DIXIÈME SÉANCE
Kernentade.
Le pèfe Kerneo. président de It Société du Puff, arrive à la séance , chaussé d'es* carpins qu'il a empruntés k sou porteur d'etu pendant que celui-ci donnait. Le pète Kernen est costumé en maréchal-ferrant, ce qui lui fait dire fort judicieusement qu'il existe quelque analogie entre lui et le maréchal Soult. Cette analogie s'explique par la mise du propriétaire du Ba%ar oriental, qui s'offre à nos yeux sous les babils d'un maréchal expert.
Le grand-prètre des puffittes, oonau par la solidité de son esprit et de ses souliers , reçoit sur son passage les félicitations de quelques marchands d'orviétan et autres Girardeau (des prés Saint-riervais).
L'orchestre , sous la direction d'un particulier très-connu dans la capitale , joue l'air de Fwe HennlV.
La joie est sur tous les visages.
DE BOUFFORNBIIES. «9
Toutes les classes de la société comfileiit des représentants dans Tauditoire. M. Léo Lespès y représente la littérature ; H. Vacque***, Cbarenton; M. Emile Marco de $aintr-Hilaire, les souvenirs intimes du temps.... ( Mais ne parlons pas politique.) M. GruYeilhier, les sous-préfets inexpéri* mentes et dépourvus d'orthographe. Le fidèle Berger, qu'il ne faut pas confondre avec l'établissement de ce nom, devise dans une embrasure de fenêtre avec un de ses amis. M. Léo l'aborde et lui presse la main.
GrlBoiine-Oudinot assiste à hi séance.
Majestueux comme un bastion, il trône carrément dans sa stalle et bombarde de pes œillades incendiaires la tribune du beau sexe.
Le père Kernen prend place au fauteuil.
M. KsuNBN. La séance est entr'ouverte.
L'ordre du zour appelle la discussion de la proposition relative à la. prorogation du Biagcrama national, Z'ai besoin du concours de tous les honorables membres qui ^ézent Il la droite du Blagorama. Cette partie mo* dérée a pour mission de couvrir la voix de
Zillot et de faire respecter la liberté de la tribune en empéçant ce pichoun de parler. Rappelez-vous , mes pichotins , que la discipline dans le vote est de rigueur, et que si nous étions assez sots pour nous diviser, nous serions des hommes flambés. ( ApprobtUion à droite et au banc des comiques.) L'union fait la force ! n'oubliez pas cette maxime aussi vieille que saze. La prorogation du Blagorama national m'a été inspirée par les besoins de ma maison de commerce. {Rire^à gauche,) Les produits du Midi , que z'attends depuis deux mois , ne m'arrivant pas, z*ai résolu de faire une tournée en province, pour soigner mes intérêts... et mes fruits secs. {Approbation à droite.) Je commencerai mon tour par la ville de ce nom. Mes magasins sont dégar^ nis de pruneaux.
Grassot. Le pruneau est l'ami de Tbomme.
Alcide Tousez. Quelquefois... {Applau^ 4issements de M» Gillot.)
1 A DROITE. Il faut le jeter par la fenêtre.
M. Kernbn. Votre modération vous hoiiore, mes pichouns. Ze terminerai ma loumée départementale par le Midi de la
DE BOOFFONNBUBS. 71
France et le Mans. Tout c^nin mène à Rome , et se cite à l'appui de ce proverbe , aussi vieux qu'absurde , le voyaze projeté du grand Turc à Paris. {Sentation prolongée»)
La séance est suspendue pendant deux minutes et demie.
M. Kbrnbn. Moi qui n'ai zamais lu , mes piehouns , lorsque ze serai au Mans, ce pays des Yolaiiles mutilées, ze me promets de lire le beau livre qu'a fait M. de Rénutsat sur Âbeilard.
Grassot. C'est une seconde mutilation qu*a fait subir M. de Rémusat à l'amant dHéloîse.
M. Kbrnbn. Et Rémusat est d'autant plus coupable, zune comique, qu'il s'est adressé à un bomme sans défense. ( Rires dam la tribune des dames.)
M. Kbrnbn. Vous pensez avec moi, mes piehouns, qu'il serait superflu de discuter longuement la proposition relative à la prorogation du Blagorama français. Vos sympathies me sont acquises , et ze vous ai si bien disciplinés, mes petits pantins, qu'il me suffit de tirer les ficelles qui vous font
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nottvoir, pow que vous ToCiez eette p^topo-
sHk» qui doit sauver le BhgonmuL
6BAS80T. Vous voulez dire qui doit lïlre sauver le Blayorama.
