‹ Un ministère de l'éducation nationaleChapitre 3 sur 13 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Sainte-Beuve notait jadis, dans le portrait qu'il a tracé de Camille Jordan : <( // reste toujours une âme neuve qui se révoltait, qui éclatait en présence du mal, du mensonge, de l'intrigue et de l'injustice. Cela étonnait un peu ses amis du monde et de salon, qui se demandaient comment un tel homme, si doux, si plein d'aménité dans le commerce habituel, pouvait trouver à la tribune des paroles si âpres et si brûlantes. » La psychologie de Camille Jordan éclaire à son tour /'âme renouvelée des Français d'après guerre. A peine ont-ils échappé au péril allemand qu'ils mesurent le danger créé à la patrie par la domination de la bureaucratie. A la fois autoritaire et ahurie, la bureaucratie interdit qu'aucune des affaires nationales soit traitée sans elle; et elle semble tomber de la lune chaque fois que nous lui demandons d'y apporter une solution intelligente, radicale et prompte. Ainsi risquent d'être compromis, l'un après l'autre, à l'extérieur comme à l'intérieur, les gages de notre rétablissement. Le premier de ces gages, c'est la prospérité de l'Université, qui est chargée d'assurer dès aujourd'hui les récoltes futures. Or, l'Université de France, appauvrie en personnel et en matériel, en est réduite à épuiser ses réserves d'avant guerre. On ne recrute plus ses écoles normales d'instituteurs. Elle est privée, dans ses laboratoires de recherches, des instruments les plus indispensables aux travaux de la science. L'Université de France coule à pic sous les yeux indifférents des pouvoirs publics.

Elle les adjure de l'affranchir enfin des administrations centrales qui la paralysent, incapables qu'elles sont de percevoir le rythme de la vie contemporaine, plus incapables encore de s'y adapter.

Suivant les préceptes qui m'ont été enseignés et que j'enseigne à mon tour, j'exprime ici la vérité, sous la forme directe et simple où je l'aperçois, et en me réservant, dans le cours de ce volume, de pousser ma démonstration jusqu'à l'évidence. Je ne voudrais pas que l'on pût me soupçonner d'enfler la voix, même par un désir louable d'émouvoir l'opinion. Aussi bien, sur l'urgence d'un nettoyage à fond, aucun témoignage plus autorisé ne peut être invoqué que celui de M. Lapie, directeur de l'enseignement primaire au ministère de l'Instruction publique. M. Lapie, philosophe pour qui l'efficacité du vouloir est liée à la puissance claire et distincte de la pensée, disait, dès avant la fin des hostilités : « L'école ne peut pas demeurer immuable, alors que tout, autour d'elle, est, du fait de la guerre, profondément modifié... Peu de projets ont été proposés; ceux qui se présentent comme les plus révolutionnaires sont en réalité assez timides. » Ces formules officielles ont, à nos yeux, une portée générale. Elles seront notre appui le plus solide et notre meilleure justification. Et, sans renoncer à l'espoir que M. Lapie accomplisse d'un bond, et très rapidement, la révolution de bon aloi à laquelle il faisait allusion il y a plus de trois ans déjà, nous joindrons une seconde autorité à la sienne : celle de M. Steeg. En 1907, M. Steeg, dont la carrière parlementaire et ministérielle a mis en relief la clairvoyance avertie et l'esprit de mesure, écrivait : « Si l'on veut obtenir un contrôle réel des crédits consentis par le Parlement pour l'instruction publique à ses divers degrés et dans ses mul- Hphs domaines, il est indispensable de rattacher la variété des enseignements techniques ou spéciaux à an seul ministère qui pourrait prendre le titre convpréhensif et glorieux de ministère de l Education nationale. )>

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