M. Gasselin. Mais quel est ce petit troupeau de fouyoux que je vois derrière votre régiment de lauréats?
(Sur un signe des instituteurs, une trentaine de marmots, âgés de deui ans, s'avancent et se vautrent par terre, au milieQ de la salle, aux acclamations de tous les membres.)
M. Kbrnbn. Ces petits fooyoux-là ils né vont pas au collège?
Un instituteur. Non, monsieur le président, nous leur distribuons des prix dans notre institution.
M. Kebnbn. Troun dé Diéùu! ces mootards-là ils ont dézà des prix?
Un instituteur. Oui, monsieur. Que voules-vous? les parents aiment cela. Le petit Grtgnard a obtenu un prii de dentition ; le petit Cloquet a remporté un prix
DE BODPFONNBHIES. 395
de croissance ; le petit BigDolet un prix de sommeil ; le petit Ravioli un prix de digestion ; le petit Criquart, tout là-bas, de l*institution Salibert, a obtenu le prix d*bonneur : depuis six mois il n'avait pas mis le doigt dans son nez. {Hilarité générale.)
M. Kernen. Zé vois avec zoie, messieurs» que résemple dé notre illustre société il porte ses fruits, et que les bienfaits du PUFF ils se répandent de plus en plus sur toutes les écelles sociales. La postérité, messieurs, elle appréciera nos nobles efforts, et un zour la célèbre société, que zé m*bonore d'avoir fondée, aura son monument à IMnstar du grand Molière.
M. Régnier. Présent!
M. Kernen. Bagasse! ce diable dé M Régnier il se met touzoursen avant quand il s*azit de Molière! Ça ne vous regarde pas, mon cér ! (Rires,) En attendant, messieurs les insti tu leurs, permettez-moi de vous récouronner. Quant à vos çarmants petits fouyoux, zé vous autorise à les mener ^ mon Ba%ar oriental, où on leur distribuera des biscotins d'Âix. Cest de tous
les croquants le plus délicat et le plus sairoureux qu'on ait encore obtenu. Se vend ^ fr. le demi-kilogramme. {Hilarité,)
M. GiLLOT. Je demande la parole.
M. Kernen. Ze t'en flanque.
M. GiLLOT. Je m'attendais à cette nouvelle avanie ; mais je méprise toute espèce de récrimination.
La séance est levée.
80 degrés Réanmiir.
CINQUANTE-SIXIEIE SEANCE.
M. Keroen cause une très vive sensation en entrant. L'illustre président est vêtu d'un uniforme de lancier polonais, par dessus lequel se dessine une tunique en gaze blanche.
Des applaudissements frénétiques éclatent sur tous les points de la salle à la vue de ce costume éblouissant. Plusieurs membres pleurent d'attei^drissement, d'autres ne se gênent pas pour tomber en défaillance.
M. Kernen s'empare du fauteuil avec la
DE BOUPrONNBRIBS. 307
sérénité d'an lancier polonais qui n'a rien à se reprocher.
Auguste et vénérable assemblée, dit-il, z'ai voulu zeter quelque diversion sur la monotone physionomie de nos séances.
(Bravo !) Vous êtes tous si mesquinement vêtus. (Abattement général.)
M. RoooLPHB, vivement. C'est bas moi qné ché les hapille.
M. Kbrnbn. Troun de />téou/ n'interrompez pas*. . Vous êtes tous si mesquinement vêtus que z'ai cru devoir vous donner une leçon d'élégance, et prouver, par mon essemple, ce que peut l'amour du bon goût zoint à l'éclat des costumes historiques, maintenant, mes eers collègues, si vous le permettez, ze vais danser une gavotte avec ••ire célèbre Crinoline.
Voix NOMBABUSBS. Ouî ! OUi !
- M. Kernen quitte son fauteuil, invite fP^oieuBement M. Crinoline, et ensamble ils dansent 4a gavotte aoz sons do galou-^ bet de M. Bernard^l atte.
L'assemblée lombo en extase devant les tendres évolutions de l'illustre président et chi sBvani seeréuire. Les flets dlaraionie
398 UN IIILIJON
qui cottleoi du galoubet de M. Bernard- Laite ajoutent encore au ravissement général. Celte danse voluptueuse, d'un côté, et cette délicieuse musique, de l'autre, produisent sur tous les membres une de ces impressions que la plume ne saurait rendre sans se faire rappeler k l'ordre.
L'illastre président lui-mène cède à l'entraînement général. En vain le ebaste Crinoline veut réprimer sa fougne impétueuse, il ne peut empêcher la timide gavotte de se transformer insensensibiement en une délirante cacbucba. Encore quelques instants, et la garde qui veille aux alentours de la salle se serait vue obligée d'intervenir : mais M. Kemen, faisant beureusement un pénible effort sur lui-même, s'arrache aux étreintes de sob partner, se précipite vers le fauteuil avec ^ un mouvement convulsif, et s'écrie : Assez, iroun dé Diou! a&sez! nous né sommes pas ici pour nous amuser. Rentrons dans lé sentier dé la vertu. Parlons dé la pluie et du beau temps. La parole elle eât à Tinzénieux Cavalier.
