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Un missionaire des Hurons

L'autobiographie du P. Chaumonot a été trouvée parmi les nombreux manuscrits que le dernier des anciens Jésuites du Canada (le P. Jean- Joseph Casot, mort en 1800 à l'Hôtel-Dieu de Québec) avait déposés entre les mains pieuses des Religieuses hospitalières.

L'intérêt qui se rattache à ce récit si candide et si émouvant, et le parfum de vertu qu'il exhale avaient poussé, il y a quelque vingt ans, un écrivain distingué de New-York (J.-G. Shea), à en faire imprimer une centaine d'exemplaires, destinés aux seuls amateurs des curiosités bibliographiques.

En 18G9, le P. Carayon fit entrer cette notice dans sa curieuse collection des Documents inédits

sur la Compagnie de Jésus ; mais le genre et les limites de cette publication ne pouvaient pas rendre l'œuvre du P. Chaumonot accessible au commun des lecteurs, ni par conséquent lui faire produir : dans les âmes les fruits salutaires qu'on devait en attendre. Cependant sa vie est propre à intéresser et à édifier tout le monde.

Le P. Chaumonot appartient à cette phalange d'ouvriers intrépides, qui travaillèrent à conquérir à la foi les tribus sauvages du Canada. Sa longue carrière lui a permis de voir à l'œuvre les plus célèbres d'entre eux ; souvent même il a partagé leurs travaux et leurs dangers. S'il n'a pas, comme plusieurs, donné son sang pour féconder son apostolat, il s'y était préparé, et il en avait le désir; mais Dieu s'est contenté de quelques gouttes de son sang.

Les missionnaires du Canada ont trouvé dans notre siècle, et dans les rangs mêmes du protestantisme, un éminent écrivain (1 ) qui s'est fait

(i) Fr. Parkman de Boston. The Jes. in N. Am.

l'historien de leurs travaux, et on peut même dire leur panégyriste. Sans s'arrêter à la variété des jugements portés sur la Compagnie de Jésus, il ne fait pas difficulté d'avancer que les membres qu'elle a eus en Canada, n'ont mérité que des éloges sans restriction, a Je ne viens pas faire leur apologie, dit-il ; j'écris leur histoire »

I^e P. Chaumonot a droit à sa part dans cet éloquent témoignage, et nous devons lui appliquer, comme aux autres missionnaires, cet éloge de leur vertu : « On trouvera difficilement dans « l'histoire de l'humanité une piété plus ardente, ce une abnégation de soi-même plus complète, un a dévouement plus constant et plus généreux...

« Dans les volumineux recueils de cette épo- « que, on ne voit pas une ligne qui permette de a. soupçonner qu'un seul de celte troupe héroï- « que ait faibli ou hésité. . .

« Leurs ennemis peuvent, s'ils le veulent, les -ï taxer de fanatisme ou d'un aveugle entliou- « siasme; jamais la calomnie ne pourra du moins

« les convaincre d'hypocrisie ou d'ambition. Ils « entraient dans la carrière avec la droiture « d'âme des Saints et l'héroïsme des martyrs. »

A ce témoignage, nous pouvons joindre celui d'un autre écrivain protestant bien connu, l'historien américain Bankroft. Après le récit de la mort héroïque des missionnaires du Canada, tués par les Iroquois, il ajoute : « On demandera si « ces massacres refroidissaient l'ardeur des mis- « sionnaires. Je réponds qu'ils, ne reculèrent « jamais d'un pas. Comme dans une armée de <^ braves, de nouveaux guerriers sont toujours « prêts à remplacer ceux qui tombent; ainsi, « parmi eux, jamais l'héroïsme n''a fait défaut, et « jamais ils n'ont refusé de concourir à une en- « Ireprise qui pouvait tourner à l'avantage de la « religion ou à la gloire de la France. » (Hisl. of. U. S.)

Le travail du P. Chaumonot nous a donc paru mériter de devenir plus populaire, et nous le reproduisons intégralement ; mais on s'aperçoit

facilement, en le lisant, que l'auteur, autant par nécessité que par modestie, était obligé de se restreindre, et de laisser de nombreuses lacunes, contre lesquelles réclame l'intérêt du sujet. Il était juste de les combler .

La précieuse collection des Relations des missions de la Nouvelle France (1), et un certain nombre de lettres du P. Chaumonot lui-même, offrent des documents abondants pour compléter son œuvre.

Pour qu'il soit facile de distinguer l'autobiographie de ce qui lui sert de complément, nous

(1) Les Relations de la Nouvelle-France sont un des plug précieux monuments de l'histoire ecclésiastique, et souvent la source unique des annales du Canada. — Les quarante et un voiumcsde cette collection, devenue extrêmement rai-e, ont été réimpriniés à Québec, en 1858, grâce à la gëpéreuse intervention du gouvernement canadien. Les protestants, comme les catholiques, ont rendu justice à leur mérite et à leur sincérité. « M n'est pas possible, dit Fr. Parkman, d'exagérer « la valeur et l'autorité de ces récits. Je puis même <ï avouer qu'après 1 examen le plus attentif, je ne doute pas « que ces missionnaires n'écrivissent avec une parfaite

bonne foi, et que ces Relations ne méritent une place im- « portante comme documents authentiques et dignes de cod « fiance. » iThe Jes. in N. Americ.)

avons adopté, pour l'un et pour l'autre, des carac tères et des espacements différents, qui empêchent toute confusion.

Nous avons respecté jusqu'au scrupule le style si naturel du P. Chaumonot; mais, n'ayant pour nous guider qu'une copie incorrecte de son travail, nous n'avons pas cru devoir en reproduire l'orthographe.

Pour aider la mémoire du lecteur, et le mettre à même de suivre plus facilement les événements, il nous a semblé utile d'établir quelques divisions en forme de chapitres, avec un court précis des faits. Nous ajoutons quelques notes et quelques illustrations, que semblait réclamer l'éloignement des temps et des lieux.

Dans l'appréciation des faits et des hommes que nous citons, il ne faut voir, conformément au décret d'Urbain VIII, qu'un témoignage purement humain, qui ne veut prévenir en aucune manière le jugement de la sainte Eglise notre Mère.

AUTO^gGRAPIJiE

P. PIERRE '*> CHAIMONOT

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