METHODE APPROUVÉE
M.DUROCHER. « "i»'^*'»^"^* Profes.seur adoptée par d'Anaiomie.
On remarque à cette annonce les mancbettes abracadabrantes que voici :
« Par cette méthode, les HOMMES jusqu'à TRENTE-CINQ ANS, et les femmes
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A TOUT AG£ peuvent commenoer rétude des instruments. »
Nota, Il est bien de constater au procèsverbal que, d'après sa déclaration, M. Durocber a mis du c6té de sa méthode les femmes de tout âge, et qu'il exclut les hommes au-dessus de treote-cinq ans. —Or, tous les hommes qui, comme Grasset, de la Montansier, ont trent&^uatre ans neuf mois et quelques jours, seront dispensés d'apprendre le piano anatomique de M. Durocher ; car, avant de le connaître entièrement, ils auraient trente-cinq ans révolus.
L'assemblée donne acte à M. Durocher de sa loyale déclaration.
M. KBENBir. Mes piehoune^ susqu*à présent, le premier venu il exécutait sur le piano la Moree des Tartares sans se rendre compte de la marce anatomique du carpe et du métacarpe, sans savoir un tantinet de myolozie ; trançoos le mot : sans connaître la description des muscles et sans samais avoir entendu parler d'ostéolozie. Ze trouve cela inconvenant.
On apporte un piano dans rhénûcycle.
Un mensienr, dont la figure ann<mce q«'il
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ii*a jamais été Yacciné, entre a« milieu de rassemblée.
M. Kbrnbn. Qui êtes* yous?
Lb MOirsiBUR. Durocher.
M. Kbrnen. Duroquoi?
1^ MONSiBCR. Durocber est mon nom.
M. Kbrnbn. Zoli nom, troun dé l'air!
Quel àze aYez-vous, mon cer?
M. DcRocHBR. Je ne sais pas au juste.
J*aYais l'bonneur de jouer à la toupie sous le consulat Je suis anatomiste.
M. Kbrnbn. Qu*est-ce que i*anatomie?
M. DcROCHBR. C'est l'art d'écorcber les gens sans les faire crier. (Rires,)
M. Kbrnbn. Cet aplomb me plaît. Votre annonce nous a tous fait rigoler; passez* moi le mot, il est d*Euzène Sue. Votre annonce s'adresse aux pianistes qui Yeulent apprendre l'anatomie, et aux anatomistes qui Yeulentapprendreà écorcer les oreilles. (Hilarité.)
M. DuRocHBR. Ml méthode s'adresse à tout le monde, aux femmes de tout âge, aux hommes jusqu'à trente-cinq ans révolus, ainsi qu'aux doigts en bas l^e, je Yeux dire aux adolescents. Si vous me permet-
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te^ je Tais yoqs toucher deux mots de mon système en touchant ce piano.
M. Durocher se place au piano et lève ses affreuses mains pour indiquer l'avantage qui résulte de son système pianistico-anatomique.
M. DuROGHBR. Messieurs, à ces deux mains osseuses que vous voyez, vous me prendriez volontiers pour un accoucheur.
— Ce serait une erreur bien grande.
Je fais tout bêtement de Tanatomie en touchant du piano. Je connais la différence qui existe entre le thénar et Thypothénar. Je sais, si je joue la Marseillaise sur mon piano, combien de fois agit le court adducteur du pouce, et dans quel sens opère le court fléchisseur du petit doigt.Vous avouerez qu'il est bien agréable pour un enfant de six ans d'apprendre Vanatomieen même temps que le piano. {Incrédulité,)
Grassot. Faites-vous usage des phalanges?
M. DuROCHBR. Sans doute.
Grassot. Que pensez-vous des phalanges romaines ?
M. KsBNBif. Ne lui reponds pas, mon cer,
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continue, Durocer. Ze tiûute tes miiiis très-belles et U méthode très-utile. (Htres.)
Htacinthe. Monsieur Duroclier , je désirerais ne pss Yous yoir de mains. -^Geci est un calembour que vos mains me suggbrent. — Passez-moi le mot, oh! passezie-moi.
M. DuROcHER. Hyacinthe, votre esprit me plaît ; j*en parlerai à Dormeuil, qui n*en sait rien peut-être.
M. GtLLOT. Je demande la parole.
M. Kernbn. Continue, Durocer, tu es un grand homme.
M. DuROGHBR. Voici à quoi peut servir Tanatomie dans Tart du piano ; rien n*est plus simple. Ainsi, pour faire cette gamme ascendante et descendante :
pour peu que relève ait un doigt d*anat0'
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i mie dâBs la tête, il se dira, en toachant la note sm le claTier :
« L'articulation ginglymoîdale Imprime à mon cubitus de légers mouyements de rotation qui permettent au carpo-métacarpien du petit doigt (autrement dit phalangette) d'atteindre par la direction yerticale la note élevée de cette gamme ; ce qui faH ^e je disti/.sansm'en apercevoir. » (HUarUé)
M. DuROCHBR. Vous riez, Messieurs, et cependant rien n*est plus triste que l*anatomie. (Oui ! oui !) Je continue. Je suppose que la charmante M^ Pleyei, qui touche le cœur et l'àme de ses auditeurs, soit qu'elle touche ou ne touche pas son piano, veuille se servir de ma méthode anatomique; pensez-vous qu'elle restera froide comme une torpille si elle accompagne la jolie M™^ Sabatier sur cet air délicieux de Frédéric Bérat :
Saint ! mon bean pays, Saint I belle campagne ; Tons mes manx sont finis Je revois la monufoe.