L'ingénibok-'Cavalirr. Messieurs, de*
DE BOUFFONIIBIIIBS. 30(^
puis phis de quarante ans que Je fais des d[)seWations thermométriques sur la tour de l'horloge du Palais, j'ai yu peu de cas d'une température aussi froide dans les premiers jours de septembre. La nuit dernière, le thermomètre centigrade est descendu jusqu'à 8 degrés, ce qui équivaut à 6 degrés 5 dixièmes de l'ancien système. Hier, à minuit, mon thermomètre centigrade marquait 10 degrés 1 dixième au dessous de zéro ; aiijourd'hui, à trois heures du matin, 9 degrés 5 dixièmes ; à sept heures, 12 degrés 5 dixièmes. Nous ajou* terons que la journée est restée constamment froide, ce qui contraste singulièrement avec les 30 degrés de chaleur que* nous avions il y a huit jours.
M. Kbrnbn. Ce que vous dites là, mon cer monsieur Cavalier, il pourrait fort bien se çanler, car ça ne vaut pas la peine d'être dit. (Rires.)
L'iNGÉNiBux Catalibr. Permetlez-mol de vous faire une observation?
M. Kbrnbn. Allez, ze vous écoute.
L'iNGÉNiBux CATALfBR. Une observation météréologique.
460 tm MILLIOM
M. Kbrnen. Ze sais qné vous n'efi faites lamais d'autres... c'est pour cela que la France elle irous appelle Tinzénieux Gava* lier. {HilaHté.)
L'ingénieux Gatalibr. Depuis plus de quarante ans que je fais des observations sur la tour de 1 horloge du Palais,..
M. Kernbn. Vous l'avez deçà dit.
L'ingénieux GAvaubr Depuis plus de quarante ans. . .
M. Kbrnen. Zé sais que vous TaTez dit depuis plus dé quarante ans. (Rires.) Zé trouve que vous £aites là un métier fati* gant, mon cer monsieur Gavalier. Gomment, depuis quarante ans vous montez et vous descendez touzours dans cette tour de l'horlozet Vous devez avoir mal aux «aml)es...
L'INGÉNIEUX Gavalier. Eh ! paii>lea ! Je vous ferai observer que c'est pour faire dea observations...
M. Kbrnen. Vous feriez mieux de vous osserver uu peu vous-même. Ze vous dirai que tout le monde il a auzoïrd'liiii son petit baromètre el soo petit tberuMmèti^. On n'a donc plus ëesoin dé vous, mon cer;
DE BonnvotniBRiBs. hùi
lé petit Crinoline fouyoux ici présent, qui n'a grimpé dans aucune espèce de tour, il pourra tout aussi bien dire lé temps qu'il fait.
L*iNGÉNiBux Gatalier. RaîsoD de plus pour me recevoir dans votre sein I
M. Kbrnbn. Lé mot que vous venez de prononcer, mon cer» il est manifique ; vous méritez dé recevoir quatre couronnes à la fois. Âpprossez, moun pichoun, que zé dépose un baiser sur votre front météorolozique. Vous êtes un puffiste à 30 degrés Réaumur.
M. GiLLOT. Je demande la parole.
M. Kbrnbn. Mon cer monsieur Zillot, zé vous trouve bien insipide.
M. GiixoT. Je vais de ce pas cbez le procureur impérial.
M. Kbrnbn. Vous croyez que z'ai pur, moun pichoun? Tenez! fil donne un croc en-jambe à M. Gillot et le renverse par terre.; Vous voyez que zé vous envoie moimême au parquet. (Explosion d'hilarité.)
La séance est levée.
4f 7 OH umMm
HéeUaÊÊmm érwéUm.
CINOUANn'SEPTIEK SÉANCE.
M. Kernen n'est pas plutôt perché sur le fauteuil, qu'il dit, avec le ton de cordialité et cet air enivrant qui n'appartiennent qu'> l'inventeur du Vin de Noé :
Illustres vieux I comment vous portezvous?
La langue n'a pas assez de termes, suivant M. Désirabode, pour rendre Teffet électrique produit par celte bienveillante allocution.
M. GusUve Barbu verse des torrents de larmes.
M. Gasselin s'évanouit.
M. Crinoline demande la MarseiUam,
La salle est inondée de larmes,
;vi. Cuzol ouvre son parapluie.
C'est dans cet instant solennel que M. Gillot demande la parole.
M. Kernen. Vieillards l Totre confiance elle m'honore.
M- GiLLOT. Je demande la parole..
DB BOUFPONIIBIIII». kM
M. Kernbn. Oui , mes cers coUègues, ze sens plus que jamais que votre ftme eite compcend mon àme, et que votre intelligence elle a saisi lé diapason dé mes sentimenls.
M. GiLLOT. Je demande la parole.
M. Kbrnen. Aussi croyez lé, mes vénérables amis, votre sufTraze il m'est plus précieux que Tor, et tant que ze sentirai vibrer une fibre dans mon... dans ma... Troun de Diéou! ze m'embrouille. (Rires.)
