‹ Un million de bouffonneries, ou, Le blagorama françaisChapitre 60 sur 63 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

Ameni

Bacchanale.

SOIXANTE-QUATORZIÊiE SÉANCE.

Tous les membres sont à leur poste et en grande tenued'hiyer: habit avecépinglette, pantalon bleu , coi d'uniforme , schako découvert avec pompon , bufOeteries sous les épaulettes, giberne découverte, havresac, jugulaires baissées.

L'aspect de la salle , le luxe des draperies , réclat des banquettes , le parfum de l'atmosphère, le chant des oiseaux, tout annonce une magnifique séance.

M. Reroen entre dans la salle , costumé en général de l'Empire, prend place au fauteuil avec une dignité parfaite , et s'exprime ainsi : Illustres vieux ! nous célébrons au zourdhui notre soixante -quatonième séance ! . . , (Bravos et trépignements sur tous les bancs, M. Bernard-Latte chante la Mar^ seillaise en s'accompagnant du galoubet.)

M. Kbrnbn. Quand l'assemblée elle aura fini son sabbat, zé continuerai. (Le silence se rétablit.) Zé n'ai pas besoin d'énumérer, mescers et honorables collègues, les innombrables services que cette illustre Société du Pu/f elle a rendus à la France ainsi qu'à la banlieue.

M. Dalignon. Surtout à la banlieue.

M. Kern EN. Troun de l'air, moun pichoun, quès oun ba%oc /... Dé même que lé thé&tre il est lé miroir des mœurs, dé même la Société du Puff^ elle est lé miroir de l'industrie moderne.

M. Gasselin. Bravi. (Tout le monde regarde M. Gasselin.

M. Rernen. Faire le résumé dé nos travaux dépuis doux ans , ce serait faire lé

résumé dé deux aimées dé bienfaits prodigués à l'espèce humaine.

M. GiaouLT DB GouRLLATiLLE. Bravo !...

(Tout le monde regarde M. Giroult de Courllaville.)

M. Kernbn. 11 est réconnu maintenant que nos séances hebdomadaires elles sont des leçons dé morale données aux béotiens ; et ces leçons de morale elles sont d'autant plus efficaces qu'elles n'ont corrizé personnes. (Rires.) Lé gouYernement fiançais il devrait se rézouir dé notre persévérance et nous donner la Croix d'Hon^ neur ; mais puisqu'il n'a pas encore zuzé à propos de lé faire , nous allons nous çarzer dé ce soin nous-mêmes. (Stupeur gênéraie.) Z'invite donc rassemblée à se rézouir et ^ danser en rond pendant que zé vais attaçer à çaque membre une décoration que i'ai inventée pour cette spécialité. C'est une médaille en terre cuite dont la forme elle est imitée dé mes biscotins du Bamr Oriental, (Deux grooms apportent deux grands paniers de médailles en terre cuite.) M. GiLLOT. Je demande lu parole.

M. Kbrnbn. Quès ouno coujo^ bagtuse!...

tu né peux pas avoir la parole , puisque zé té dis qu*on va s'amuser maintenant.

M. GiLLOT. Ma remarque subsiste.

M. Kernen, à M. Bernard-Latle. Toi, moun piclioun, zoue nous quelque çose sur lé galoubet, pendant que rassemblée elle se livrera à la zoie.

M. Bernard-Latte exécute sur le galoubet ses 360 morceaux progressifs. Tous les membrent quittent leurs bancs et se livrent à une danse voluptueuse. Les uns exécutent une gigue anglaise ; les autres une cachucha française. M. Kernen leur distribue ses médailles-biscotines en dansant la bourrée. Douze tambours de la garde nationale , vêtus en jeune filles , font jQotter sur les divers groupes des guirlandes de fleurs et des écharpes de gaze. Ce tableau animé rappelle les plus beaux jours de la mythologie païenne.

