‹ Un ministère de l'éducation nationaleChapitre 4 sur 13 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Nous n'avons d'autre but, par le présent ouvrage, que d'insister sur la nécessité de la création du ministère de l'Éducation nationale, création qu'on a commis l'énorme faute d'ajourner depuis quinze ans, devant laquelle l'état de nos finances et le souci d^e préparer l'avenir ne per* mettent plus, en conscience, de reculer aujourd'hui, M. Steeg a bien compris que le premier devoir de l'homme politique, c'est de régénérer V administration en lui inspirant, au-dessus de la probité individuelle qui est parfaite, une probité collective dont la condition sine qua non est ici l'unité budgétaire de la France enseignante. Pas de salut possible tant que le ministère de l'Éducation nationale n'aura pas réalisé l'économie et la concentration des forces, en réunissant sous une même direction des hommes qui actuellement s'ignorent ou se combattent, qui tournent le dos à l'intérêt du pays, parce qu'ils sont totalement dépoiirvus du sentiment que, s'alimentant à une caisse commune, ils devraient servir une cause commune.

Maintenant, quelles chances a l'Université de France que son cri de détresse soit entendu? Les sceptiques, qui sont de beaucoup les plus nombreux, se croient aussi les plus sages. Mais peut-être existe-t-il un moyen de leur donner tort. C'est de nous tourner en toute confiance respectueuse vers celui qui a voulu inscrire, parmi les privilèges de sa charge, d'être l'animateur du progrès national. J'ai eu la fortune, au début de ma carrière universitaire, d'assister à une conférence que M. Miller and avait donnée à Lorient pour les Bleus de Bretagne. Il avait mis une inoubliable énergie dans le procès de cette politique qu'alors on appelait opportuniste et qui depuis trente ans s'est prolongée sous des vocables différents, politique selon laquelle jamais rien n'est opportun, selon laquelle les réformes sont d'autant plus dangereuses dans la pratique qu'elles apparaissent en théorie plus raisonnables et plus urgentes. Sous prétexte de « sérier les questions », on accumule les difficultés jusqu'au jour où elles deviennent inex-

tricables, et où aucun remède ne saurait plus sauver le malade. C'est en face de cette m^me politique que M. Mi7lerand s'est trouvé en mars 1919, lorsqu'il a été appelé au commissariat général des affaires d'Alsace et de Lorraine; j'ai vu comme il a su y faire front, pour exécuter le programme qu'il s'était tracé : voir grand et faire vite.

Jamais, quand il s'agit de faire vivre et prospérer la France de l'avenir, on ne verra suffisamment grand, on ne fera suffisamment vite. Ce qui ne veut nullement dire que l'Université sollicite pour elle un supplément aux charges financières qui pèsent sur le pays. Loin de là ; le budget de l'enseignement, qui est le budget des semences, est assez bien doté. Mais, par les traditions déplorables du régime bureaucratique, par les divisions et les dissensions des services administratifs, il est réparti aussi mal qu'il est possible. Qu'un terrain se dessèche et s'appauvrisse, l'État, couvert par les précédents, continue à y dépenser sans compter. En revanche, qu'un progrès surgisse dans le savoir et qu'une méthode nouvelle apporte la certitude d'un grand rendement, le même Etat, dénué de réflexion et d'orientation, se montrera revêche et ladre. Le bon sens et le patriotisme exigent qu'on fasse l'inverse. Or, à cette exigence, satisfera seul le ministère de l'Éducation nationale, que M, Steeg réclamait dès 1907 comme l'unique remède au gaspillage financier. C'est pourquoi nous osons l'espérer de ceux à qui le pays prête confiance et qu'il a comblés de ses faveurs.

Paris, le .: novembre ig-'i.

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