‹ Un mirageChapitre 13 sur 13 · ADIEU · texte numérisé non relu

ADIEU

Demain l'arrêt de mort. — Mais sais-tu, jeune femme, Quel doux ou sombre exil habitera mon âme A l'heure où sur ces mots naîtront tes pleurs amers ? Cherche-moi dans la brume, à l'horizon des mers, Dans la senteur des prés qui suit ta marche errante: Dans la brise enchaînée à ta robe flottante ;

* Trouve dans les papier? de I.auval.

Dans le nuage au soir par les vents combattu ; Mais jamais sous la terre où nul cœur n'a battu. Dieu n'aura pas voulu mon étroite patrie Dans la fange sanglante et sous l'herbe flétrie , Quand sur un frère , là , par leurs balles jeté Mes frères écriront : « Mort pour la liberté ! »

Pense à moi quand viendra s'éveiller au village Avril ; quand notre avril, couronné de feuillage, Se fera célébrer par son oiseau chanteur, L'amoureux rossignol , son assidu flatteur. Quand les bois verdiront, quand la brune hirondelle A tes vitraux connus viendra heurter son aile ; Quand tu verras aux champs, près du joyeux glayeul Et des bluets , la fève ouvrir sa fleur en deuil ; Et lorsque de ton schall épaississant les voiles, Le soir dans nos vergers te couvrira d'étoiles. Pense à moi quand tes pas , rêveurs, irrésolus, Te mèneront au temple où monte l' Angélus. Vivant, j'ai tant aimé les hautes basiliques, Des dômes recueillis les murs mélancoliques : C'est un refuge ouvert aux cœurs purs et troublés , Le tranquille oasis de nos déserts peuplés. Aime encor la splendeur de ces forêts de pierre ,

L'ogive au cintre aigu que perce la prière. Dedans, le nard sacré parfume les arceaux Enveloppés dehors par le vol des oiseaux : Car n'avons-nous pas vu la colombe ingénue, L'été , sur la croix d'or, se poser dans la nwe, Et des oiseaux d'hiver le vol rude approchei Pour monter en spirale aux flèches du clochei '

Et tu me demandais, vive et prompte à tout croire, En voyant sur la neige errer la horde noire , Quel augure envers nous présageaient les cris sourds Ils nous disaient : Enfans, usez, comptez les jours: Demain de vos destins le sort fermant le livre, Le mieux aimant des deux aura cessé de vivre.

Page 1