Croyez-vous que M"« Pleyel ne sera pa»
beureuse de pouvoir dire menUlement, en accompagnant Mt"« Sabatier pendant qu'elle cbantera ce vers :
Saint ! mon bean pays, Gbante, va , ma bonne, tu n'es pas comme moi initiée aux inter-osseux-dorsaux, surnommés méta-carpo-pbalangiens-latérauxsous-palmaires.
Salue ton beau pays va; pendant ce temps je fais de l'anatomie comparée k ton chant et je suis un cours d*08téologie sans que tu t'en doutes; car pendant que tu chantes ce vers :
Saint! belle campagne!
j'agite tous les petits os de ma jolie main ; à chaque syllabe que tu prononces, mon carpe et mon métacarpe se disloquent de la manière suivante :
^ L*os scaphoîde.
E L'os pisciforme.
Z L'os trapèze.
<» L'os semi-lunaire.
I L'os pyramidal.
"Z L'os trapézoïde.
s L'os crochu.
M. KiMttN. BtHfêsse ! le petit os eroçu de lf«« Pleyel il me plaU, Iroun dé />iéMf / (Rires.)
M. DuROCHBE. PolUfion !
M. Kbrnbn. GoBtinue, mon cer. Voyons, dis-nous ce que fiait M^e Pleyel en pianifriique ostéolozique pendant que M»» Sabtlier elle çante ce second vers :
Silat! belle emiMiBe !
M. DuROCHER. Oh! alors, Tamour-pro- ^rede M"»* Pleyel est on ne peut plus flatté quand elle attaque : Salut, belle campagne, par un ré aponévrotico-tendineux au moyen du carpo-susphalangiendu pouce.
{Hilanté.)
M. Kbrnbn. Ij>u troun dé Dtèou ! c*est zoli ranalomie. {Rires,)
M. DuROCHBR. Oui, pour une femme surtout (Rires.) Eh bien, avec ma méthode anatomique, pendant que M™« Pleyel acc(>mpagne ces deux vers :
ToDS nés mau sont flnis« Je revols la montagne !
elle s'arrête avec complaisance sur la montagne, tous ses maux sont Unis, et son
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txmheur commence ; car elle peut se dire à elle-même : < Sans ce farceur de Dnrocher Je ne saurais pas que, pendant que je fois un point d*orgue sur la montagne, je pose mon aponévrose palmaire, autrement dit, j*appuie mes ionibricaux ou palmiphalangiens sur les touches blanches et noires du clavier pour opérer un accord, lorsque avec mon métatarse {pedibuijyenûe le son au moyen de la pédale.
M. Kbrnen. En as-tu encore pour longtemps, mounpickouni tu deviens embêtant.
M. DuROCHER. Vieux Pipelet, ina méthode est bien autrement embêtante. Mais que m'importe? Pourvu que les tendons de mes élèves se cbromatisent, et que les tapoteurs de piano puissent exécuter des arpèges musculaires, mon but sera atteint. Je me moque du reste, puisque j*ai Tapprobation de M. Cruveilhier et le satisfecit du grand Thalberg.
M. Kernen. Du grand Albert, le sorcier?
M. DuROCHBR. Non, le pianiste, M. Thalberg.
M. Grassot. Duroeher, rejouez-nous donc quelque chose?
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M. DuROCHER Volontiers. Voulez-vous m'accompagner ?
M. Grassot. Je n'ai pas le temps; mais je vais vous faire accompagner par deux gardes municipaux à la préfecture de police.
M. K^RNBN. Au fait, mon cer, Grassot il a raison, on n'abuse pas ainsi de la crédu-* lité d'un pays comme la France. On n'attend pas qu'un pays il soit inondé de tapoteurs plus ou moins Stoepel, pour venir le troubler comme tu le fais avec une méthode désolante, fatigante et embêtante.
M. DuROCHBR. Kernen, je n'ai donc pas TOtre amour?
M. KsRNBN. Durocer, te le condamne à trois iectuies du CùnstUutionnel d'hier.
M. DuRocHER. C'est bien rigoureux!
Vous n'admettez donc pas de circonstances atténuantes ?
M. Kernbn. Apparemment, puisque ze te recommande de le lire trois ioU sans débrider. ( Vive sensation*)
La séance est levée.
BLAGORAMA i\ATIONAL.