M. Kbrnen reprenant sa place au fauteuil, lllnstres vieux, c'est assez s'amuser; nous allons réprendre lé cours dé nos travaux.... d'autaL: plus que z'ai une proposition à vous faire.... {Ecoute%\) Z'ai pensé

t|iié nous ferions bien dé suivre Tézemple que nous donne l'Institut, et dé classer V Académie du Puff en plusieurs sections. Puisqu'il y a des pufls littéraires, des puffs industriels, des puffs beaux-arts, des pujfs de sciences morales et philosophiques, il mé semble que nous devrions nous occuper des puffistes par catégories et par sections, afin d'introduire un peu d'ordre dans nos séances. L'ordre elle est la mère de la •décence.

Yoix NOMBREUSES. Très-bieu! très-bien !

M. Kernen. Lé mot il n'est pas dé moi... il est d'Épaminondas... Ze vois avec plaisir, messieurs , que ma proposition elle vous sourit, et à partir dé la semaine proçaine...

M. Dalignon. Pardon si je vous interromps, monsieur le président : dans quelle section classera-t-on les coiffeurs.

M. Kernen. Dans la section des beauxarts, moun pichoun,

M. Dalignon envoie un baiser à M. Kernen.

M. GiLLOT. Je demande itéra tivement la parole.

M. Kernen. Itérativement? ce mot est

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indécent, Monsieur Gillot;zé ¥ais appeler la garde. (Hilarité.)

M. DuyiTiER-uouTARDB. Le mot itérativement n*est pas indécent.

M. Kbrnen. Ah ! il n'est pas indécent?... mais il pourrait l'être. (Mouvement,) Zé rappelle M. Giliot k Tordre.

M. GiLLOT. Je continuerai à demander la parole, et je jure de la demander jusqu*à ce que je Tobtienne.

M. Kernen. Troun dé Diéoul gués oun hussaroc !

M. GiLLOT. Parlez latin tant que vous voudrez, ma remarque subsite. (Rires.)

M. Kernen. G*est lé latin dé mon Coteau- Guque, grand truffaïrél... Mais zé m'aperçois que nous faisons de Tesprit ici. (Marques d'étonnement.) Pendant que mon Bœuir, il mé réclame, je vous demande donc la permission de mé rétirer, messiurs, pour aller voir si lé printemps s'avance.

La séance est levée.

lies Pnffs en partlciiiatioB.

SOiUNTE-QUINZIÈME SÉANCE- Une affluence considérable obstrue les

abords de la salle. Les membres soot presque tous habillés en bergers privés de leur houlette. Quelques-uns sont déguisés en malins ; on peut à peine les reconnaître. M. Kernen arrive galment à la séance, au bruit d'une musique militaire ; M. Bernard- Late l'accompagne... jusqu'à sa place.

M. Kernen chantant :

Mon zoli mois de mai,

Quand reviendras-tu; troun dé Diéou !

Mais ce n'est pas dé ça qu'il s'azit, hagassel Zé né vux pas que ma soie arrête nos travaux. La France elle a les yeux sur nous. Chantant l'air :

Veillons an saint de l'empire.

Saçons yaincre, saçons mourir ! {Hilarité.)

M. GiLLOT. Je demande la parole.

M. Kernen. Gillot, est-ce pour çanter?

M. GiLLOT. Non, mon vieux ; c'est tout bêtement pour parler.

M. Kernen. Alors, zé té la refuse.

M. GiLLOT. J'ai beau faire, c'est comme si je chantais ! (Rires.)

En ce moment, un suave parfum se fait sentir, un léger bruit se fait entendre, un

doux murmure précède l'arrivée d'une jolie dame, qui approkime les entours de la salie ; bientôt elle entre ; elle est entrée.

Les regards curieux des membres la suivent jusqu'à sa place. Ils sont tous debout et découverts, et ne prennent place que quand elle ^st assise.

(Ces messieurs sont tous dans un embarras difficile à décrire; la timidité des uns >et Tair niais des autres arrachent un malicieux sourire à la récipiendaire.)

M. Kernen s'apprête à lui faire un discours.

M. Kernen. Madame, ah ! le beau zour pour nous... Ah! quel beau zour que nous.... Ah ! lé zoli zour (à part). Troun dé Diéou ! zé m'enfonce.