M. GiLLOT. Je vous ferai observer que voilà une beure que je vous demande la parole.
M. Kbrnen. Ze le sais bien, mais ze p y fais pas attention. (Hilarité.)
M. GiLLOT. (A part, avec une calme résisignation : )
C'est le sort d'an béros d'être persécuté.
M. Kbrnen. Zé né vous dis pas lé contraire; mais la parole elle est au cevalier Ragont, qui demande l'honnur d'être reça«
dans notre sein Approssez, mon eer-
cevalier Kagonl. Quelle est votre pro^ fession?
604 ON MILUON
Le ghkvaliia Ra6ont. Je suis entrepreneur de réclames,
M. Kbrnbn. Connu! ce n^est pas du nouveau.
Lb GHBVALiBii Kagont. Par Joo , je les rédige d'après un nouveau chic pour les faire digérer au public, je les orne d'une petite introduction , qui se compose tantôt d'une anecdote , tantôt d'une citation d'un nos cé> lèbres écrivains et penseurs. (Sensation.)
M. Kbrnbn. C'est zoli , c'est môme trèsspirituel.
Le chbvalibr Ragont. Permettez-moi de vous citer quelques unes de mes œuvres : elles vous éclaireront sur ma manière de procéder.
M. Kbrnb^. Lisez, mon cer monsieur Ragont, nous vous écouterons avec zoie.
Lb ghbyalibr Kagont, lisant :
Bonnald a dit: nRfen de pire que les MESURES fortes prises par les hommes faibles, • Il est évident que cette réflexion ne pouvait s'adresser au tailleur Baude^ qui prend la MESURE d'un habit d'après un système entièrement nouveau. Aussi sa nom brème clientèle^ etc.
DE BOOFFONNERIBS. ^05
En voici une autre :
• La persévérance tient lieu de génie, » a dit Buffon, Ce mot est certainement applicable à l'ingénieux entrepreneur du tunnel sous la Tamise, une des plus hardies conceptions des temps modernes. Nous dirons à cette occasion que ce tunnel est en ce moment l'objet d'une piquante spéculation. M. Gallois^ propriétaire du pavillon d'Henri IV, à Saint- Germain, s'est engagé à servir un repas de 4-, 000 couverts dans le tunnel de la Tamise. Ce repas coûtera 400,000 francs, sur lesquels M. Gallois a déjà reçu S francs d'arrhes.
Une voix. Ce puff sera aussi facile à digérer que le dîner de 400,000 fîr.
En voici un autre.
M. Kbrnen. C*est assez.
Le chevalier RAGONT.En voici un autre.
M. Kbrnen. Assez, troun de l'air! zé vais vous couronner pour que ça finisse.
Le chevalier RAeoNT. J'en accepte l'augure.
M. Kbrnen. C'est comme si vous çantiez. Ze lève la séance.
40(( UN «ILUON
Paris Vertaenx.
CINQUANU-HUITIÈME SÉANCE.
!V1. KenieD n'a pas plutôt escaladé le fauteuil de la présidence qu'il expectore avec un profond soupir le mot HÉLAS! Après eette allocution poignante, la séance reste suspendue pendant une demi-heure.
Plusieurs membres sangloitent.
M. Kernen. Je vois avec zoie que Tillustre assemblée elle partage ma douleur.
^n nouveau silence succède à ces paternelles expressions de M. le président.
M. GiLLOT. Je demande la parole.
M. Kernen. Troun dt l'air! monsieur Zillot, votre procédé il est bien cauteleux... ze dirai même très-inconvenant. Quoi ! vous proUtcz zustement d'un moment oîi l'illustre assemblée elle ne dit rien pour demander la parole !
M. GiLLOT. Mais, monsieur le président, il me semble qu'il est plus convenable, au contraire, que je parle pendant que le silence règne ici, au moins je n'interromps personne.
-OE BOUrVONNBllIBS. &07
H. Kkrnsn. Vous dites une bôtise, moun pichoun; le silence il est une si bonne çose que vous né devez le troubler sous aucun prétesse» pas même pour parler. Et auzourd'hui votre conduite elle est d'autant plus blâmable que vous m'empecez de me livrer au cours naturel de mes douleurs. {Marques d'intérêt.)
M Gustave Barbu. Oserai-> demander à notre célèbre président quelle est la cause de sou affliction?
M. KcRNCN. La cause de mon affliction , la voici : depuis huit zours ze n'ai pas vu le plus petit PUFF au méridien de Paris ; z*ai parcouru toutes les rues de la capitale, z*ai visité les Zean-Marie-Farina , ze suis même monté à la Tour de l'Horloze de notre ingénieux collègue Cavalier ; et ze n*ai pas aperçu Vombre d'un puffillon, {L'assemblée verse plusieurs cascades de larmes.)
M. MATniifONiuif Dblafot. Il parait que ça baisse.
M. FiCHKT. Hélas! oui, ça baisse.
M. Dalignon. Nous baissons.
M. GniNOLiNB. Tu baisses.