M. Kkbnbn. Ttis-loi, comique, le vas te dantfuer une ziffle.
Grassot. Je vous en défie.
M. Kbrnkn. Tiens!.... (Grassot reçoit ta ^ffie*) Non , met pkhouna, le BU^orama ne périra pas par un ramollissement au scrutin. {SematiùM et bravos prolongés,)
M. GiLLOT. Je demande la parole.
M. Kbrnbn. Pour faire quoi, mon ptcAotm?
M. GiLLOT. Pour combattre la proposition.
M. Kernen. Va te coucer, Zillot.
M. GiLLOT. Je n'ai pas envie de dormir ; je demande la parole pour combattre la prorogation. Suivant moi, le moment est inopportun.
M. Kbrnbn. Tais-toi, Zillot, ou le vaia t'appiiquer le règlement dans toute sa rigueur*., et dans tout ce que tu as de plus eer...
M. GuxoT. C'est un abus de pouvoir...
La parole a été donnée k rbomme....
DE BOorrmiNBftiBs. H
M. KMuiBif, G*e8t aft brait <|»e Uieefces à faire courir; ze ne t'ai zamais doimé ta parcrte ; la France et l'empereur d'Aiitriohe sont là pour le dire.
M. GiLLOT. Mais je ne puis donc parler t M. Kbkmbn. Pour te montrer que ze suis bon prince, ze consens à t*accorder la parole. M. GiLLOT. Enfin!!!
M. KBmMBN. Mais à la conditioB que tu armeras ton discours. C'est une pantomime Çamfieury dont je veux régaler le Blëgo^ rama,
M. GiLLOT. Me prenez-vous pour un histrion, vieillard?
M. Kbrnbn. Z*ai une autre manière à te proposer : que quelqu'un de tes amis , ton poitier, par exemple, parle pour toi.
M. GiLLOT* J'y avais songé.
{ Le portier de M. GlUot s'avance dans l'hémicycle. C'est un homme de trente-deux à quatre-vfaigt-quinae ans, assez bien conservé pour son ftge , qu'on ignore. )
M. Kbrnbn. Es-tu Français, mioeur et vacciné?
Lb PORTiBm. Je suis Français, majeur et vacciné.
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M. Kkrnsn. Mais ta et conùd^^Lbleinenl grêlé.
Lb portier. Je me suis fait vacciaer depuis que j'ai eu la petite vérole, (^ite* rite.)
M Kbrnbn. C'est de la moutarde après dîner, moun piekoun. Dis-nous tes nom et prénoms.
Le portier. Barnabe Montalenvers , bottier en vieux, remonte les vieux discours, ressemelle les harangues et met des pièces aux improvisations décousues.
M. Kbrnbn. Portier Montalenvers, ta as la parole.
M. MoNTALBNTBRS. Gitoyens, je crois que la prorogation du Blagorama français sérail une chose désastreuse. Quoi ! c'est au moment de l'exposition des produits de l'industrie française que vous avez la bêtise...
M. Kbrnbn. Zillot, ze te rappelle à Tordre.....
M. GiLLOT. Rappelez-y Montalenvers.
M. Kbrnbn. Montalenvers n'étant que ton çarzé de parole, c'est toi qui es responsable.
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M. MoNTALSNYERS. G*est 30 moment de rexposition des produits de Tindustrie française, dis-je, que vous ayez la stupidité {A Vordre!) de nous présenter ce projet de prorogation; au moment où un grand nombre de pufistes conspirent dans l'ombre, au moment où la liberté illimitée du puff peut amener une grande catastrophe , au moment où des factieux rôvent un â8 ventôse à l'aide des haricots des princes , et se proposent de porter atteinte au Blagorama établi !
M. Kernbn. Zillot, ze te retire la parole, et ze suspends sur tes reins la rigueur du règlement. {Applaudissements à droite,) On va procéder au scrutin secret. Ze mets aux voix la proposition relative k la prorogation du Blagorama français.
Nombre de votants 486
Majorité absolue 244
Pour la prorogation 485
Contre 1
En conséquence, le Blagorama se proroge à huitaine.
M. KsRNRN. Mes picAount» la séance elle e«t levée» Iroun dé Diéou!
BUfiOBâlA lIlTIOllâl
POUR L'tXTIMCTIOH DD BÉOTISUt MITIOHAL SU FRANCI