M. Barbu. Eh! monsieur, nous savons bien qu'il fait un temps magniûque.

(Bravo,)

!M. &BRNEN. Zé né té parle pas à toi ; «c'est à Jlf»* Eugénie Boa que zé dis ; Ah ! •quel beau zour!

Mme poA. Merci, merci, brave homme; ce n'est pas mal pour votre âge ; restooscn là.

DE BOUPPONPiBRIES. 501

M. Kbrnbn. Madame, voire confiance, elle m'honore, et zé mé tais.

M. Kbrnen. Moun pichoun, estroe pour parler ou pour çanter?

M. GiLLOT. Cette fois c'est pour chanter.

M. Kbrnbn. Alors zé té la refuse. (Hila" rite.)

M. GiLLOT. Eh bien, alors je vais parler :

Je chante ce héros qui rëgtte sar....

M. Kbrnbn, vivement. Lau troun dé Diéou! tu annonces que tu vas parler, et tu dis : Zé çante...; tu té moques donc dé papa....

M. GiLLOT. J'en ai peur. (Profonde sen^ sation.j

Quatre jeunes Savoyards entrent dans la salle, tenant chacun un coin du Journal des Débats du 15 avril. Le jeune Crinoline (durée un an) conunence la lecture du feuilleton, dont voici sommairement l'analyse et le nom des nouveaux collaborateurs de M.J. J

Collaborateurs •

MM, Odolant'DesnoSy Lehey de BonneviUe^

FéliXy Edouard Georges, et Af«»« Eugénie Boa , et Caroline de Heiss.

M. GiLLOT, d'une ¥oix de Stentor. La Marseillaise ! la Marseillaise ! la Mot... .

M. Kernen, furieux. Zé vais t'en donner dé ia marseillaise, moun pichouD.... Ah! tu demandes to Marseillaise en présence da Zoumal des Débats!.,. Zé vais t'en donner dé la Marseillaise l... Attends! attends! (M. Kernen lui jette une collection du Tam- Tarn à la tête.)

M. GiLLOT. Monsieur Kernen, vous êtes blessant... ; entre vous et moi , la France jugera.

M. Kbrnbn. Zé m'en moque bien; continue Crinoline-Fouyoux, . . . Truffaire l

M. Crinoline (durée un an). Messieurs, le Journal des Débats annonce, dans son feuilleton, qu'à partir du l«r mai il publiera des articles de modes, des compte* rendus d'industrie de tout genre, etc., etc. J'ai cru deviner, et cependant je ne suis pas malin, j'ai cru deviner que les six personnes ci -dessus désignées s'étaient associées pour faire des puffs en participation ; l'avenir, d'ailleurs, en fournira la preuve,

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et je ne manquerai pas de vous signaler ces puffs par catégories.

M. Kbrnbn. Un représentant du Zoumal des Débats il vient dé mé dire à Toreiile que lé feuilleton, il est vendu à des indus* triels, qui diront du bien de toutes les industries et des beaux-arts k tant la ligne. Gomme dit Biiboquet: Cest de la haute comédie ! Ceci rentre donc dans notre espécialité: ia France et la banlieue, eiles nous en voudraient si nous ne signalions pas cette nouvelle farce , avec lequel lé Zoumal des Débats il a lé bonheur dé vivre. Zé regrette seulement que M"^« Euzénie Boa....

Une Dabib. Ce n*est pas Eugénie Boa ; c'est Eugénie Poa.

M. Kbrnbn. Euzénie Boa, zé lé vux bien ; Boa ou Foa, zé m'en fisse pas mal, chantant :

Oui ce bas monde est une comédie, Tra la, la, la, la,

Zé suis gai comme un pinson, troun de l'air! et pour finir gatment la séance, zé

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peroiets à GiUot dé canl«r la Mûrseilluise. (Hilarité générale»)' M. GiLLOT, au comble de la joie :

Allons enflants de la patttrrie ! ! i

M. Kernen. Allons, enfant, laisse-là les çants guerriers.

Zé lève la séance.

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